HOVNANIAN Léon

Par Gilles Morin

Né le 20 février 1920 à Adana (Turquie), mort le 20 février 2010 ; médecin ; militant radical-socialiste, mendésiste (1956-1958) puis socialiste de la Seine–et–Oise, membre du comité politique national du PSU (1961-1962) ; député (1956-1958), maire de Saint-Gratien (1959-1979), conseiller général du Val-d’Oise (1967-1979).

Léon Hovnanian dans les années 1950
Léon Hovnanian dans les années 1950
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956

Léon Hovnanian était fils d’un fabricant de chaussures arménien, Mihran Hovnanian et de Berdjouhi Bulbulian. Son père avait été déporté un temps par les Turcs en 1916 en Syrie et, pour échapper au génocide de la fin de la guerre, emprunta le chemin de l’exil avec sa famille. Il parvint à Marseille en 1923, en passant par Istanbul. Il fut docker, puis « Fort des halles », à Paris, enfin créa un magasin de vêtements dans cette ville, ce qui lui permit de s’établir à Deuil (Seine-et-Oise, aujourd’hui Val-d’Oise). Léon Hovnanian, né en Arménie la quitta donc âgé de quelques mois à peine. Léon Hovnanian obtint son baccalauréat en 1938 et s’inscrivit à la Faculté de médecine de Paris. Mobilisé, comme apatride, le 8 janvier 1940, au 22e SIM de la caserne Mortier à Paris, il fut démobilisé en août 1940, puis versé au 22e groupement des Chantiers de jeunesse à Messeix (Puy-de-Dôme). Il y rencontrera sa première épouse, Paulette, Renée Briquet, née le 22 janvier 1919 à Messeix (Puy-de-Dôme). Ils se marièrent à Paris IIe arr., le 19 avril 1941 et ils eurent deux enfants.

En 1941, il reprit les cours à la faculté, puis il fut ensuite engagé volontaire le 27 novembre 1944, comme médecin auxiliaire, pour la durée de la guerre dans le 126e RI de la Première Armée (Rhin et Danube). Il participa aux campagnes d’Alsace et d’Allemagne et fut libéré le 8 septembre 1945. Il fut titulaire de la médaille des engagés volontaires et obtint à la suite de son engagement, la nationalité française : il fut naturalisé français par décret le 9 novembre 1946. Du fait de ces deux interruptions dans ses études, il ne devint médecin généraliste à Saint-Gratien (Val–d’Oise) qu’en 1947.

