HAURIOU André, Laurent, Jules, Maurice

Par Gilles Morin

Né le 23 juillet 1897 à Toulouse (Haute-Garonne), mort le 20 septembre 1973 à Toulouse ; juriste et professeur d’Université ; militant socialiste ; résistant, chef régional de Combat dans le Sud-Ouest ; conseiller de la République puis sénateur de la Haute-Garonne (1946-1955), conseiller municipal de Saint-Félix-Lauragais (Haute-Garonne) ; membre du conseil supérieur de la Magistrature ; vice-président de la Ligue des droits de l’Homme.

André Hauriou
André Hauriou
Sénat

Issu d’une famille originaire des Pyrénées-Orientales, André Hauriou était le fils de Maurice Hauriou, juriste réputé et doyen de la Faculté de droit de Toulouse, et de Marie Andrieux. Il suivit ses études au lycée Fabre et à la faculté de Droit de Toulouse, puis à celle de Paris. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, d’où il revint avec la Croix de guerre, il acheva ses études, obtint le doctorat de droit en 1921, puis l’agrégation en 1925. Après avoir été chargé de cours à partir de 1922, il enseigna à la Faculté de Toulouse de 1925 à 1943 (comme professeur de droit administratif puis de droit constitutionnel à partir de 1933), sauf l’année de guerre 1939-1940 où il fut mobilisé. André Hauriou, de culture protestante, ne fut pas seulement un professeur de droit, mais aussi un combattant du droit. Il se maria le 1er mars 1947 à Paris (VIIe arr.). Son épouse, née Magali, Marthe, Marie de Séverac le 4 janvier 1913 à Béziers (Hérault), décédée le 5 novembre 1973 à Céret (Pyrénées-Orientales), était la fille du compositeur Déodat de Séverac. Mariée le 16 avril 1934 à Saint-Félix-de-Lauragais (Haute-Garonne), commune de naissance de son père, avec Hubert Blacque-Belair, mère de trois enfants, divorcée, trésorière-adjointe du comité antifasciste de la Résistance, elle militait dans de nombreuses organisations de gauche. Hauriou conserva toute sa vie des liens étroits avec Céret (Pyrénées-Orientales) la commune où sa femme avait passé son enfance, car son père avait fait le choix de vivre dans cette ville fréquentée par de nombreux artistes ;

Membre, dès sa jeunesse, de la Ligue des droits de l’Homme et du citoyen, André Hauriou ne semble pas avoir eu d’activité politique avant l’Occupation. Il aurait été antimunichois selon son témoignage au comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, considérant que la guerre était « inévitable, il préférait qu’elle eût lieu en 1938, plutôt qu’en 1939 ou plus tard ».

Hauriou fut mobilisé comme capitaine-commandant une batterie d’artillerie au 287e RALD. Il participa à la bataille de France sur l’Ailette et sur l’Aisne et fit retraite avec son unité jusqu’à Rochechouart. Sur les routes, il n’entendit ni Pétain le 17 juin, ni de Gaulle le lendemain. Il obtint de nouveau la Croix de guerre.

Hauriou fit un voyage à Vichy en août 1940 et fut convaincu sur place que l’armistice et la formation du gouvernement Pétain étaient liés à une opération de caractère politique. Début 1941, il commença à recevoir des lettres polycopiées, venant, pensait-il, de l’entourage d’André Philip*. Fin 1941, il fut contacté par le docteur Parent, premier chef régional de Combat. Il accepta de participer à la diffusion de Combat. Après une inspection de Jacques Renouvin pour le mouvement, il devint à son tour chef régional (région R4) de Combat en avril 1942. Il avait, avec son adjoint Jacques Donth, la responsabilité de neuf départements. Parmi ses assistants, madame Blacque-Belair, dirigeant le service social qui devait devenir son épouse. Il fut l’un des trois rédacteurs, avec Frenay et Claude Bourdet, du manifeste politique paru en septembre 1942. Menacé depuis le printemps 1943, il passa dans la clandestinité, quitta la région en mai suivant, travailla en septembre pour le Comité général d’études à Paris, puis rejoignit Alger pour siéger à l’Assemblée consultative provisoire en 1943, étant passé par Londres le 19 octobre, en compagnie de Vincent Auriol, Emmanuel d’Astier, Vidal, futur directeur des RG, Just Evrard et le sénateur d’Astier.

