MAYNERIS Marcel, Joseph, Abdon

Par André Balent

Né le 12 octobre 1899 à Saint-Marsal (Pyrénées-Orientales), mort le 20 avril 1993 à Perpignan ; instituteur (1925-1931), puis rédacteur de préfecture (1931-1962) révoqué entre 1940 et 1944 ; militant syndicaliste ; militant socialiste de premier plan avant 1940 dans les Pyrénées-Orientales (secrétaire fédéral, secrétaire fédéral adjoint) ; résistant (Libération-Sud), membre du CDL des Pyrénées-Orientales ; militant socialiste des Pyrénées-Orientales (1944-1948, à partir de 1956), de l’Aveyron (1948-1953), de l’Aude (1953-1956) ; maire de Saint-Marsal (1965-1983).

Marcel Mayneris naquit dans un village des hautes Aspres où son père, Pierre Mayneris, originaire d’Estoher, dans le bas Conflent (Pyrénées-Orientales), s’était installé comme menuisier car ses parents y tenaient un café. Lecteur des Encyclopédistes, cet artisan autodidacte qui avait fait le Tour de France flirta un moment l’anarchie au point de devenir, en 1893-1894, un lecteur de La Révolte et du Père peinard où il écrivit plusieurs articles sous le pseudonyme de « Père Barbassou ». Sa mère Joséphine Xatard, issue d’une famille de propriétaires terriens d’Arles-sur-Tech (Pyrénées-Orientales) était demeurée catholique, quoique non pratiquante. Les idées « avancées » du père prédominèrent ce qui explique l’évolution du jeune Marcel Mayneris. Ses études, à l’école de Saint-Marsal jusqu’au certificat d’études primaires, puis au cours complémentaire de Céret (Pyrénées-Orientales) se poursuivirent à l’école primaire supérieure de Prades où il obtint le brevet élémentaire. Il passa le concours d’entrée à l’école normale de Perpignan où il entra en 1917. Mobilisé, il dut interrompre ses études. Incorporé le 16 avril 1918 au 81e RI, il fut cantonné (juillet-novembre 1918) en Haute-Saône puis dans les Vosges sans, toutefois, participer directement aux combats. Évacué sanitaire le 22 juillet 1919, il passa ensuite au 26e RI (26 septembre 1919). Affecté à Laval (Mayenne), caporal le 8 décembre 1920, il fut démobilisé en avril 1921 pour être aussitôt rappelé (3 mai) pour partir en Allemagne (Ruhr, Sarre) avec le 81e RI, dans les troupes d’occupation jusqu’au 30 juin 1921. En octobre 1921, il reprit ses études à l’école normale d’instituteurs. De ce fait, il entra dans une promotion d’élèves plus jeunes dont certains, futurs militants, devinrent des amis très proches : Louis Torcatis*, Antonin Pagès*, Dominique Parsuire*. D’octobre 1922 à mai 1923, surveillant à l’école normale, il prépara avec succès le brevet supérieur. De mai à juin 1923, il fut, à titre provisoire, instituteur adjoint à Torreilles. En août 1922, il se maria civilement avec Simone Salvat, institutrice, née à Bourg-Madame (Pyrénées-Orientales). Leur fils unique, Roger, naquit en juin 1923. En octobre 1923, le couple obtint un poste double à Valmanya, village minier du Canigou. En octobre 1925, ils furent mutés à Bélesta puis, en octobre 1928, à Saint-Nazaire, dans la plaine roussillonnaise.

En mai 1931, Marcel Mayneris se présenta à un concours de recrutement de rédacteurs à la préfecture des Pyrénées-Orientales. Reçu, il prit ses fonctions dès le 1er juin 1931. Sa femme ayant obtenu une mutation, le couple put se fixer définitivement à Perpignan. Dans son nouvel emploi, Marcel Mayneris accéda successivement aux grades de rédacteur principal, chef de bureau, chef de division. Révoqué en 1940, il fut réintégré en août 1944 dans le grade de chef de bureau. Sa promotion au grade de chef de division l’amena à accepter une mutation à Rodez (Aveyron). Il fut ensuite muté à Carcassonne (Aude) en 1953 puis à Perpignan en 1956. Il fit valoir ses droits à la retraite le 15 décembre 1962.

