GRANDJOUAN Jules

Par Jean Maitron

Né et mort à Nantes (Loire-Inférieure) : 22 décembre 1875-12 novembre 1968 ; dessinateur « engagé » ; libertaire, syndicaliste (CGT puis CGTU), communiste puis socialiste.

Fils de Julien, herbager, et de Adèle Chatelier, rentière, après des études au lycée de Nantes, Jules Grandjouan étudia le droit à Paris en 1895-1896, puis travailla comme clerc de notaire à Nantes. Dès cette époque, il donna des dessins à des journaux de la région. Il se maria le 18 décembre 1897 à Paris (VIe arrondissement) avec Bettina Simon et se consacra bientôt exclusivement au dessin. Au début du siècle, il vint résider à Paris ; il était alors père d’une fille. Deux fils naîtront ensuite et une deuxième fille qui mourra en 1908. Jules Grandjouan revint à Nantes en 1940.

Nous n’avons pas à retracer ici la carrière artistique de Grandjouan, mais à souligner ses liens avec le mouvement ouvrier et révolutionnaire. À partir de 1899-1900, il fréquenta les milieux « avancés », se liant avec Naudin, Delannoy, Hermann-Paul, Steinlen. Anarchiste à cette époque, Grandjouan collabora activement aux publications libertaires ou sympathisantes — voir œuvre. Cela lui valut maintes poursuites et, en 1911, il fut condamné pour un dessin antimilitariste à dix-huit mois de prison et 30 000 F d’amende. Il préféra alors s’exiler pendant quelque temps, et voyagea, visitant l’Allemagne, l’Égypte, l’Italie. Il revint en février 1912 et fut amnistié en février 1913.

Syndicaliste actif, Grandjouan avait assisté à deux congrès nationaux corporatifs, les XVIe et XVIIe — 10e et 11e de la CGT — Marseille, octobre 1908, Toulouse, octobre 1910. Il ne figure pas toutefois sur les listes de délégués au congrès de Marseille. Pourtant, il y assistait puisqu’il déposa une motion, au nom de l’Union des syndicats de la Seine, sur l’antimilitarisme. Il déclara à ce sujet — cf. c. rendu, p. 182 : « La patrie n’est qu’un prétexte pour exploiter et diviser les travailleurs », « l’armée n’est que le moyen brutal d’assurer cette exploitation et cette division » ; en conséquence, « il est temps d’étudier la réalisation pratique de la grève générale et de l’insurrection en cas de guerre ».

Grandjouan fit la guerre dans le service auxiliaire et, après la fin des hostilités, sympathisa avec la Révolution d’Octobre et le communisme. En 1926, il fit le voyage de Moscou et en revint avec un album de plus de deux cents dessins qu’il publia sous le titre de Russie vivante. En 1928, il participa à la fondation du Cercle de « La Russie neuve ». Il fut élu représentant en France du bureau international des peintres révolutionnaires et fut invité à Moscou en 1930 pour « travailler à la cause des Beaux-Arts prolétaires », mais, cette même année, il fut rayé du bureau international en raison de ses désaccords.

En 1924, dans la Loire-Inférieure, il avait conduit la liste du « Bloc ouvrier et paysan » lors des élections législatives. Dans la 1re circonscription de Nantes, aux législatives de 1928, il se présenta comme socialiste mais se heurta à un socialiste SFIO Dalby et à un communiste, Sanquer. Quatre ans plus tard, il se présenta seul, une nouvelle fois, et échoua.

Il mena dès lors une vie retirée. Toutefois, en 1935, il fit partie du comité provisoire d’organisation de la Conférence nationale contre la guerre qui siégea à Saint-Denis les 10-11 juillet. Voir Louzon.

Sa fille Edwige, inspectrice de dessin des écoles de la Ville de Paris, a épousé, en 1926, Jean Langevin, fils de Paul, bien connu comme savant et comme citoyen « engagé ». En 1926, H. Grandjouan (est-ce son fils Henri ?) assurait l’impression de la revue libertaire Plus Loin que dirigeait le docteur Pierrot et, en 1933, assistait aux banquets qu’organisait la direction de la revue.

Jean Cassou a pu caractériser l’œuvre de Grandjouan « l’épopée du syndicalisme et du socialisme dans leur neuve ardeur, leur premier élan, l’ardeur et l’élan de la révolte anarchiste » (Jules Grandjouan, op. cit., p. 9).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76535, notice GRANDJOUAN Jules par Jean Maitron, version mise en ligne le 18 décembre 2013, dernière modification le 18 décembre 2013.

Par Jean Maitron

ŒUVRE : Grandjouan déclara un jour avoir été l’auteur de 2 000 dessins, « ce qui est bien au-dessous de la vérité », souligne Edwige Langevin (op. cit., p. 16). Voici quelques-unes de ses productions « engagées » :
— Portraits de militants : Almeyreyda, Cordier, Delzant, Greffulhes (Griffuelhes ?), Lévy, Malata (Malato ?), Marck, Merrheim, Pouget, Renard (cf. pp. 51-52 du Catalogue, op. cit.).
— Affiches : Briand et Villeneuve-Saint-Georges, 1907. — L’Art emprisonné, 1909. — Les Quinz’mill’, 1910. — Ne vote plus, prépare la révolte, 1910. — Leurs Retraites, 1910. — La Révolution, 1910 (Catalogue, op. cit., p. 27).
Après la guerre, Grandjouan fit des affiches pour la CGT (affaire Cottin), pour l’amnistie (Marty et les mutins de la mer Noire), en hommage à Liebknecht, affiches aussi en 1924 pour le Bloc ouvrier-paysan (ibid., p. 28).
— Collaboration aux périodiques Le Libertaire, 1899, L’Assiette au Beurre, 1900-1911, La Voie du Peuple, 1903-1910, Les Temps Nouveaux, 1905-1910, Le Conscrit, 1906, La Guerre sociale, 1906-1908, L’Almanach de la Révolution, 1907, La Voix des Verriers, 1907, La Bataille syndicaliste, Monde, 1930.
— Couvertures de brochures de la Bibliothèque syndicaliste que dirigeait Pouget, L’Action directe, par exemple.

SOURCES : Arch. Dép. Loire-Atlantique, 1 M 113, 116, 122. — La Bretagne communiste, 19 avril 1924. — Notes de Cl. Geslin. — Catalogue de l’Exposition Jules Grandjouan, Musée des Beaux-Arts de Nantes, 27 juin-10 octobre 1969, préface de Jean Cassou, notes sur l’œuvre de Grandjouan par Edwige Langevin. — Exposition Jules Grandjouan, l’engagement d’un artiste, juillet-septembre 1998, Centre national et musée Jean Jaurès, Castres (exposition réalisée par Alain Boscus, avec les descendants de l’artiste, Annette et Bernard Langevin). — Jules Grandjouan, catalogue de l’exposition, Bibliothèque municipale de Nantes, 1998, Ville de Nantes et Editions Mémo. — « Jules Grandjouan. Le dessinateur nantais en révolte »,Gavroche, n° 101, septembre-octobre 1998. — Exposition Jules Grandjouan, créateur de l’affiche politique illustrée, Musée d’histoire contemporaine-BDIC, 2002.
ICONOGRAPHIE : Musée des Beaux-Arts, Nantes. — État civil.

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