À Alger, Hauriou fut élu vice-président de l’Assemblée consultative et rapporteur général de la commission des Affaires étrangères. Mais il ne put se faire élire à la présidence de la commission de la législation contre René Cassin. Il animait le groupe des résistants indépendants, très hostile à la résurrection des partis politiques traditionnels et manifestant une indépendance et un esprit critique très fort vis-à-vis des autorités de la France-Libre.

Rentré en France le 28 août 1944, dans le même avion que Vincent Auriol, André Philip* et Pierre Bloch, André Hauriou siégea à l’Assemblée consultative à Paris et était membre du comité directeur du MLN. Il fut membre de la commission de réintégration des agents du ministère de l’Éducation nationale licenciés par l’autorité de fait (État français) durant l’Occupation, nommé par décret 16 janvier 1945. Dans une conférence sur l’historique du suffrage féminin, tenue en janvier 1945 à Paris devant l’Action catholique indépendante, il déplorait la renaissance des partis politiques à Alger, évoquait les espoirs des résistants de voir les partis groupés sous le signe de la Résistance, trouvait inutile la séparation entre les socialistes et les radicaux, due, selon lui, à un manque de catalyseur. Il souhaitait une fusion des forces politiques en trois groupes : droite, communistes et démocrates. Il fit alors paraître un ouvrage, Le Socialisme humaniste. Il dirigeait La République du Sud-Ouest qui occupa jusqu’en 1949, avec le journal communiste Le Patriote du Sud-Ouest, les locaux de la Dépêche du Midi, et était aussi membre du comité de rédaction de France et Monde, publication dirigée par J.D. Jurgensen*.

André Hauriou conduisit en Haute-Garonne le 21 octobre 1945 une liste aux législatives dite « d’Action républicaine et socialiste de la renaissance française » qui recueillit 16 637 voix. En avril 1946, il adhéra au Parti socialiste SFIO qui le désigna comme candidat au Conseil de la République. De 1946 à 1955 (il fut réélu le 7 novembre 1948), il représenta le département de la Haute-Garonne au palais du Luxembourg comme conseiller de la République, puis sénateur, siégeant au groupe socialiste à partir du 8 décembre 1946. Il présida la commission de la presse de la Haute Assemblée et fut membre de la commission de la justice.

André Hauriou n’avait pas abandonné l’Université, enseignant à la Faculté de Toulouse (et à l’École nationale d’administration depuis 1947), ni le Droit. En février 1947, il fut désigné par l’Assemblée nationale pour siéger au Conseil supérieur de la magistrature, il y demeura jusqu’en 1953. Il fut le principal auteur du statut du Conseil et d’un projet législatif modifiant le vote d’instruction criminelle en 1949, qui entraîna un conflit entre la chancellerie et celui-ci. Vincent Auriol, qui avait été un élève de son père à l’Université de Toulouse et qu’il avait fréquenté à la Consultative à Alger, puis comme parlementaire en Haute-Garonne, le consultait et s’appuyait régulièrement sur ses avis comme en témoigne son Journal. Le président de la République, pourtant avare de ce genre d’appréciations, évoque même son « ami Hauriou », le 21 septembre 1951. Lorsque Auriol quitta la présidence de la République, il lui proposa, selon Édouard Depreux, de lui céder son siège de sénateur.

André Hauriou n’avait jamais été totalement accepté par les socialistes de la Haute-Garonne. Ceux qui convoitaient son siège parlementaire rappelaient qu’il avait adhéré au parti peu avant d’être élu. Ses activités multiples ne lui permettaient guère d’être sur le terrain, même s’il fut placé en deuxième position sur la liste des socialistes aux municipales de 1947. Il s’en éloigna encore lorsqu’il échoua à la conquête du siège de conseiller général de Toulouse-Nord en octobre 1951 et après avoir été nommé professeur à la Faculté de droit de Paris en 1954, où il enseigna jusqu’en 1970. Le préfet notait après son échec au conseil général en 1951 : « On ne saurait parler en ce qui le concerne, d’une diminution d’influence, car M. Hauriou n’a jamais fait sentir très nettement cette influence dans la politique du département ni même au sein de son parti où son autorité serait assez discutée » (rapport du 17 octobre 1951). En avril 1953 il fut élu conseiller municipal de Saint-Félix-Lauragais, mais il ne brigua aucune responsabilité dans la municipalité. En décembre 1954, il manifesta son intention de ne pas solliciter le renouvellement de son mandat parlementaire l’année suivante.