En octobre 1923, Marcel Mayneris adhéra au Syndicat national (CGT) dont il devint un militant actif. Secrétaire de mairie à Valmanya, il adhéra également au syndicat départemental des instituteurs secrétaires de mairie dont il devint le secrétaire départemental. En dépit de son adhésion au SNI, Marcel Mayneris et sa femme adhérèrent aussi au syndicat de la Fédération unitaire de l’enseignement dont certains de leurs amis proches (François Marty*, Ludovic Massé*, condisciples de l’école normale) étaient d’actifs militants. Il expliqua (1982) le motif de sa double adhésion au SNI et à la FUE, par le souci de ne pas se couper du milieu professionnel tout en restant lié aux éléments les plus dynamiques. Dès 1923-1924, il participa à la création d’un groupe des jeunes de la FUE avec Paul Combeau*, Michel Noé*, Robert Bazerbe*, Clément Padrixe et ses amis de promotion, Torcatis et Parsuire. Marcel Mayneris et sa femme assistèrent au congrès de Marseille de la FUE (1930) : impressionnés par le discours d’Aulas*, ils votèrent pour la majorité fédérale.

Pendant l’été 1925, Marcel Mayneris adhéra à la section SFIO de Perpignan du Parti socialiste SFIO qui n’était pas organisé à Bélesta. Il s’engagea en 1934, dans la « Bataille socialiste » qui mena l’opposition à Jean Payra. À partir de 1935, son rôle devint plus important. Élu à la CAF par le congrès fédéral de 1935, il fut ensuite sans cesse réélu à cette instance jusqu’en 1935 et ne cessa de participer à la vie mouvementée de la fédération dont il devint un des dirigeants les plus en vue sans exercer de mandat électif. Délégué au congrès de Mulhouse (1935), il refusa de suivre Joseph Rous* dans la dissidence. Secrétaire fédéral en septembre 1935, il fit la paix avec Jean Payra et Georges Pézières*. En octobre 1935, Marcel Mayneris devint rédacteur en chef du Cri socialiste, hebdomadaire contrôlé jusque là par Payra. Il devint, à partir du 9 octobre 1936, un des principaux rédacteurs du Socialiste des Pyrénées-Orientales qui remplaça Le Cri socialiste. Il rédigeait des articles sous sa signature, mais aussi sous celle de pseudonymes (« le Soc », « le Quintette »). Il rédigeait des éditoriaux signés par des parlementaires du département, seuls Louis Noguères* et Joseph Rous tenant à écrire eux-mêmes leurs contributions. De septembre 1935 à juin 1940, il fut le principal organisateur et propagandiste de la SFIO qui ne cessa d’étendre son influence dans le département. Si, au congrès fédéral du 26 janvier 1936, il soutint la motion de la Gauche révolutionnaire, il ne se rallia pas durablement à cette tendance. Au congrès fédéral du 30 juin 1936, il vota pour la motion « Thuir » présentée par le député maire de cette ville, Louis Noguères. Dès ce moment, il lui demeura très lié et le soutint sans failles.

En août 1936, il se rendit en Espagne républicaine pour Le Populaire (dont il devint correspondant-rédacteur) avec Jean Zyromski*, Jean Castagnez*, député du Cher et Julien Cruzel*, maire de Cerbère. Il fit la connaissance de Pietro Nenni, volontaire de Brigades internationales, qui devint son ami : lors de ses fréquents allers et retours entre l’Espagne et Paris, Nenni résidait chez lui, rue du Rail. Ses prises de position publiques et ses responsabilités fédérales firent (1938) de Marcel Mayneris la cible de L’Indépendant, l’influent quotidien perpignanais, plutôt favorable à Franco.

En septembre-octobre 1938, Marcel Mayneris fut résolument « munichois » et se démarqua publiquement, dans Le Socialiste de Zyromski, qu’il avait encore soutenu l’année précédente, et de la « Bataille ».

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Marcel Mayneris ne fut pas mobilisé. Une pleurésie, contractée quelques mois auparavant, lui valut d’être réformé.

