VAN DEN BOOM Georges

Par José Gotovitch

Né le 11 décembre 1895 à Gand, décédé le 21 juin 1978 à Bruxelles ; linotypiste ; fondateur du PCB et membre de son bureau politique ; secrétaire du Parti communiste flamand ; représentant du PCB au Profintern et à l’IC, déporté en Allemagne.

Né d’un père métallurgiste socialiste et d’une mère ouvrière textile, Georges Van den Boom adhéra très jeune à la Jeune garde socialiste. Volontaire de guerre, il devint sous-officier au front. Au lendemain du conflit, il participa à la création de la section gantoise des Anciens combattants socialistes, organisation antimilitariste. Exclu du Parti ouvrier belge en 1919, il rejoignit le premier groupe communiste flamand qui se créa à Gand et qui constitua l’un des éléments du premier Parti communiste, fondé en 1920 sous la direction de War Van Overstraeten. Installé à Bruxelles à cette date, il participa au congrès de fusion de 1921.

Il prit aussitôt une part active à la presse du Parti ainsi qu’à la vie syndicale et acquit une grande influence au sein de l’Association typographique de Bruxelles. Secrétaire de la section belge du Secours ouvrier international en 1925, il fut également actif à cette époque pour le PC dans le Borinage.

En 1923, il épousa Claire Martchouk, active militante communiste qui devait l’accompagner tout au long de sa vie.
En 1925, il fut élu conseiller provincial communiste pour le district d’Anderlecht (Bruxelles). Peu à peu, il prit figure de spécialiste des questions syndicales au sein du Parti et devint secrétaire de la Section syndicale centrale. Comme tel, il assura la liaison avec l’Internationale syndicale rouge (ISR). Soutenant la ligne de l’IC en 1927, il entra au bureau politique en 1928 en même temps qu’il était secrétaire de la fédération bruxelloise jusqu’en 1930. À ce moment, il devint secrétaire de l’Opposition syndicale révolutionnaire.

Dans la période confuse qui suivit la crise de 1928 au sein du PCB, l’IC utilisa Van den Boom pour opérer certains alignements au sein du bureau politique provisoire, sans jamais toutefois lui confier les premiers rôles. Appelé à rendre compte devant le Secrétariat latin en septembre 1930, il défendit la direction en place pour son action dans les grèves et nuança les informations transmises par Jacquemotte sur l’influence communiste au sein des syndicats réformistes. Sa critique visait l’opportunisme. Mais il fut dépassé sur ce terrain par plus radical que lui, De Boeck et Willems. En décembre 1931, il était présent au Secrétariat latin, sans y intervenir de manière importante. En Belgique au début de 1933, il était encore responsable du bureau politique pour les activités syndicales, mais en mars, il signa son questionnaire biographique à Moscou où il se trouvait avec sa femme et sa fille de 9 ans. Le 4 avril 1933, l’ISR l’admit comme représentant du pays et comme adjoint au chef de la section latino-européenne au salaire de 300 roubles par mois. Cette décision était-elle un élément de la mise en place d’une direction nouvelle qui s’amorçait au sein du PCB ?

À Moscou, travaillant au Profintern, Van den Boom assista aux séances du Secrétariat latin chaque fois que la question belge fut abordée, c’est-à -dire fréquemment en novembre-décembre 1934 et en janvier 1935. Le rapport qu’il présenta, ses interventions dans la discussion n’indiquaient pas une orientation précise. Il plaida dans le sens de la lutte de masse contre les social-démocrates, ainsi qu’en faveur de la nécessité d’écouter et de prendre en considération la gauche social-démocrate. Rien d’étonnant dans cette période où l’IC se cherchait.

Il semble que Van den Boom ait demandé et obtenu l’autorisation de bénéficier de l’infrastructure de l’École léniniste internationale pour acquérir une formation théorique supplémentaire. En février 1935, à la demande du PCB, il rentra au pays, dans un parti en pleine préparation d’un tournant qu’il avait suivi de près à Moscou. Alors qu’il n’était pas membre du bureau flamand du Parti avant son départ, il avait souligné, tant au Profintern qu’à l’IC, l’importance de la question nationale en Belgique, mais sans doute beaucoup moins qu’un Morriens ou un Van Extergem.

Revenu en Belgique, il fut confirmé au bureau politique par la conférence de Charleroi et s’affirma peu à peu comme dirigeant flamand du Parti, dans la foulée du tournant national pris par le VIIe congrès de l’IC. Au 6e congrès du PCB, en novembre 1936, il présenta le rapport sur la question nationale qui prônait l’autonomie flamande dans le cadre de la Belgique, et annonça, sur le même schéma, la fondation du Parti communiste flamand (VKP, Vlaamse Kommunistische Partij) dans le giron du PCB. Van den Boom en fut le secrétaire « national ».

