GUÉRIN Maurice, Louis, Émile

Par André Caudron, Michel Launay

Né le 21 septembre 1887 à Angers (Maine-et-Loire), mort le 6 juillet 1969 à Caluire-et-Cuire (Rhône) ; publiciste ; militant du Sillon limousin (1905), secrétaire général de l’Union départementale CFTC du Rhône (1936-1945) ; résistant, président du Comité de coordination d’action chrétienne (1944) ; membre de l’Assemblée consultative provisoire (1944), député MRP du Rhône (1945-1951).

Fils de commerçants papetiers, Maurice Guérin se lança tôt dans la vie militante avec le Sillon limousin, au côté de l’abbé Jean Desgranges* qui animait un groupe de démocrates chrétiens à Limoges (Haute-Vienne) : il avait dix-huit ans quand il porta la contradiction aux socialistes pour la première fois, en 1905, dans une réunion publique. Dès 1908, il fut rédacteur en chef du Petit démocrate, modeste journal local dont le titre allait être repris en région parisienne.

Après un passage à la CGT qu’il quitta en raison de son anticléricalisme, le jeune journaliste fonda en 1913 le premier syndicat chrétien d’employés de la Haute-Vienne. Adhérant au Syndicat des employés du commerce et de l’industrie (SECI), future matrice nationale de la CFTC, il organisa une Union régionale de syndicats d’inspiration catholique. Bon orateur, il était connu déjà pour ses talents de propagandiste déployés dans les conférences en quartier ouvrier.

En novembre 1918, Marius Gonin*, fondateur des Semaines sociales, appela Maurice Guérin à Lyon afin d’y implanter le syndicalisme chrétien, et trois ans plus tard celui-ci se retrouvait secrétaire délégué à la propagande de l’Union des syndicats chrétiens du Sud-Est, vaste union régionale affiliée à la CFTC naissante. Membre du bureau confédéral depuis 1919, il reçut en 1922 le prix Brellaz, décerné aux militants les plus dynamiques, puis fonda les Jeunesses syndicalistes chrétiennes (1924). En même temps, il siégeait à la commission exécutive du Parti démocrate populaire (PDP), créé en 1924 par les démocrates chrétiens qui appuyaient l’essor des syndicats libres. Son mauvais état de santé le contraignit à interrompre ses activités à partir de 1928. Il se retira pendant plusieurs années dans le Limousin, tout en continuant à faire partie, comme suppléant, du Conseil national économique (1925-1931).

C’est seulement en 1936 que Maurice Guérin put reprendre un rythme normal, en tant que secrétaire général de l’Union départementale du Rhône. La CFTC lui confia également, à l’échelon national, le secrétariat général de la Fédération ouvrière de la Métallurgie. Après l’armistice de 1940, il diffusa une feuille clandestine, La liberté, appelant à la résistance. Entré au mouvement Combat qu’avaient rejoint nombre de ses amis politiques, il protesta dans les milieux syndicaux contre l’attitude de Jean Pérès*, secrétaire de la Fédération de la Métallurgie CFTC, favorable à la Charte du travail.

Arrêté le 30 juin 1942 à Lyon sur ordre des autorités de Vichy, interné à la prison Saint-Paul, Maurice Guérin fut jugé en même temps qu’Emmanuel Mounier* dans le cadre du procès ouvert contre le mouvement Combat. Condamné à quatre mois de prison ferme et quatre mille francs d’amende par le tribunal correctionnel de Lyon, il mena ensuite une vie errante et clandestine sous le pseudonyme de Patrice. Le 17 juillet 1944, à son domicile de la rue Molière à Lyon, se tint une réunion du Comité de coordination et d’action chrétienne (CCAC) dont il était le président et qui étendait son influence, depuis le printemps 1944, à l’ensemble du sud-est de la France. C’est à la fin de cette réunion que furent arrêtés Gilbert Dru et Francis Chirat, fusillés dix jours plus tard place Bellecour.