Il fut parmi les premiers fonctionnaires des Pyrénées-Orientales à être révoqué (19 septembre 1940) par les autorités vichyssoises en application du décret du 17 juillet 1940. Il subissait les sarcasmes des agitateurs locaux de « L’Action française » qui l’accusaient, dans leur presse, d’avoir fait de la contrebande de bijoux en relation avec la guerre d’Espagne. Pour survivre, il vendit sa maison, acheta une exploitation agricole des environs de Perpignan et se reconvertit dans l’agriculture. Il fut l’un des résistants de la première heure des Pyrénées-Orientales. Il prit en charge, dès juin 1940, son ami Pietro Nenni et sa famille à qui il procura, grâce à ses relations, un gîte sûr à Saint-Marsal puis à Palalda (Voir Barde, Edmond). L’Italien, antifasciste résolu, lui insuffla d’emblée un esprit de résistance farouche qui fut par ailleurs favorisé par l’attitude résolue de son autre ami et mentor, Louis Noguères*, l’un des 80 parlementaires qui, le 10 juillet, refusèrent de voter les pleins pouvoirs à Pétain. En février 1941, Marcel Mayneris assista, ce qui fut remarqué par les autorités, aux obsèques de Georges Pézières*, sénateur socialiste des Pyrénées-Orientales qui, lui aussi, avait voté « non » le 10 juillet 1940. Le 3 mars 1941, il accompagna, seul, à la gare de Perpignan, Louis Noguères qui venait d’être assigné à résidence à Argentat (Corrèze) et ne cessa, par la suite de maintenir le contact avec lui. Peu à peu, Marcel Mayneris s’engagea dans la résistance active. Il devint l’un des piliers de la résistance non communiste du département. Déçu par Paul Faure, stimulé par Louis Noguères et Pietro Nenni, il accueillit les socialistes résistants qui se présentaient à lui, pour réorganiser la mouvance socialiste (Édouard Froment*, député de l’Ardèche, missionnaire des CAS, André Blumel,* désireux de gagner la France libre via l’Espagne, Jules Moch* et Germaine Picard-Moch). « Gargotier », selon ses propres termes, il hébergea gratuitement nombre de ses visiteurs et, tout naturellement accepta de faire partie du réseau « Brutus » qui organisait des passages en Espagne. Relais perpignanais des fugitifs, il les mettait en contact avec ses amis passeurs cérétans tel Jean Coste*. Il envoya aussi des légumes de sa production à Léon Blum, prisonnier à Bourrasol, avec qui il entretint une correspondance. Ses contacts avec Froment et avec Francis Missa* le conduisirent avec certains de ses camarades socialistes qui n’étaient pas encore à « Combat », à fonder avec, entre autres, Joseph Rous [de Puyvalador]* et Jean Olibo*le mouvement « Libération-sud » dans le département : la réunion constitutive du mouvement, bientôt le plus puissant des Pyrénées-Orientales en dehors de la mouvance communiste eut lieu le 21 février 1942 dans l’arrière salle du café perpignanais La Font del gat, convoquée par Marcel Mayneris. Elle se prolongea ensuite au domicile de Joseph Rous*, à proximité du café. Plongé dans l’activité clandestine, Mayneris assurait les contacts avec l’extérieur, la réception et l’organisation de la presse clandestine extra départementale, Libération, Vaincre, Le Populaire du Languedoc. Le 7 juillet 1942, il participa avec Joseph Rous*, les responsables départementaux de « Combat » (le commandant Ricart) et de « Franc-Tireur » (François Paulin)* à la réunion qui prépara la première grande manifestation de la résistance perpignanaise (à laquelle se rallièrent les communistes et le Front national), le 14 juillet à la place Arago. Le 15 février 1943, les MUR furent constitués des Pyrénées-Orientales. Entre temps, Marcel Mayneris avait abandonné son poste de responsable départemental de « Libération » qui avait échu à Jean Olibo*. Ce dernier étant assigné à résidence après sa participation à la manifestation du 14 juillet 1942, Joseph Rous* prit en main la direction de Libération-sud. Mayneris se retrouva provisoirement à la tête du mouvement après que les MUR eurent été décapités par 34 arrestations, dont celle de Joseph Rous*, le 23 mai 1943. Mais en août 1943, étant désormais trop menacé, ce fut Camille Fourquet* qui le remplaça à la tête de « Libération-sud » et devint permanent des MUR. Ayant été averti qu’une vague d’arrestations devait décapiter le MLN perpignanais, il prit ses devants et s’enfuit, le 10 avril 1944, dans le maquis au sens premier du terme, à Saint-Marsal, puis dans un mas isolé, à Glorianes. Au début du mois d’août, après la tragédie de Valmanya, voisin de Glorianes, brûlé après l’attaque conjointe des Allemands et de la Milice locale, il se rendit à Perpignan, déguisé, afin de participer aux grandes manoeuvres départementales qui présidèrent, avant même la libération, la difficile gestation de CDL. Membre du « clan Noguères », ainsi que Fourquet, le chef départemental du MLN nommait de façon péjorative les amis du maire révoqué de Thuir, dont Mayneris, affiliés comme lui à « Libération », à qui il vouait, ainsi qu’aux socialistes de « Combat » une inimitié tenace (et réciproque), Marcel Mayneris, des CAS, fut désigné in extremis au CDL pour représenter la SFIO. Mais la désignation du maire de Perpignan et du nouveau préfet du département donna lieu à d’âpres tractations qui se poursuivirent, en ce qui concerne le préfet, après la Libération de Perpignan le 19 août. Plus tard, ce fut Louis Noguères qui le remplaça au CDL, au titre de la SFIO.

