IFF Simone [née BALFET Simone]

Par Évelyne Diebolt

Née le 4 septembre 1924 à Vabre (Tarn), morte le 29 décembre 2014 à Paris ; militante du mouvement Jeunes Femmes, présidente du Planning familial (1973-1980), membre du cabinet de la ministre aux Droits des femmes Yvette Roudy.

Simone Balfet était une des cinq filles (Jacqueline, Suzy, Hélène, Simone, Françoise) du pasteur Frantz Balfet et de Marthe Capelle. Frantz occupa divers postes pastoraux dans le Sud-Ouest de la France.

Elle passa par toutes les activités dévolues aux filles de pasteur, de l’école du dimanche à la sensibilisation aux missions, enfin elle fut éclaireuse. Elle fit partie de la Fédé, mouvement de jeunesse protestant, en 1939-1940.

Ses parents apportèrent leur soutien et de la nourriture aux internés du camp de Gurs (Basse-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques), d’une capacité de 18 500 places (qui servit d’abord à enfermer des républicains espagnols et volontaires des Brigades internationales réfugiés en France, puis des populations jugées indésirables par le gouvernement de Vichy).

L’éducation prodiguée aux cinq filles, bonnes élèves, ne fut ni rigide ni sévère.

Pendant la guerre, Simone Balfet entra dans la Résistance et obtint la première partie du baccalauréat. À dix-neuf ans, en 1943, Simone, enceinte, se maria avec Werner Iff à Montpellier. Devant le scandale, son père préféra quitter son poste à Sète, où la pasteure Élisabeth Schmidt le remplaça. Werner s’engagea dans le maquis aux côtés des Francs tireurs partisans (FTP).

Simone et Werner Iff eurent cinq enfants, deux fils et trois filles. Simone, suite à des grossesses non désirées, eut recours à l’avortement.

De 1951 à 1963, Werner Iff dirigea à Paris le foyer protestant Étienne Matter-Elie Robin dans le XIXe arrondissement à Belleville. Simone Iff, collaboratrice de Werner, recevait la rémunération de son travail inclus dans le salaire de ce dernier. Il s’agissait jusqu’en 1955 d’un foyer de détenus en liberté conditionnelle. Puis, à partir de 1955, d’un foyer de semi-liberté pour garçons délinquants (une trentaine). Werner et Simone Iff et leurs enfants partageaient leur quotidien avec leurs pensionnaires. En 1963, le foyer n’ayant plus les normes techniques pour recevoir des adolescents entre 18 et 21 ans, ferma. Werner Iff reprit des études universitaires de psychologie.

Simone Iff rejoignit le mouvement Jeunes femmes (MJF) du XIXe arrondissement. La formation à Jeunes femmes lui fit développer une complicité entre femmes. Elle y apprit à s’exprimer oralement dans un groupe de parole féminin et de réflexion. Elle recevait une écoute respectueuse de la part des personnes présentes. Simone Iff fit le constat de la différence entre protestants et catholiques sur le sens de la sexualité : pour les protestants, la sexualité est l’expression de l’amour dans un couple, mais pour les catholiques, la sexualité n’a pour fin que la procréation. L’association La Maternité heureuse fut fondée et présidée par le Dr Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé en 1955 (statuts déposés le 8 mars 1956) et domiciliée chez elle, 77 avenue Paul-Doumer à Paris (XVIe arr.). Suzette Duflo, qui avait contacté Mme Lagroua Weill-Hallé, vint régulièrement aux réunions de cette association. Le premier conseil d’administration comptait vingt-trois femmes (la secrétaire générale Évelyne Sullerot et des militantes du mouvement Jeunes femmes : Odile Delteil, Madeleine Tric et une de ses amies proches, Marie-Louise Monod).

Simone Iff apporta trois contributions au bulletin de 1969 à 1971 : dans le n° 114, « Quelle société voulons-nous construire ? » ; dans le n° 115, « La famille en changement » ; enfin, dans le n° 122, « Pourquoi des mouvements féminins aujourd’hui ? »

En 1960, issu de La Maternité heureuse naquit le Mouvement français du planning familial (MFPF). Simone Iff y conduisit en voiture des « Jeunes Femmes » qui habitaient à côté de chez elle : Francine Dumas, Germaine Gosselin, Noëlle Friedel, Liliane Vermeille, appelées familièrement l’« écurie Tric ». Simone fut une des premières hôtesses de la permanence du Planning familial rue des Colonnes. Être hôtesse d’accueil la passionna : elle s’investit beaucoup dans cette activité.