Léon Hovnanian qui présidait l’association sportive de Saint–Gratien fut, selon une notice des Renseignements généraux tout d’abord membre du parti socialiste SFIO et candidat aux élections municipales de Montmorency, en 12e position sur la liste de ce parti, probablement en 1947. Il était par ailleurs franc-maçon, membre de la Loge Droit et justice (GO, Paris), à laquelle il avait été initié le 14 janvier 1949. Il passa ensuite compagnon le 12 janvier 1951, puis fut maître le 9 mai 1952.Puis, il adhéra au parti radical-socialiste en 1953 et devint l’homme fort de la fédération de Seine-et-Oise, animant son journal, L’Observateur de l’Ile-de-France. Partisan convaincu de Pierre Mendès France, Hovnanian reçut l’investiture de la rue de Valois pour les élections législatives du 2 janvier 1956. Sa liste radicale-socialiste était seule à bénéficier du soutien explicite de l’ancien président du Conseil, même si deux autres listes se réclamaient du Front républicain. Sa profession de foi proposait une réforme de la vie politique, avec le retour au scrutin d’arrondissement, demandait la paix en Algérie, la démocratisation de l’enseignement et la construction de logements sociaux. Il fut élu député radical de la Seine-et-Oise, avec 25 536 sur 442 257 suffrages exprimés le 2 janvier 1956. Le jeune élu se fit remarquer rapidement par des propositions de loi audacieuses. Ainsi, alors que l’avortement restait un crime, il déposa, dès le 16 mars 1956, avec Charles Hernu* une proposition de loi, tendant à légaliser la prophylaxie anticonceptionnelle. Il intervint aussi dans le domaine social et sur la question de l’habitat, critique, dans son département. Mais c’est surtout à propos de la guerre d’Algérie qu’il se fit connaître. Comme Pierre Mendès France et tous les mendésistes, il vota les pouvoirs spéciaux au gouvernement Mollet 12 mars 1956. Pourtant, dix jours auparavant, lors du comité exécutif radical du 2 mars, il avait critiqué le recul de Guy Mollet le 6 février précédent et proposé une solution fédérale pour l’Algérie. En avril, il déclarait que Guy Mollet était devenu « l’otage de la droite ». Il se rendit sur place à plusieurs reprises, participa à une mission d’information en juillet 1956, puis à la commission d’enquête parlementaire, qui, après une initiative du groupe communiste de l’Assemblée nationale d’octobre 1956, se rendit à Oran, du 27 au 30 décembre 1956 pour enquêter sur « des sévices qui auraient été infligés à certaines personnes pendant leur interrogatoire ». Dirigée par le député SFIO Victor Provo*, elle se composait des députés Isorai, Bricourt, Cayeux, Hovnanian et Quinson. Elle rejeta les accusations portées contre des inspecteurs de la BST, car « rien ne pouvait l’amener à conclure à des tortures subies » (Journal officiel, Assemblée nationale, annexe au procès-verbal de la séance du 5 mars 1957). Seul, Hovnanian, arguant de sa qualité de médecin refusa de contresigner le rapport. Il s’en expliqua ainsi dans France-Observateur, n° 358, du 21 mars 1957 : « Il est bien certain que trois mois et demi après, il était quelquefois difficile de se faire une opinion [...] Par ailleurs on note des lésions punctiformes des doigts et des pieds que les détenus déclarent être consécutives à l’application de l’électricité. Il est difficile de suivre, là-dessus, les experts médicaux qui l’attribuent à une épidémie d’eczéma due au climat nord-africain. Aucun livre médical ne parle de cette forme très particulière d’eczéma ; il y aurait là une découverte médicale qu’on pourrait intituler : L’eczéma punctiforme d’Oran ». Il proposait pour assurer l’avenir de l’Algérie et de ses relations avec la métropole, de fonder une confédération franco–maghrébine, en reprenant une proposition faite par le Sultan du Maroc et par Habib Bourguiba. Hovnanian au Parlement fit partie de la dizaine de parlementaires radicaux qui vota dans tous les grands scrutins comme Pierre Mendès France. Après la démission de ce dernier en mai 1956, il refusa ainsi la confiance au gouvernement une première fois en juin 1956 et sa fédération fut la première à demander le départ des ministres radicaux du gouvernement. Puis, le 25 octobre 1956, il s’abstint volontairement sur le vote de confiance relatif à la politique algérienne après l’arraisonnement de l’avion marocain conduisant cinq dirigeants du FLN à Tunis, alors que la majorité des radicaux approuvaient le Gouvernement. Lors de la crise de Suez, il s’abstint le 31 octobre 1956, puis vota contre le Gouvernement le 20 décembre 1956. Il condamnait le fiasco diplomatique de « cette expédition militaire digne du XIXe siècle ». La direction du parti radical, qui comprenait des partisans de l’Algérie française, étant très divisée sur la politique de Mollet et Lacoste, proposa l’envoi d’une commission d’enquête comprenant Michel Soulié, Léon Hovnanian et Bischoff. Mais en avril 1957, Robert Lacoste s’y opposa. Président du comité radical-socialiste de Saint-Gratien et secrétaire de l’union cantonale de Montmorency et vice-président de la fédération radicale-valoisienne en 1958, Hovnanian vota contre l’investiture du radical Maurice Bourgès–Maunaury, le 12 juin 1957, contribua à sa chute le 30 septembre suivant, puis s’abstint volontairement lors de l’investiture du radical Félix Gaillard le 5 novembre 1957, enfin s’opposa au renouvellement des pouvoirs spéciaux en Algérie. Après le bombardement du village tunisien de Sakiet-Sidi-Youssef, il condamna vertement ce crime de l’armée française le 11 février 1958 et, comme Mendès France, fut violemment pris à partie par l’extrême droite qui mettait en cause ses origines : « au nom de quels Français parlez-vous… ce n’est pas au nom des Français… vous ne pouvez pas réagir comme nous, vous le savez bien ». Comme Mendès France, il cristallisait la haine des partisans de l’Algérie française. Depuis la fin 1957, il participait aux « Forums de l’Express » qui organisaient avec des militants issus des différentes minorités de la gauche non communiste des conférences débats en province, notamment, Louis Vallon*, Marcel Bridier, André Philip*, Jean de Lipowski, ou Gilles Martinet*. Ces réunions publiques deviennent alors de plus en plus dangereuse. Après une tentative d’agression à Toulouse et une bagarre à Enghien, à Conflans–Sainte–Honorine le 25 avril 1958, Hovnanian eut une paupière arrachée, le cuir chevelu déchiré et un poignet fracturé. Il fut l’un des membres fondateurs du Comité de défense antifasciste créé le 11 mars 1958, regroupant des intellectuels et hommes politiques de gauche, devenu Comité de Résistance antifasciste en mai 1958. Le député de Seine–et–Oise, face à la déliquescence du régime appelait en mars dans France-Observateur à un sursaut républicain, à « un nouveau CNR », et envisageait la possibilité que « le général de Gaulle tente de sauver ce qu’il serait encore temps de sauver ». Pourtant, il vota contre la confiance au général de Gaulle le 1er juin 1958, puis refusa les pleins pouvoirs au gouvernement le lendemain. Il s’en justifia plus tard en disant avoir voté ainsi par fidélité à Pierre Mendès France. Comme tous les députés mendésistes sortants, Hovnanian fut battu aux élections législatives des 23 et 30 novembre 1958 dans la 2e circonscription de la Seine-et-Oise. Ensemble, ils quittèrent le parti radical en 1959. Il avait dans l’été 1958 contribué à la fondation de l’UFD qui rassemblait des intellectuels et des minoritaires de gauche hostiles au projet de nouvelles institutions. Puis après l’ultimatum lancé par la direction radicale, qui interdisait la double appartenance, il participa à la fondation du Centre d’action démocratique (CAD) en février 1959. À l’automne suivant, il adhéra au PSA (Parti socialiste autonome) et pour quelques temps au PSU (Parti socialiste unifié). Avec Charles Hernu et Pierre Bérégovoy, qui militaient à Versailles ils animèrent le courant mendésiste au sein du PSU qui s’opposa aux dérives gauchistes du parti, notamment sur l’appui aux nationalistes algériens et sur le droit à l’insoumission. Hovnanian signa la motion Bérégovoy pour le congrès PSU de 1961 et fut élu minoritaire au Comité politique national du parti en avril 1961. Puis il approuva la « déclaration des 47 » (généralement ex PSA) pour le conseil national de juin 1962. Il fut aussi une fois candidat PSU aux cantonales de juin 1961. Mais, après la fin de la guerre d’Algérie, il adressa sa démission à Depreux en juin 1962, en regrettant le « caractère essentiellement dogmatique du PSU qui le condamne à devenir une chapelle ». Il ne donna aucune publicité à son geste, mais après la dissolution de l’Assemblée consécutive au vote de la censure au gouvernement Pompidou, il se présenta comme candidat d’une « union des démocrates et socialistes pour une république moderne », dans la 12e circonscription Seine-et-Oise (Montmorency, Taverny) le 18 novembre 1962. Il obtint 7,5 % des exprimés, juste devant le candidat du PSU, l’instituteur Jean Roger (7,29 %). Dans la période qui suivit Hovnanian, Pierre Bassan, Paul Legatte et Charles Hernu ranimèrent le Club des Jacobins et se lièrent à François Mitterrand. Est-ce dans l’espoir de rapprocher Mendès France et les amis du député de la Nièvre, comme le suggère, probablement à l’instigation d’Hovnanian lui-même, l’auteur de sa notice dans le Dictionnaire des Parlementaires ? Agissait-il dans un premier temps avec l’appui de Pierre Mendès France pour mieux surveiller Mitterrand, comme le suggère un courrier publié dans les Œuvres de Pierre Mendès France ? Choisisait-il plus simplement de rallier la gauche classique après l’échec du PSU ? Toujours est-il que Hovnanian, appuyé sur d’actifs réseaux maçonniques liés au Club des Jacobins, ancien mendésiste en vue et élu maire de Saint-Gratien (Val d’Oise) en 1959, une des seules villes de la banlieue parisienne que tenait un proche de Mitterrand, joua un rôle important dans la galaxie mitterrandiste. Sa ville reçut de nombreuses conventions des amis du député de la Nièvre, dont la réunion fondatrice de la CIR. Après avoir rejoint en 1962, la Ligue du combat républicain, celle-ci avec les « Jacobins » et différents clubs plus ou moins réels, fondèrent en novembre 1964 à Saint-Gratien la Convention des institutions républicaines (CIR). Il participa encore au « colloque socialiste » organisé par Georges Brutelle* et présenta le rapport sur les libertés locales et municipales, thème très important pour la gauche en ces années où le gaullisme cherche à bousculer les collectivités sur lesquelles s’est repliée l’opposition. Il publiait dans cette période un hebdomadaire, Combat radical. Hovnanian participa donc naturellement à l’histoire de la constitution de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste qui rassemble la SFIO, les radicaux et la Convention, chargée de fédérer autour d’elle la « famille » des Clubs. Il présida la FGDS du Val-d’Oise en septembre 1966, au titre de la CIR, non sans difficultés parfois.
Ainsi, sa candidature aux élections législatives de 1967 dans la 4e circonscription du Val–d’Oise (Enghien, Montmorency et Saint-Leu-La-Forêt) fut soumise par la CIR à la commission d’arbitrage de la FGDS, la commission administrative fédérale ne l’ayant pas désigné dans un premier temps. Distancé de 39 suffrages seulement au premier tour par la candidate communiste, il fut l’un des Fédérés en ce cas qui bénéficièrent du retrait du PCF, mais au second tour, le sortant UNR fut réélu avec 251 voix d’avance sur 63 743 suffrages exprimés. Il eut plus de chance aux élections cantonales de l’automne et fut élu conseiller général CIR-FGDS du canton de Sannois en 1967, puis réélu en 1973 (avec l’appui des centristes). Membre du groupe permanent de la CIR en janvier 1967 jusqu’en 1970, puis membre du présidium en octobre 1968 et membre suppléant du bureau de la CIR en décembre 1969, il accueillit encore des Conventions ou assises de l’organisation dans sa commune en 1969 après le désastre électoral de 1968 ( lui-même aux élections des 23 et 30 juin 1968, arrivé en tête de la gauche au premier tour, obtint 47 % des suffrages exprimés au second tour) et l’effondrement consécutif de la FGDS. Avec Hernu, il manifesta alors ses réticences envers la stratégie de Mitterrand de constitution d’un parti unique de la gauche non communiste et surtout envers un rapprochement avec les communistes dans l’espoir de rééquilibrer la gauche et d’aboutir à un programme commun de gouvernement. Contrairement à Hernu qui ne sauta pas le pas, en 1970, il revint au Parti radical et entra au comité directeur du mouvement en décembre suivant.

