ROLLAND Marcel, Mathurin (version DBK)

Par Daniel Grason

Né le 3 avril 1904 à Saint-Quay-Portrieux (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), mort en 1970 ou 1971 ; officier radio télégraphiste ; secrétaire du syndicat des marins et des radios télégraphistes ; militant communiste ; marin de France-Navigation ; résistant radio membre du réseau de renseignements B ; déporté à Dora (Allemagne).

Fils de Jean-Baptiste et de Marie-Thérèse née Hourdel, Marcel Rolland exerçait la profession d’officier radio télégraphiste de la Marine Marchande à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). En 1932, il adhéra au Parti communiste, il était organisé à la cellule Boulogne-centre avec Jean Le Brun. En 1938, il devint secrétaire du Syndicat des marins et du Syndicat des Radios télégraphistes de la Marine marchande. Jean-Yves Le Maner, historien rencontra Auguste Lecœur en 1989, il recueillit son témoignage : « Marcel Rolland travailla pour les navires de France-Navigation pendant la guerre d’Espagne. À la veille de la guerre, il était chargé des cours de radio-émission au service de radio du PCF, à Aubervilliers. »
Après la déclaration de guerre, il a été affecté spécial en qualité d’officier radio télégraphiste à bord du chalutier Saint-Pierre à Fécamp (Seine-Inférieure), il retrouva son neveu Jean Le Brun. Démobilisé, il se rendit à Boulogne-sur-Mer et y resta jusqu’en mai 1941, il quitta la ville avec son amie Françoise Geneau pour le 226 rue Paul-Bert à Lens (Pas-de-Calais). Ils hébergèrent Julien Hapiot qui faillit être interpellé. Un mandat d’arrêt fut émis contre Marcel Rolland le 1er juin 1942 pour activité communiste.
Il se rendit en région parisienne. Françoise Geneau fit de même un mois et demi plus tard, elle confia les clefs du logement à une voisine et deux mille francs pour le règlement des loyers.
Peu de temps après, ils apprenaient par la gérante que la voisine avait logé un militant communiste illégal. La police avait arrêté la femme, son mari et leur fille. Le couple Marcel Rolland et Françoise Geneau alla habiter 6 allée du Grand-Cèdre à Clamart (Seine, Hauts-de-Seine). En octobre 1941, un militant du Parti communiste clandestin se présenta chez eux. Il demanda à Marcel Rolland s’il voulait participer à l’activité clandestine du Parti communiste, il accepta. Il se rendit à un rendez-vous dans un café près de la porte Dorée dans le XIIe arrondissement, puis avec « Duval » qui lui demanda s’il était prêt à travailler pour le Parti en tant qu’opérateur radio. Il accepta, trouva un pavillon à louer à Guermantes, près de Lagny en Seine-et-Oise.
Le 11 mars 1942 la direction générale de la Police nationale diffusait un avis de recherches concernant : « Rolland Marcel, né le 3 août 1904 à Saint-Quay-Portrieux (Côtes du Nord), ex-officier de Marine marchande, ancien secrétaire du syndicat unitaire des Inscrits maritimes de Boulogne-sur-Mer. »
« Géneau Françoise, épouse divorcée Wiels, concubine de Rolland, née le 25 avril 1903 à Boulogne-sur-Mer, fille de François et de Magnier Julie, qui répondent aux signalements suivants : »
« Rolland : taille 1,70 m, cheveux châtain moyen, front fuyant, nez rectiligne à base horizontale, corpulence forte ; »
« Géneau : taille 1,65 m, cheveux châtain foncé, visage plein, corpulence forte. »
En mars 1942 Duval apporta à Marcel Rolland un poste émetteur ondes-courtes. Il émettait une fois par semaine, il tenta d’écouter des postes émetteurs… en vain son matériel n’était pas assez puissant.