Maurice Guérin, devenu vice-président du Comité départemental de libération, fut le premier à pénétrer dans l’hôtel de ville de Lyon, à la tête de ses amis, le jour de la libération. Il était alors rédacteur en chef de La liberté, journal régional paraissant désormais au grand jour. Désigné en qualité de membre de l’Assemblée consultative provisoire au titre de la CFTC, il fut validé le 8 novembre 1944 et entra dans plusieurs commissions : affaires étrangères, information et propagande, prisonniers, déportés et pensions, réforme de l’État et de la législation. Il déposa de nombreux rapports sur des sujets divers : législation relative aux coopératives de consommation, réglementation concernant les traitements et pensions aux familles de déportés, adoption et légitimation en vue de donner à l’enfant adopté une situation aussi proche que possible de celle de l’enfant légitime. Il intervint fréquemment dans les débats, notamment sur la politique générale du gouvernement et le budget des services civils, insistant sur la nécessité d’une politique de la population et sur les secours aux prisonniers et déportés et à leurs familles.

Tête de liste du MRP, Maurice Guérin se présenta le 21 octobre 1945 aux élections à l’Assemblée nationale constituante dans la première circonscription du Rhône. Sa liste recueillit 64 481 voix sur 269 928 suffrages exprimés et arriva, avec deux sièges, en deuxième position après la liste communiste. Maurice Guérin, nommé juré à la Haute cour de justice, fut proclamé deuxième vice-président de cette juridiction qui jugea notamment Pétain et Laval*. C’est lui qui fit voter l’additif stipulant qu’en raison de l’âge de l’ancien chef de l’État, la sentence de mort ne serait pas exécutée.

À nouveau candidat à la seconde Assemblée constituante, il fut réélu le 2 juin 1946 avec 55 235 voix sur 277 754 suffrages exprimés, puis retrouva son siège aux élections du 10 novembre 1946 avec 63 262 voix. Au cours de cette législature, il déploya une grande activité, se consacrant principalement au nouveau statut des usines Berliet, au statut général des entreprises publiques, à la gestion des sociétés nationales, au développement des centres de formation accélérée, à l’attribution d’une allocation mensuelle aux assistés médicaux gratuits. Il se présenta sans succès au renouvellement du 17 juin 1951. La liste du MRP, arrivée en cinquième position avec 19 577 voix, n’eut aucun élu.

Maurice Guérin avait été, comme Marcel Poimbœuf*, vice-président de l’intergroupe parlementaire réunissant les syndicalistes chrétiens sous la présidence d’Henri Meck*. Directeur fondateur de l’Agence française d’information et de documentation (AFID), il fonda encore un journal syndical, La voix sociale, en 1951. Ami intime de Gaston Tessier*, secrétaire général de la CFTC, il se prononça contre la déconfessionnalisation de la centrale chrétienne à la fin de sa vie.

Veuf de Marion Piatte, il s’était remarié avec Marie-Madeleine Chauvet, le 31 juillet 1934, à La Rochelle (Charente-Maritime).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76131, notice GUÉRIN Maurice, Louis, Émile par André Caudron, Michel Launay, version mise en ligne le 30 janvier 2010, dernière modification le 2 octobre 2010.

Par André Caudron, Michel Launay

ŒUVRE : Les démocrates du Centre, Action populaire, 226, 1919. – Syndicalisme révolutionnaire et syndicalisme catholique, brochure. – Ceux qui rachètent, pièce en quatre actes, Spes, 1926. – « Nous sommes en marche vers une révolution », Bâtir la France avec le peuple, MRP, sd. – Nombreux articles de journaux et revues dont la Chronique sociale de France.

SOURCES : DBMOF, tome 31. − Dictionnaire des parlementaires français, 1940-1958. − Catholicisme, V, 1962. − Henry Coston, Dictionnaire de la politique française, IV, 1982. − Dictionnaire de biographie française, 1985. − « Le MRP vous parle », n° 121, juin 2009. − Gérard Adam, « La CFTC 1940-1958 », Cahiers de la Fondation nationale des sciences politiques, n° 134, 1964. − Michel Launay, La CFTC, origines et développement 1919-1940, Publications de la Sorbonne, 1986. − Bernard Comte, Jean-Marie Domenach, Christian et Denise Rendu, Gilbert Dru, Un chrétien résistant, Beauchesne, 1998. − Centre d’histoire de la Résistance et de la déportation, Lyon. − Notes de Jean-Louis Panné et de Louise Battais.

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