HUMBERT Jeanne

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Née le 24 janvier 1890 à Romans (Drôme), morte le 1er août 1986 à Paris (XVIe arr.) ; secrétaire ; femme d’Eugène Humbert ; militante libertaire et néomalthusienne.

Jeanne Humbert
Jeanne Humbert

Fille d’un employé et de Aline Blanc, militante libertaire qui fuyait le foyer familial, Jeanne Humbert, née Rigaudin, fut élevée en milieu anarchiste dès l’âge de dix ans et subit l’influence d’Auguste Delalé, compagnon de sa mère. C’est en 1908 qu’elle connut Eugène Humbert, militant néo-malthusien, qu’elle épousa en le 26 juin 1924 à Paris XXe arr. Une fille (Claude Villon) leur était née le 17 septembre 1915.

Jeanne Humbert fut la collaboratrice directe de son compagnon aux deux mensuels Génération consciente et La Grande Réforme. Elle collabora aussi à des publications anarchistes néomalthusiennes et pacifistes, Le Libertaire, La Voix des femmes, Le Réveil ouvrier, La Voie de la paix, Liberté, Le Monde libertaire, Contre-Courant, La Patrie humaine, Le Barrage, etc. Outre le volume qu’elle a consacré à son mari, elle a publié En pleine vie, Paris, 1931, 243 p., Le Pourrissoir, Paris, 1932, 185 p., Sous la cagoule, Paris 1933, 212 p., Sébastien Faure, Paris, 1949, 263 p. ainsi que des plaquettes sur Gabriel Giroud, 1948, Jean Vigo, son filleul laïque, 1957, Paul Robin et deux brochures : Contre la guerre qui vient, 1933, Les Problèmes du couple, 1970 et 1982. En mars 1946, elle reprit la publication de La Grande Réforme qu’elle dut, trois ans plus tard, après le 32e numéro, cesser de faire paraître faute de ressources.

De 1932 à 1939, Jeanne Humbert avait appartenu à la Ligue internationale des Combattants de la paix créée par Victor Méric, écrit des articles et fait de nombreuses conférences pour ce mouvement.

À plusieurs reprises, Jeanne Humbert eut à faire à la justice en raison de ses « atteintes à la natalité » et, notamment, le 27 octobre 1921 ; elle fut alors condamnée, ainsi que son mari, à deux ans de prison et 3 000 F d’amende ; elle le fut à nouveau le 18 juillet 1934, à trois mois de prison et 100 F d’amende ; ce dernier jugement ayant soulevé les protestations de nombreux écrivains, Jeanne Humbert ne fut pas emprisonnée.

Elle resta très liée aux milieux libertaires et défendit ses idées néomalthusiennes et pacifistes, notamment dans la journal Le Réfractaire de son amie May Piqueray, jusqu’à son décès survenu à quatre-vingt-seize ans.

En 1981, un film a été réalisé par Bernard Baissat, Écoutez Jeanne Humbert. Dans ce film, Jeanne Humbert évoque sa vie. (http://bbernard.canalblog.com/archives/2013/01/07/26086941.html)

Propagandiste hors-pair, Jeanne Humbert ne s’est jamais présentée comme la conceptrice des thèses qu’elle défendait, en cela elle diffère d’une Madeleine Pelletier*, plus féministe, plus autonome, plus créatrice. Elle est plutôt celle qui donne forme et efficacité aux thèmes de la Ligue de la Régénération humaine, et qui lui offre une parole de femme. D’ailleurs, la moitié de sa production livresque est consacrée à donner place à ceux qui l’ont influencée, en premier lieu à son mari Eugène Humbert, on devrait dire son compagnon (elle était pour l’Union libre mais des nécessités administratives l’ont contrainte au mariage civil), mais aussi à Paul Robin, Gabriel Giroud et Sébastien Faure. Dans son dialogue, parfois vif, avec les féministes des années 70-80 –qui en auraient volontiers fait une figure emblématique -, elle affirmait que ses thèmes de liberté sexuelle, de contrôle des naissances, de mixité, d’éducation sexuelle, du nudisme, elle les devait pour l’essentiel à des hommes. Au vocabulaire féministe, elle préférait celui d’humaniste, un humanisme complet, un humanisme radical. Même si au final, son itinéraire appartient bien à l’histoire du féminisme.

Sans doute témoignait-elle aussi pour l’ensemble de sa vie personnelle. Elle avait souffert de la faible participation des femmes, notamment des ouvrières et épouses d’ouvriers, à ses conférences des années 1930. S’y ajoute le rejet de ses idées par les organisations féministes les plus influentes à l’époque qu’elle qualifie de mondaines et son rejet de l’homosexualité, particulièrement net dans ses récits de prison. Car derrière la radicalité de ses idées sur la question sexuelle et le défi qu’elle lance à l’ordre social, elle partage, à sa façon, les thèmes progressistes de son époque, l’hygiénisme, l’éducation mixte, le pacifisme, et parfois leur prudence.

Principales féministes dans le Maitron
http://maitron-en-ligne.univ-paris1...

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76189, notice HUMBERT Jeanne par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 4 février 2010, dernière modification le 4 avril 2018.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Jeanne Humbert
Jeanne Humbert
<em>En pleine vie</em>, livre de Jeanne Humbert aux Éditions de Lutèce en 1930
En pleine vie, livre de Jeanne Humbert aux Éditions de Lutèce en 1930
Clémentine David, op. cit.
<em>Le Pourrissoir</em>, aux Éditions Prima, 1932
Le Pourrissoir, aux Éditions Prima, 1932
<em>Sous la cagoule. A Fresnes, prison modèle</em>, Éditions Prima, 1933
Sous la cagoule. A Fresnes, prison modèle, Éditions Prima, 1933
Jean Humbert et sa fille lors d’une conférence à la fin des années 1970.
Jean Humbert et sa fille lors d’une conférence à la fin des années 1970.
Collection Claude Pennetier

ŒUVRE : Voir ci-dessus et Eugène Humbert. La vie et l’œuvre d’un néo-malthusien, Paris, 1947, 335 p.
http://bbernard.canalblog.com/archives/2013/01/07/26086941.html

SOURCES : Presse et œuvre. — Correspondance avec l’intéressée et témoignage. — Le Monde dimanche, 22 juin 1980 et Le Monde, 6 août 1986. — Les archives d’Eugène et Jeanne Humbert ont été versées à L’institut international d’histoire sociale (Amsterdam). Une partie d’entre elles a été reproduite et est conservée à la bibliothèque Marguerite Durand (Paris). — Roger-Henri Guerrand et Francis Ronsin, Le Sexe apprivoisé. Jeanne Humbert et la lutte pour le contrôle des naissances, La Découverte, Paris, 1990. — Clémentine David, Jeanne Humbert et la question sexuelle dans le combat néo-malthusien, Master 2, Histoire, Université d’Angers, 2011-2012.

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