Au plan national, André Hauriou n’était guère plus intégré à l’activité du Parti socialiste jusqu’en 1956. Il fut certes chargé d’examiner les comptes du Populaire lors du congrès de 1948 mais, avec son opposition active à la CED puis aux accords de Paris – il fut indiscipliné dans les votes parlementaires le 30 décembre 1954 –, c’est pratiquement la seule trace de son activité à ce niveau que l’on relève avant la guerre d’Algérie. Cette dernière allait conduire André Hauriou à intervenir activement dans les débats internes de la SFIO en prenant position contre la politique algérienne de Guy Mollet et de Robert Lacoste*. Il fut un des cinq membres du bureau du Comité socialiste d’études et d’action pour la paix en Algérie, avec Robert Blum, Ernest Labrousse*, André Seurat* et Camille Titeux*. Ce dernier organisait les minoritaires à partir de janvier 1957. De nombreuses réunions minoritaires se tinrent à son domicile. Traduit devant la commission nationale des conflits le 14 mai 1958, Hauriou justifia l’existence du Comité et de son organe Tribune du socialisme. La CNC lui infligea un blâme. L’année précédente, il avait été candidat de la minorité, non élu, au comité directeur au congrès de Toulouse de la SFIO. Hors du parti, il participa à des actions d’intellectuels opposés à la guerre. Il fut ainsi membre du comité d’organisation des colloques universitaires sur la solution du problème algérien en 1957-1958.

Après le retour au pouvoir du général de Gaulle en juin 1958, Hauriou s’efforça d’organiser « l’Union des forces démocratiques » non communistes, appelant pour sa part à un rapprochement ultérieur avec les communistes. Dans Libération du 26 juin 1958, après le voyage du nouveau président du Conseil en Algérie, il mettait en cause de Gaulle et ses responsabilités dans l’échec de la IVe République, écrivant notamment : « Ce n’est pas le général de Gaulle qui est responsable des fautes du régime instauré en 1946, encore que, par la création du RPF, il ait contribué à développer dans les rangs de la droite l’incrédulité à l’égard de nos institutions, à une époque où la défection communiste rendait plus nécessaire pour les autres partis une pratique loyale du jeu républicain. »

André Hauriou fut un des fondateurs du Parti socialiste autonome (PSA), appartint à sa commission administrative permanente (CAP) de septembre 1958 à avril 1960, puis fut membre du premier comité politique national du Parti socialiste unifié (PSU) en avril 1960. Son influence dans cette organisation était grande, surtout auprès des jeunes et des étudiants.

Le 27 octobre 1961, date de la journée d’action pour la paix en Algérie à l’initiative de l’UNEF, André Hauriou se rendit, au nom du Comité universitaire de défense républicaine, avec Laurent Schwartz* et Jean-Pierre Vigier à 10 h au siège de la FEN pour tenter une conciliation entre le FEN, l’UNEF et la CGT. La FEN exigea alors que la CGT retirât ses accusations qu’elle jugeait « calomnieuses » de collusion avec le gouvernement, ce qui ne se fit pas.

André Hauriou se montra rapidement en désaccord avec l’évolution du PSU. En 1961, il ne fut pas réélu à la direction de ce parti pour avoir, selon Jean-François Kesler, voulu faire discuter par le congrès la question des institutions, sans écarter l’hypothèse d’un régime présidentiel et avec le souci de renforcer le pouvoir exécutif. Il heurtait ainsi de front un des fondamentaux du PSU : l’opposition totale aux institutions de la Ve République. L’année suivante, il signa la « déclaration des 47 », protestant contre l’organisation du conseil national de juin 1962. Contrairement à ce qu’écrivait Le Monde au moment de son décès, il ne quitta pas le PSU en 1965 – même si effectivement il appuya la candidature unitaire de François Mitterrand* –, mais il demeura dans le courant « unitaire » dirigé par Jean Poperen* qui prônait le rattachement du parti à la FGDS. Il ne démissionna du PSU qu’après l’exclusion de Jean Poperen.

