HERZOG Philippe, Albert, Robert

Par Thierry Pouch

Né le 6 mars 1940 à Bruay-en-Artois (Pas-de-Calais) ; économiste ; administrateur à l’INSEE (1964-1968), professeur des universités (1969-2003), membre du PCF (1963-1996), membre de la section économique du comité central du PCF, directeur de Économie et politique (1979-1984), député européen (1989-2004), membre du Conseil d’Analyse économique (1997-2008), président de l’association Confrontations Europe.

Philippe Herzog à 78 ans.
Philippe Herzog à 78 ans.

Actuel Président de Confrontations Europe, membre du Conseil d’administration de l’Institut pour l’éducation financière du public, membre du Bureau européen France, Philippe Herzog a mené une carrière d’économiste et de responsable politique. Né à Bruay-en-Artois, d’un père ingénieur (Eugène Herzog) et d’une mère issue d’une famille de mineurs du Pas de Calais, il sortit de la prestigieuse École Polytechnique (promotion 1959), et intégra l’École nationale de la statistique et de l’administration économique en 1962 (il s’agit d’un parcours qu’empruntèrent de nombreux économistes français). Il devint administrateur de l’INSEE en 1964, et rejoignit le département de la Comptabilité nationale et des budgets économiques (projections macroéconomiques accompagnant les projets de lois de Finances). C’est dans ce cadre qu’il élabora, avec Gaston Olive, le premier modèle de prévision macroéconomique à court terme, le modèle ZOGOL, dont la méthodologie et les résultats furent publiés dans l’une des collections de l’INSEE. Il publia dans la foulée, en 1968, son premier ouvrage d’économie intitulé Prévisions économiques et comptabilité nationale, aux Presses Universitaires de France. La carrière de Philippe Herzog à l’INSEE est marquée par une contribution forte à la construction de la Comptabilité nationale en France, sous l’impulsion de Gruson et de Meyer, et aux modèles de prévision économique et à la macroéconomie quantitative, dans le cadre de la « planification à la française » et de l’affirmation de la macroéconomie keynésienne. De ce point de vue, Philippe Herzog est un économiste dont la trajectoire professionnelle entre en résonance avec celle de ses principaux collègues de l’époque, à savoir d’être imprégné à la fois de théorie keynésienne et de théorie marxiste. Il quitta l’INSEE en 1968 afin de préparer le concours d’agrégation des Facultés de sciences économiques, et d’entamer une carrière de professeur de sciences économiques.

En effet, comme beaucoup d’économistes français, Philippe Herzog intégra ensuite l’enseignement supérieur universitaire, en devenant en 1969, professeur agrégé de sciences économiques, d’abord aux Universités de Clermont-Ferrand, Vincennes et Amiens, puis enfin, à partir de 1973, à l’Université de Paris X-Nanterre, jusqu’en 2003. C’est dans ce cadre universitaire qu’il publia, en 1971 Politique économique et planification aux éditions Sociales, L’économie à bras-le-corps en 1982, aux éditions Messidor, et la Société au pouvoir en 1994 aux éditions Julliard. Parallèlement, le professeur Philippe Herzog publia des articles d’économie dans des revues qualifiées d’académiques, et plus spécifiquement dans la prestigieuse Revue économique, dans laquelle il signa en 1970, deux articles successifs consacrés à la critique des théories de la croissance économique et de leurs modèles.

Bien qu’issu d’une famille revendiquant son attachement politique au gaullisme, notamment par son père, Philippe Herzog adhéra au Parti communiste français (PCF) en 1965, après avoir été membre des Jeunesses communistes en 1963 et 1964, et militant CGT à l’INSEE. Ce fut le début d’un long parcours politique puisqu’il fut élu en 1972 au comité central puis au bureau politique sept ans plus tard, en 1979. Philippe Herzog dirigea la célèbre section économique du PCF, et succéda, entre 1979 et 1984, comme directeur de la revue Économie et Politique, à Henri Jourdain. C’est au sein de cette section que prit forme la théorie du Capitalisme Monopoliste d’État (CME), dans le sillage de la Conférence internationale rassemblant une vingtaine de pays, qui se tint en 1966 à Choisy-le-Roi sur l’invitation du PCF et de la revue Économie et Politique. Il revint à Paul Boccara, autre économiste du PCF, d’inaugurer cette Conférence internationale par un exposé qui resta comme l’un des principaux éléments fondateurs de la théorie du CME. Philippe Herzog figura en 1970 parmi les rédacteurs du Traité d’économie marxiste, Le Capitalisme Monopoliste d’État, publié un an plus tard en deux volumes aux éditions Sociales, aux côtés notamment de Jean-Claude Delaunay, Maurice Decaillot, Henri Jourdain, Jean Fabre et Claude Quin. Le succès de ce Traité consacré au Capitalisme Monopoliste d’État fut immense, puisque plus de 50 000 exemplaires ont été vendus.

