SELLIER Louis [version DBK]

Par Michel Dreyfus

Né le 6 novembre 1885 à Dornes (Nièvre), mort le 27 janvier 1978 à Remoulins (Gard) ; membre du premier comité directeur (CD) du PC, secrétaire général du PC (janvier1923-août 1924, puis membre du bureau politique jusqu’en octobre 1928 ; membre du Comité exécutif de l’IC de février 1922 à juillet 1924 au moins.

Postier à Paris depuis 1904, adhérent à la SFIO depuis 1910, Louis Sellier fut élu conseiller municipal du XVIIIe arrondissement en juin 1914 et devait le rester jusqu’en 1940, voire 1944. D’abord favorable à l’Union sacrée, il se rangea ensuite parmi les centristes puis signa en 1920 la résolution d’adhésion à la IIIe Internationale.
Délégué de la Seine au congrès de Tours, il fut élu au premier comité directeur du Parti communiste. Non réélu lors de son 1er congrès (Marseille, 1921) mais membre du conseil d’administration de l’Humanité, il participa au 1er plénum élargi du Comité exécutif de l’IC, en février-mars 1922 et y défendit les positions de la majorité du comité directeur, opposée à la tactique de Front unique et désireuse d’adapter le bolchevisme aux conditions françaises. Désigné au Présidium comme représentant du « centre » alors que Souvarine* y représentait la « gauche », Sellier n’accepta cette fonction que pour quelques semaines, en remplacement de Lucie Leiciague* en route pour Moscou à cette date.

En juin 1922, il participa au 2e plénum de l’Exécutif élargi de l’IC consacré au programme de l’Internationale au cours duquel fut voté à l’unanimité, moins les voix de L.-O. Frossard, Leiciague* et la sienne, la résolution sur les structures du Parti : professionnalisation totale et ouvriérisation du CD, création d’un bureau politique, condamnation des principes du fédéralisme et d’autonomie adoptés par la Fédération de la Seine, mise au point sur la question syndicale, le front unique, la presse du Parti, etc. Ces réserves ne l’empêchèrent pas de témoigner dans l’Humanité des 24 et 25 juin de façon optimiste sur la situation en URSS et sur les rapports du Parti français avec le bolchevisme. Lors du 2e congrès du PC (Paris, octobre 1922), Sellier fut réélu, tout en continuant à exercer ses fonctions à l’Humanité. Il se situait alors dans la tendance du « centre gauche » du Parti.
Lors du IVe congrès de l’IC (novembre-décembre 1922), il fut décidé que le secrétariat général serait « assuré sur la base paritaire par un camarade du centre et de la gauche », les deux titulaires étant L.-O. Frossard et Treint*. Sellier fut désigné comme suppléant de L.-O. Frossard. Ce dernier ayant quitté le Parti en janvier 1923, Sellier devint secrétaire général intérimaire pour un an. Dès lors, selon J. Humbert-Droz* envoyé de l’IC, il se montra « très actif et énergique » en assurant le secrétariat général avec Treint*. Il se consacra tout particulièrement à l’organisation qu’il contribua à mettre sur pied, en liaison avec les secrétaires fédéraux. Perquisitionné le 12 janvier 1923, il fut inculpé decomplot contre la sûreté de l’État mais cette affaire ne semble pas avoir eu de suite. Avec Treint* et Marcel Cachin, il fut convoqué à Moscou ; ils y arrivèrent le 17 septembre 1923 et participèrent à une conférence extraordinaire du Présidium de l’IC destinée à préparer la Révolution allemande.
Lors du IIIe congrès du PC (Lyon, 20-23 janvier 1924), il fut élu seul secrétaire général avec Cremet* et Marrane comme adjoints et combattit la « gauche » ; le 18 mars 1924, il défendit un texte adopté par le CD contre Souvarine*, Rosmer*, Monatte. Il dut céder sa fonction de secrétaire général à Pierre Semard* lors du Ve congrès de l’IC (17 juin-8 juillet 1924) où il fut réélu au comité exécutif. Toujours membre du bureau politique du PC, il fut réélu à ses 4e et 5e congrès (Clichy, 1925 et Lille, 1926).

De 1923 à 1926-1927, en dépit de son passé centriste et sa pratique municipale persistante, il fut avec Treint* un des partisans de la bolchevisation voulue par l’IC. Son attitude s’explique par la fascination qu’il éprouvait pour la Révolution russe. Mais dès juin 1923, des divergences puis des heurts se produisirent avec Treint*. Membre des commissions paysanne et municipale, chargé de la direction des écoles de formation, administrateur de la Banque ouvrière et paysanne depuis sa création, en mai 1924, Sellier appartint également en 1927 au comité central du Secours ouvrier international (SOI).
En octobre 1928, à sa demande, il quitta le bureau politique. Cette démission qui marquait le terme d’une longue évolution s’expliquait par le fait qu’il n’avait pas abandonné ses tendances électoralistes et municipalistes. De fait, il se rangeait à l’aile droite du PC qui, de 1925 à 1928, fit preuve de légalisme et d’électoralisme. Cette orientation suivait les grandes lignes de celle de l’IC tout en la renforçant. Aussi, lors de son 11e Exécutif, l’IC mit à l’ordre du jour la question française. Au sein du bureau politique, le débat faisait rage sur la tactique électorale à suivre pour les élections législatives d’avril 1928. Sellier, Doriot*, A. Bernard* et Renaud-Jean* se prononcèrent, non sans nuances, en faveur du maintien de la tactique adoptée lors des précédentes sénatoriales de 1927, beaucoup plus proche de la discipline républicaine voire d’une politique de Cartel des gauches. Marcel Cachin défendit dans l’Humanité des positions proches.
La nouvelle orientation « classe contre classe » décidée au VIe congrès de l’IC (été 1928) entraîna de très nombreux départs du PC français : il vit ses effectifs chuter de 83000 en 1925 à 35000 en 1929 selon les chiffres officiels de l’IC. Le déclin (10000 à 15000 adhérents en 1930), fut sans doute encore plus marqué. Cette orientation provoqua l’exclusion ou le départ de nombreux militants de cette tendance « droitière » dont Sellier était le représentant le plus important.
Son élimination fut engagée au 6e congrès du PC (Saint-Denis, 31 mars-7 avril 1929). Avec cinq autres conseillers municipaux de Paris, Sellier rompit en décembre 1929 et, dans le cadre du Parti ouvrier paysan dont il fut le secrétaire général, il milita pour reconstruire « l’unité ouvrière rompue… à Tours ». Ce programme était fort proche de celui du Parti socialiste-communiste constitué depuis quelques années qui fusionna en 1930 avec le POP pour créer le Parti d’unité prolétarienne. Sellier en fut un des dirigeants. Courant 1937, le PUP fut absorbé par la SFIO au sein de laquelle, Sellier resta très discret.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76045, notice SELLIER Louis [version DBK] par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 11 septembre 2019, dernière modification le 11 septembre 2019.

Par Michel Dreyfus

SOURCES : Notice par M. Dreyfus, DBMOF, t. 41. — M. Cachin, Carnets, t. 3, op. cit.

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