En 1972, il ne suivit donc pas au Mouvement des radicaux de gauche ceux de ses amis favorables au programme commun. En mars 1973, Léon Hovnanian se présenta pour la sixième et dernière fois sous l’étiquette Réformateur (Radicaux et Centristes d’opposition) aux élections législatives. Arrivé en quatrième position au premier tour, il se maintint et obtint 17,8 % des suffrages, derrière le candidat UDR (43,9 %) et le candidat du Parti communiste (38,3 %). Rue de Valois, il fut membre du comité directeur du parti radical en 1973 et 1974 puis siégea au bureau national. Il s’opposa à Jean-Jacques Servan-Schreiber et soutint la candidature Mitterrand en 1974. Il anima avec Claude Catesson une tendance de « gauche », sous le nom de Combat radical-socialiste qui prônait le rapprochement avec le PS, sans rejoindre les radicaux de gauche. Suspendus du parti à la fin 1974, ils prirent leur autonomie en 1975 par rapport au parti radical.
En 1977, Léon Hovnanian perdit sa mairie, dans une triangulaire, où il fut battu par la liste d’Union de la gauche. Il se retira de la vie politique deux ans plus tard, à la fin de son mandat de conseiller général, lassé, disait-il « d’être trop à gauche pour la droite et trop à droite pour la gauche ».