Comme d’autres anciens minoritaires socialistes, André Hauriou entra en 1960 au comité central de la Ligue des droits de l’homme dirigée par Daniel Mayer depuis 1958 ; il en devint vice-président en 1969. En 1965, il fut l’un des signataires de « L’appel pour la tenue d’une journée internationale universitaire contre la guerre du Vietnam », avec notamment Jean Dresch, Laurent Schwartz et Paul Ricœur. En 1966, il publia un ouvrage remarqué : Droit constitutionnel et institutions politiques. Cette même année, il était président délégué de l’association Échanges franco-allemands et vice-président du club Droit et démocratie ; en 1968, il appartenait au comité d’honneur du MRAP, au comité d’initiative de l’association Club de la gauche et était syndiqué au SNES-Sup.

Lors des événements de 1968, Hauriou sut, en dépit de son âge, rester une référence politique et fut porté à la tête de l’Assemblée paritaire de la Faculté de droit de Paris. Un de ses collègues, ne partageant pas ses convictions politiques, lui rendit un bel hommage après son décès en évoquant cet épisode. « Quand, écrit M. Georges Vedel, dans le tumulte de mai 1968, la Faculté de droit et des sciences économiques de Paris se donna une assemblée paritaire, c’est André Hauriou qu’elle mit à la tête de celle-ci. Parce qu’il était, selon l’état civil, le doyen d’âge. Parce qu’il était, selon le cœur, le plus jeune. Parce que chacun, du professeur le plus ancien à l’étudiant de première année, le savait, à la lettre, sans peur et sans reproche. C’est la vraie manière de n’être pas contesté ». Après avoir évoqué le grand professeur, le résistant, l’homme politique, Georges Vedel conclut : « Il avait les plus belles qualités de l’esprit et du caractère. Il était encore plus exemplaire par le cœur, ne marchandant jamais ni son amitié, ni sa fidélité, ni son indulgence. Un grand monsieur, un gentilhomme. » Lors du reflux qui suivit les événements, il s’inquiéta de la possible résurgence de tendances autoritaires. Il figura parmi les 120 personnalités universitaires ayant constitué le Comité national de vigilance pour la défense de la République qui dénonçaient l’action des comités d’action civique, plus connus ensuite comme SAC. Il appartint alors au « Conseil national de la Résistance contre le fascisme » et était membre de la Société d’études jaurésiennes.

André Hauriou était décoré des Croix de guerre 1914-1918 et 1939-1940, chevalier de la Légion d’Honneur et titulaire de la médaille de la Résistance.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76501, notice HAURIOU André, Laurent, Jules, Maurice par Gilles Morin, version mise en ligne le 4 mars 2010, dernière modification le 27 avril 2018.

Par Gilles Morin

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ŒUVRE : Voir sa bibliographie abondante sur Gallica. Citons : Le Socialiste humaniste. Vers une doctrine de la Résistance, Paris, Fontaine, 1944, 208 p.

SOURCES : Arch. Nat. CARAN, F/7/15498, n° 4105 ; F/1cII/146, 255, 290 ; F/1cIV/152. 3AG1/279, dossier 1 ; 72AJ/48 CII 14 ; fonds André Seurat. — H. Coston, Dictionnaire de la politique française, t. 1, 1967. — P. Williams, La IVe République, p. 516. — Le Monde, 23-24 septembre 1973. — Marc Heurgon, Histoire du PSU, édition de la Découverte, 1994, t. 1, 444 p. — Jean-François Kesler, De la gauche dissidente au nouveau parti socialiste, les minorités qui ont rénové le PS, op. cit.Synthèse Flash, n° 80, 28 septembre 1973. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1959. — Bulletin Intérieur de la SFIO, n° 107. — Directives, 3 août 1962. — Notice DBMOF par Justinien Raymond. — Notes de Jacques Girault et d’André Balent.

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