Ayant retrouvé ses fonctions à la préfecture, il s’abstint de briguer un mandat électif. Membre de la CAF, il refusa cependant le secrétariat fédéral du parti qui échut, fin 1944, à un jeune nouveau, bientôt rival de Noguères, Arthur Conte*. Il fut administrateur du Cri du soir, éphémère (1946) quotidien socialiste fondé par son ami Parsuire. Grand électeur sur la liste présentée par la SFIO pou élire le nouveau Conseil de la République (novembre 1946), il ne joua plus qu’un rôle de second plan Muté dans l’Aveyron, son engagement politique fut très en retrait, en dépit de l’amitié ancienne qui le liait à Paul Ramadier*, maire de Decazeville, conseiller général et député de l’Aveyron. Il en fut de même à Carcassonne bien qu’il conserva sa carte à la SFIO. De retour dans les Pyrénées-Orientales, il s’abstint de tout engagement, après la mort (1956) de son ami Noguères et la montée en puissance de ses rivaux, Paul Alduy* et Arthur Conte*. Lassé, il finit, dans les années 1960 par ne plus renouveler son adhésion.

Retraité, il allait consacrer son énergie à deux tâches essentielles, son mandat de maire de Saint-Marsal et son activité au sein de l’Union départementale des combattants volontaires de la Résistance et de la Fédération départementale des combattants républicains. Il contribua à ce titre à, la mise en place du concours départemental de la Résistance et de la déportation qu’il anima, participant à la correction des copies avec les professeurs d’histoire.

Maire de Saint-Marsal de 1965 à 1983, bien que résidant principalement à Perpignan, il fit profiter ses concitoyens de son expérience administrative et s’attacha à rénover un vieux village pittoresque de la moyenne montagne.

Victime d’une attaque cérébrale en 1984 il fut amené à restreindre puis à cesser ses activités publiques. Il était titulaire de la croix de Combattant volontaire de la Résistance, de la médaille interalliée, de la Croix de guerre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76507, notice MAYNERIS Marcel, Joseph, Abdon par André Balent, version mise en ligne le 6 mars 2010, dernière modification le 18 août 2019.

Par André Balent

[Carte de correspondant de presse du Populaire destinée à couvrir la guerre civile espagnole en Catalogne, Arch. Mayneris, cliché André Balent, 1982]

ŒUVRE : nombreux articles (polémique, propagande, analyses et commentaires) dans les organes de presse cités dans la notice. –Les « mémoires » inédites cités (Arch. A. Balent).

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, 3 M 175 ; 1 R 549, registre matricule. — Arch A. Balent (fonds donné par M. Mayneris, arch de la SFIO, 1935, correspondance inédite en particulier avec Pietro Nenni ; texte manuscrit (inachevé) sur son activité militante rédigé à l’intention d’André Balent, Perpignan, 10 juillet 1983). — Arch. M. Mayneris. — Entretiens avec Marcel Mayneris, Perpignan, 2 juillet, 13 octobre 1982 et conversations (1982-1984). — André Balent, « Du Front populaire à la résistance, l’itinéraire d’un militant perpignanais, Marcel Mayneris (1899-1993) », Études Roussillonnaises, XVI, Canet, 1998, pp. 165-192 ( bibliographie complète et liste exhaustive des sources) ; « Le séjour de Pietro Nenni (1891-1980) dans les Pyrénées-Orientales (1940-1942) », Études Roussillonnaises, XVIII, Canet, 1999, pp. 143-159 ; « Perpignan la résistante » in dir. Raymond Sala, Michelle Ros, Perpignan une et plurielle, Perpignan, Éditions Trabucaire, Archives de la ville de Perpignan, 2004, pp. 523-549. — Camille Fourquet, Le Roussillon sous la botte nazie, tapuscrit inédit, Perpignan, s.d. [1965], 207 p. — Ramon Gual, Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, II a, Iconographie : documents, photos, presse...Els alemanys fa (pas massa) temps, Terra Nostra, Prades, 1996 , 424 p., De la Résistance à la Libération ; II b, Terra Nostra, Prades, 1998, 688 p. — Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la résistance catalane, I, Chronologie des années noires, Terra Nostra, Prades, 1994, 400 p. — Pietro Nenni, Vingt ans de fascisme, de Rome à Vichy, Paris, Maspero, 1960, 301 p. — DBMOF, notice par André Balent.

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