Remarié avec Pierrette Billa, Léon Hovnanian avait deux autres enfants et adopta celui de sa nouvelle épouse. Il continua jusqu’en 1988 à présider la société HLM de Saint-Gratien puis du Val–d’Oise, fonction qu’il exerçait depuis 1959. Le dernier combat citoyen d’Hovnanian, qui exerça comme médecin jusqu’en 1988, fut de présider le comité départemental de la Ligue contre l’alcoolisme de 1971 à 1982 et surtout en s’intéressant aux addictions de la jeunesse, il fonda, en mars 1979, avec le professeur de Médecine Paul Lechat, le comité National d’Information sur la Drogue dont il fut le président jusqu’en 2005. Politiquement, il soutint l’UDF, puis l’UMP. Il mourut une semaine avant d’atteindre les 90 années. En 2007, il avait publié un ouvrage de mémoire sur les 38 premières années de son existence : Français d’Arménie.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76801, notice HOVNANIAN Léon par Gilles Morin, version mise en ligne le 29 mars 2010, dernière modification le 11 juin 2010.

Par Gilles Morin

Léon Hovnanian dans les années 1950
Léon Hovnanian dans les années 1950
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956

ŒUVRE : Français d’Arménie, Ed Glyphe, Condé-sur-Noireau, 534 p.

SOURCES : Arch. Nat., F/1cII/221 ; CAC, 1986021/1. — Archives de l’OURS, dossiers Seine-et-Oise et Val-d’Oise ; 2/APO/2, fonds de la FGDS. — Directives (UGS), n° 2, 20 janvier 1958. — Courrier du PSU, février 1961. — Tribune socialiste, n° 41, 3 juin 1961. — Les élections législatives 1962, 1967, La documentation française. — Directives (PSU), 3 août 1962. — Le Jacobin, n° 56, 1961. — Jean-Louis Rizzo, Mendès France ou la rénovation en politique, Presse de la FNSP, 1993.

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