La théorie du CME élaborée par les économistes de la section économique du PCF connut un immense succès chez les économistes se réclamant du marxisme, au point de susciter des débats passionnés au sein de la gauche mais aussi au sein même de l’Université, avant de faire l’objet de nombreuses et non moins passionnées critiques, et d’être supplantée par l’école française de la régulation, constituée aux débuts des années soixante-dix autour d’économistes comme Michel Aglietta, Robert Boyer et Alain Lipietz. La théorie du CME, à la construction de laquelle Philippe Herzog prit une part active, s’inscrivit par surcroît dans un contexte politique précis, celui de l’élaboration du Programme commun de la gauche, lequel porte la marque des travaux et études réalisés par les économistes du PCF et par Philippe Herzog en particulier. Philippe Herzog fut d’ailleurs candidat du PCF aux élections législatives du printemps 1978, dans le XIIIe arrondissement de Paris.

À partir de la fin de la décennie quatre-vingt, il développa des travaux consacrés à l’Europe, et publia de nombreux ouvrages sur ce thème. Il fut élu comme tête de liste PCF député européen en 1989. Mais l’évolution du PCF, notamment en raison de la dislocation progressive du bloc de l’Est et de l’Union soviétique en particulier, et les mutations de la gauche en France, conduisirent Philippe Herzog à se démarquer des éléments les plus orthodoxes du PCF, et à quitter le parti en 1996. Il rejoignit la Gauche unitaire européenne en 1999, et fut élu à nouveau député européen en 2000 (il occupa les postes de Vice-président de la Commission économique et monétaire et de la délégation Europe/États-Unis du Parlement). C’est dans le cadre de son mandat de député européen, s’étalant de 1989 à 2004, toutes étiquettes confondues, que Philippe Herzog élabora une réflexion sur le thème de la crise de la démocratie représentative en Europe, le conduisant à appeler à la création d’une véritable démocratie participative.

Cette réflexion sur la démocratie en Europe incita Philippe Herzog à fonder, en 1991, l’association Confrontations, qui devint ensuite Confrontations Europe, dont il est l’actuel Président. Confrontations Europe est une association se voulant pluraliste, puisque l’on y retrouve des dirigeants d’entreprises et des personnalités de la gauche française et de la société civile, illustrant la volonté affichée par Philippe Herzog de contribuer à l’émergence d’une Europe plus démocratique, dont on peut retrouver les lignes directrices dans ses ouvrages les plus récents, L’Europe après l’Europe, les voies d’une métamorphose, publié en 2002 aux éditions De Boeck, et Le bonheur du voyage, éthique, action, projets pour relancer l’Europe, éditions Le Manuscrit, paru en 2006. La publication Confrontations Europe la Revue, que Philippe Herzog dirige, émane des analyses et réflexions qu’il mène avec d’autres dans le cadre de son association.
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Élu européen, homme engagé dans un combat pour une Europe plus démocratique, Philippe Herzog est toutefois resté l’économiste qu’il était. En effet, il intégra à partir de 1997, et ce jusqu’en 2008, le Conseil d’Analyse Économique (CAE) auprès du Premier ministre – un équivalent français du Council of Economic Advisors américain – créé par Lionel Jospin, Premier ministre sous la Présidence Chirac, dont la mission est de réaliser des études sur des thèmes économiques (retraites, croissance, crises financières, changement climatique…) études publiées ensuite sous forme de rapports du CAE. Il fut également membre du Comité national de l’euro de 1998 à 2002. De 2009 à 2014, il fut conseiller spécial auprès de la Commission européenne et de Michel Barnier.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76026, notice HERZOG Philippe, Albert, Robert par Thierry Pouch, version mise en ligne le 24 janvier 2010, dernière modification le 15 octobre 2018.

Par Thierry Pouch

Philippe Herzog à 78 ans.
Philippe Herzog à 78 ans.

ŒUVRE : « Éléments pour une critique des théories de la croissance », Revue économique, volume XXI, numéro 2, mars 1970, p. 199-242 ; « Éléments pour une critique des théories de la croissance (2) », Revue économique, volume XXI, numéro 3, mai 1970, p, 388-424. — Politique économique et planification, éditions Sociales, 1971. — L’Europe après l’Europe, les voies d’une métamorphose, publié en 2002 aux éditions De Boeck. — Le bonheur du voyage, éthique, action, projets pour relancer l’Europe, Éditions Le Manuscrit, 2006. — D’une révolution à l’autre, Éditions du Rocher, 2018.

SOURCES : Archives du PCF. — Thierry Pouch, Les économistes français et le marxisme. Apogée et déclin d’un discours critique (1950-2000), Presses Universitaires de Rennes, coll. « Des Sociétés », 2001. — Traité marxiste d’économie politique [1971], Le capitalisme monopoliste d’État, éditions sociales, deux tomes.

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