HENNEBICQ Fernand, Valentin

Par Éric Belouet, Michel Dreyfus

Né le 30 août 1921 à Paris (XIVe arr.), mort le 30 août 1950 à Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis) ; gazier ; militant de la JOC ; syndicaliste CFTC, secrétaire général de la Fédération CFTC du Gaz et de l’Électricité (1945-1950).

Fernand Hennebicq
Fernand Hennebicq

Fernand Hennebicq fut marqué dès son plus jeune âge par la misère qui l’entourait. Ses parents travaillaient dans le textile, dans le Nord, et son père aurait pris un second emploi de veilleur de nuit pour pouvoir financer les études de son fils. Il est mentionné comme livreur sur l’acte de naissance de son fils.

Très tôt, le jeune Fernand milita à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC). Titulaire d’un brevet commercial, il fut embauché le 8 septembre 1941 à l’usine à gaz de Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine). Il se maria en décembre 1942 à Saint-Denis et eut quatre enfants. Poursuivant sa formation dans le cadre des cours du soir dispensés par le Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), il participa à la Résistance en contrecarrant, sur le plan professionnel, les efforts de l’occupant qui recrutait pour le Service du travail obligatoire (STO). Fernand Hennebicq prit une part active à la libération de Paris et participa aux combats dans la presqu’île de Gennevilliers en tant qu’agent de liaison entre les groupes armés.

En 1944, il adhéra à la CFTC où il fut d’abord secrétaire général du syndicat Éclairage, chauffage et forces motrices (ECFM) de Paris-Gaz, chargé de la sous-commission des prestations, pensions et de la documentation fédérale. Très vite, dès 1945, il se trouva à la tête de la Fédération CFTC des syndicats chrétiens du personnel des services publics et concédés qui, fondée en 1937, regroupait notamment les syndicats des industries électriques et du gaz (voir Raphaël Bernard). Un bureau provisoire fut mis en place à la Libération dont Pierre Forray, né le 14 août 1902 à Paris (Ve arr.), agent à la Compagnie des eaux, un de ceux qui avaient réorganisé clandestinement la Fédération dans la région parisienne durant la Seconde Guerre mondiale, fut le principal responsable et le trésorier. Fernand Hennebicq fut le secrétaire général de ce bureau provisoire avant que la fédération ne tienne son IVe congrès – le premier depuis la Libération – à Saumur en 1945. Il fut alors confirmé dans ses fonctions puis fut, en 1948, le fondateur et le premier secrétaire général de la Fédération CFTC Gaz-Électricité qu’il détacha de la Fédération des services concédés. Lors du congrès confédéral de la CFTC tenu l’année précédente, sur 390 760 cotisants, la CFTC comptait alors 112 400 employés et la Fédération des services concédés – tous services confondus – 9 800 militants seulement, ce qui représentait environ le dixième des forces que réunissait sa puissante rivale, la Fédération CGT de l’Éclairage. Fernand Hennebicq participa également à l’élaboration de la loi sur la nationalisation puis à la rédaction du Statut du personnel de ces industries qu’il représenta pour la CFTC à la Commission supérieure nationale du personnel (CSNP). Il était partisan convaincu d’un syndicalisme d’industrie regroupant toutes les catégories de personnel : ouvriers, employés, cadres.

Durant ces mêmes années, Fernand Hennebicq milita au sein de la CFTC avec d’autres responsables dans la tendance « Reconstruction » afin d’ouvrir davantage la CFTC au monde ouvrier et de la rendre plus laïque dans sa doctrine et sa pratique. Dès le congrès de la CFTC tenu en septembre 1945, avec Charles Savouilhan*, il avait présenté une motion interdisant le cumul des mandats politiques et syndicaux, ce qui visait à limiter l’influence, alors très grande, du MRP au sein de la CFTC et à renforcer un syndicalisme comptant sur ses propres forces. Cette motion fut battue mais recueillit néanmoins 38 % des voix. Le problème se posa à nouveau en février 1946 lors de la nationalisation des industries électrique et gazière au cours de laquelle des divergences d’appréciation apparurent entre la CFTC et le MRP. Fernand Hennebicq appela alors au renforcement du syndicalisme et une nouvelle motion présentée par lui, interdisant tout cumul, eut plus de succès puisqu’elle fut adoptée par 100 voix contre 43. Fernand Hennebicq poursuivit ses efforts pour faire évoluer la CFTC : dès janvier 1947, il affirma accepter la « lutte des classes, pas comme un principe mais au moins comme un fait ». Avec Charles Savouillan et Paul Vignaux, il mena son action dans plusieurs directions : continuer de dissocier la CFTC du MRP, déconfessionnaliser la confédération, développer les fédérations d’industrie et renforcer le fédéralisme. Cependant, plutôt que de parler de minorité de la CFTC dès cette époque, conviendrait-il d’évoquer, comme le fait Michel Branciard (Histoire de la CFDT, op. cit.), des « minoritaires » à la sensibilité commune, sans pour autant qu’ils aient été d’accord sur tous les points. Ce qui est certain, c’est que ces quelques militants firent énormément pour faire évoluer la CFTC et que le successeur de Fernand Hennebicq à la Fédération CFTC Gaz-Électricité, Yves Morel* s’inscrivit dans la même orientation.

Le 14 décembre 1949, Fernand Hennebicq se présenta, sans succès, comme administrateur du Conseil central des œuvres sociales (CCOS). Mais il ne put donner toute sa mesure car il était déjà gravement malade. Il mourut le 30 août 1950. On se doit ici de rapporter les témoignages de Charles Savouillan, Raymond Marion* et Paul Vignaux cités par Michel Branciard (Histoire de la CFDT, op. cit., p. 97-98) : « Militant magnifique, fougueux, généreux, intelligent », Fernand Hennebicq unissait en lui « la force élémentaire d’une conscience ouvrière formée aux plus dures expériences de la “masse” et une rare puissance de travail intellectuel, d’analyse, de construction et d’expression ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76480, notice HENNEBICQ Fernand, Valentin par Éric Belouet, Michel Dreyfus, version mise en ligne le 1er mars 2010, dernière modification le 18 septembre 2013.

Par Éric Belouet, Michel Dreyfus

Fernand Hennebicq
Fernand Hennebicq

SOURCES : Archives FGE-CFDT : Fédération des syndicats chrétiens du personnel des services publics et concédés (CFTC), circulaire n° 5 (15 mars 1945). — La Voix des services concédés, nouvelle série, n° 1 (juillet 1945). — Gaz-Électricité, n° 6 (juin 1947), 23 (novembre-décembre 1949). — Cahiers Reconstruction, passim, depuis le premier n° (janvier 1946) jusqu’au n° de septembre 1950 notamment ou figure un témoignage de Paul Vignaux. — Michel Branciard, Histoire de la CFDT, Paris, La Découverte, 1990. — Frank Georgi, L’invention de la CFDT : 1957-1970. Syndicalisme, catholicisme et politique dans la France de l’expansion, CNRS Éditions/Les Éditions de l’Atelier, 1995. — Notes de Madeleine Singer. — Renseignements fournis par Germaine Benoit, Louisette Battais et Pierre Rogge. — État civil.

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