Une double explication s’impose ici et dans chacune d’elle, c’est l’IC qui opéra les choix. À la mort de Joseph Jacquemotte*, l’ancienneté et les qualités de Van den Boom en faisaient un candidat possible à une succession qu’il revendiquait. C’est ici qu’entrèrent en jeu les rapports successifs établis pour l’IC à son propos. Van den Boom était un militant infatigable, aux convictions inébranlables, disposant d’un rayonnement politique indéniable au-delà du Parti, dans les syndicats et en Flandre. Il s’était forgé une culture politique qui dépassait de loin celle de la moyenne des dirigeants. Mais tous les rapports soulignaient sa brutalité avec ses adversaires au sein du BP, son mépris des militants, son incapacité à reconnaître ses erreurs, et aussi dans cette nouvelle période, ses attitudes sectaires. Ces défauts furent essentiels pour l’écarter. En revanche, pour le choix du numéro un du Parti flamand, là où le très populaire Jef Van Extergem semblait s’imposer, l’IC se montra très méfiante envers les travers nationalistes du personnage et lui préféra Van den Boom, flamand discipliné et marqué par sa formation kominternienne. Il devint l’un des trois secrétaires du Parti belge en même temps que le secrétaire national du Parti flamand.

Dès lors, il dut mener l’action sur plusieurs fronts. Réélu conseiller provincial du Brabant en 1936, il fut élu conseiller communal d’Anderlecht en 1938, tout en conduisant également la liste pour les élections législatives à Anvers en 1936 et 1939. Anvers était le siège du VKP et le lieu d’édition de son quotidien. Van den Boom était connu dans la métropole, comme responsable syndical, il était lié depuis toujours aux marins et dockers du port. Mais ses liaisons en firent également un homme de contact avec l’appareil spécial de l’IC à Anvers, de même sa connaissance de l’allemand firent de lui le relais du Parti communiste allemand, particulièrement présent à Anvers et Bruxelles. Il fut d’ailleurs repéré comme tel par les services policiers allemands. En juin 1939, il accompagna Relecom à Moscou où l’on souligna les améliorations dans sa manière de travailler. Lui-même fut particulièrement volubile devant les cadres de l’IC dans la dénonciation des manœuvres trotskystes en Belgique.

Tout au long de son activité, Van den Boom encourut plusieurs condamnations, la dernière en mars 1939, pour avoir accusé les Rexistes d’être à la solde du IIIe Reich !

En 1940, bien connu des services allemands, il mena les négociations avec la Propaganda-Abteilung pour la reparution de La Voix du Peuple. Il participa à la rédaction de Ulenspiegel, journal anversois censuré, en même temps qu’il assura la rédaction des premiers numéros de Clarté, le clandestin bruxellois. C’est lui qui rédigea, en 1941, les premiers numéros du Drapeau Rouge et il participa aux réunions du BP. Il vivait alors dans une semi-illégalité, (il assista au Conseil communal) qui devint totale après le 22 juin 1941. Il assura alors des responsabilités en Wallonie. Il était « en réserve » du Secrétariat, quand il fut arrêté à Liège le 2 juillet 1943. Il fut l’un des quatre dirigeants qui conclurent le « compromis » avec la Gestapo et il partit en déportation. Il revint en mai 1945 pour retrouver, vivantes, sa femme et sa fille également déportées.

Remis à la base, il céda son mandat communal à sa femme, élue en 1946. Réélu au comité central en 1948 et en 1951, il en fut écarté en 1954, car identifié à l’ancienne direction. Il dirigea l’organe théorique flamand Communisme et représenta un moment la Fédération syndicale mondiale en Belgique au nom d’une très théorique et très sectaire Action ouvrière unitaire. En « froid idéologique » avec le PC dont il déplorait « l’opportunisme », il travailla aux Amitiés belgo-bulgares jusqu’à son décès le 21 juin 1978.

Georges Van den Boom a beaucoup écrit sur l’histoire du PC, en particulier sur sa fondation ainsi que sur le mouvement ouvrier gantois, dans Le Drapeau Rouge, dans Communisme, et le Vlaams marxistisch tijdschrift.

Militant ouvrier ayant acquis un statut intellectuel reconnu, Georges Van den Boom fut l’un des rares dirigeants communistes belges issus des tranchées de 1914-1918. Flamand, nationalité qu’il revendiquait dans ses biographies de l’IC, il ne s’incarnait dans ce combat qu’en concordance et au moment où l’IC reconnaissait le combat national. Il l’incarna avec modération, le subordonnant à lalutte révolutionnaire, comme le voulait l’IC. À plusieurs reprises, son comportement personnel entrava une trajectoire qui le prédisposait à incarner en Belgique le dirigeant kominternien par excellence.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76092, notice VAN DEN BOOM Georges par José Gotovitch, version mise en ligne le 28 janvier 2010, dernière modification le 16 août 2010.

Par José Gotovitch

SOURCES : RGASPI, 495 193 30, 495 93 246, 495 10a 146, 495 10a 153. — CARCOB, microfilms IML, Secrétariat latin, bureau politique. — Interviews Georges Van den Boom, 1969, et Liliane Van den Boom, 1986. — Le Drapeau Rouge, 22 juin 1978.

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