En 1965, Simone Iff fut envoyée en tant qu’hôtesse du Planning par le pasteur André Dumas, professeur de théologie à la faculté du boulevard Arago, pour représenter les mouvements protestants à la semaine de la pensée marxiste organisée par le Parti communiste français (PCF) et intervenir sur la régulation des naissances. Simone Iff, très impressionnée, se trouva au milieu d’une grande manifestation de 4 000 personnes, où étaient majoritaires les femmes de l’Union des femmes françaises (UFF), dans le palais de la Mutualité. Elle dut faire preuve de courage pour prendre la parole et contredire Jeannette Vermeersch* qui combattait le contrôle des naissances, position très rigide du PC.

Le Dr Lagroua Weill-Hallé donna sa démission et quitta le mouvement en 1967. Le Planning, déclaré « mouvement d’éducation permanente et populaire », en reçut l’agrément. Simone commença à travailler avec les Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (Ceméa).

Dans les années 1968, Werner, faisant de la formation pour les cadres supérieurs dans l’industrie, travailla toute la semaine en province et ne revint que le week-end, ce qui laissa beaucoup de temps à Simone Iff pour militer.

Avec Catherine Valabrègue (journaliste et écrivaine, première secrétaire générale de La Maternité heureuse) et Cécile Goldet, elles se rendirent en Afrique afin de voir comment rompre avec la vision malthusienne prônée par des membres des Plannings sur la scène internationale. À son retour, elle apprit qu’elle avait été nommée secrétaire générale de la région parisienne (1970-1973). Simone Iff devint présidente du MFPF (1973-1980).

Dès 1971, Simone Iff participa aux commissions de travail sur l’élaboration des textes d’application des lois sur la contraception, puis sur l’interruption volontaire de grossesse.

Quand Simone Veil devint ministre de la Santé, Simone Iff la rencontra souvent et lui communiqua les rapports et enquêtes faits dans le cadre du Planning. Malgré la divergence de leurs points de vue – pour Simone Veil, la question de l’avortement était une question privée, tandis que pour Simone Iff, c’était une question sociale, collective, qui devrait être inscrite comme un droit –, elles collaborèrent très bien.

De 1974 à 1981, Simone Iff représenta le MFPF au Conseil supérieur de l’information sexuelle, de la régulation des naissances et de l’éducation familiale. De 1975 à 1981, elle anima un collectif de défense des femmes prostituées. Ce fut l’une des organisatrices de la marche du 6 octobre 1979 pour la liberté de l’avortement et de la contraception.

Simone Iff devint membre du cabinet d’Yvette Roudy, ministre aux Droits des femmes (1980-1983), qu’elle connaissait depuis longtemps, en tant que conseillère technique en 1983 sur les questions de santé, sexualité, viol, violences et prostitution. En 1984, elle devint membre du Conseil économique et social (section affaires sociales) et participa à partir de 1986 à l’animation du Collectif féministe contre le viol.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76546, notice IFF Simone [née BALFET Simone] par Évelyne Diebolt, version mise en ligne le 5 juillet 2010, dernière modification le 11 mars 2016.

Par Évelyne Diebolt

SOURCES : Entretiens d’Évelyne Diebolt avec Simone Iff, 2007-2009. — Contraception, avortement : le droit des femmes, éditions Tierce, 1979. — D’une révolte à la lutte, 25 ans de Planning familial, éditions Tierce, 1982. — Évelyne Diebolt (dir.), Dictionnaire biographique Militer au XXe siècle. Femmes, féminismes, Églises et société, Paris, Michel Houdiard éditeur, 2009, p. 182-186. — Geneviève Poujol, Un Féminisme sous tutelle. Les protestantes (1830-1960), Paris, Les Éditions de Paris, 2003, p. 221. — Évelyne Diebolt, Matériaux pour l’histoire de Jeunes Femmes, Michel Houdiard éditeur, 2010. — Jean Gondonneau, « Simone Iff », dans Geneviève Poujol, Madeleine Romer (dir.), Dictionnaire des militants culturels, op. cit.. — Le Monde, 4-5 janvier 2015.

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