En octobre 1942, un autre poste plus puissant lui a été livré avec trois indicatifs H.O.Z., X.A.Q., et L.O.K. Marcel Rolland était opérationnel. En septembre 1942, nouveau contact avec Auguste tantôt au métro Sablons, tantôt à La Défense ; puis avec « Louis » et « Léon ». En février 1942, il se rendit au Guilvinec, il rencontra Jean Le Brun, son neveu, ex-officier radio télégraphiste de la Marine marchande à Boulogne-sur-Mer, il lui proposa de devenir radio. Il refusa faisant valoir sa famille nombreuse, son logement étroit et d’autres difficultés. Prenant acte de sa situation, il lui proposa de limiter sa participation à la captation d’appels que lui-même émettaient. Dans le courant du mois d’août Marcel Rolland lui livra le matériel. Les émissions eurent lieu le samedi vers 21 heures.
Marcel Rolland craignait d’être envoyé en Allemagne au titre du Service du travail obligatoire, il en parla à « Duval » qui lui trouva du travail rue Jean-Mermoz dans le VIIIe arrondissement de Paris. Cette maison était spécialisée à la confection d’appareils d’audition pour sourds, il en fabriqua à son domicile dès septembre 1942.
Il fut interpellé par des inspecteurs de la Direction de la police nationale du commissariat de Lagny, le 17 janvier 1943 à son domicile de Gouvernes route de Guermantes en Seine-et-Marne.
Livré aux policiers du Service de répression des menées antinationales (SRAM) qui succéda au Service de police anticommuniste (SPAC), il a été sévèrement interrogé. Battu une vingtaine de fois Marcel Rolland a été sommé de donner des explications sur les papiers et le matériel qui avait été saisi à son domicile. Le papier où figurait le nom de villes de France signifiait : Grenoble « rien », Perpignan « contact établi – organisons le travail », Montpellier « Je suis prêt à vous recevoir », Avignon « Prêt à transmettre », St-Étienne « Comment me recevez-vous », Montélimar « Z.A.N. c’est-à-dire je ne vous entends pas ». Quant à « Lundi 15 heures Louis » et « Auguste Chelles Jeudi » étaient les heures de rendez-vous. »
Sur toutes les saisies Marcel Rolland apporta des explications circonstanciées, probablement incomplètes. Il disculpa Françoise Géneau. Elle « n’a eu aucune activité politique dans toute cette affaire. Bien que madame Géneau fut au courant des recherches policières dont j’étais l’objet et partiellement au courant de mon activité de radio, je puis certifier qu’elle ne prenait pas à aucune action. »
Incarcéré à la prison de la Santé le 21 janvier 1943, il fut entendu au Palais de Justice le 11 février 1943 par un Juge d’instruction. Il reconnaissait tout ce qui avait été saisi à son domicile, à l’exception de la coupure d’un journal « trouvée dans le poste T.S.F. [elle] y a été glissée à mon insu, sans doute avant que le poste ne vienne chez moi. » Il affirma ignorer qui étaient « Louis et Léon » et « Marc », par contre tout ce qui figurait sous le prénom de « Marcel » et « sous le terme de Criquet » le concernait. Par contre, il reconnaissait la photographie de son neveu Jean Le Brun, mais l’écriture de l’autobiographie à son nom n’était pas la sienne.
Une enquête de voisinage eut lieu à Gouvernes. L’inspecteur de la Sûreté écrivit notamment : « Les renseignements recueillis sur son compte […] lui sont favorables au point de vue conduite et moralité. De mœurs calmes et paisibles et peu causeur il n’avait pas attiré l’attention de la population. »
Marcel Rolland désigna Maître Odette Moreau, puis Jean Duplaix pour le défendre. Jugé, le 29 mai 1943 par la Section spéciale de la Cour d’Appel de Paris, il fut condamné à deux ans de prison et 1200 francs d’amende. Il était le 15 août 1944 dans le convoi de 1654 hommes au départ de la gare de Pantin à destination de Buchenwald (Allemagne). Le voyage dura cinq jours dans des conditions épouvantables, très forte chaleur, arrêts prolongés en rase campagne ou en gare, manque d’eau. Les prisonniers arrivèrent exténues à Buchenwald où ils furent immatriculés. Transféré à une date inconnue au camp de Dora, il survécut aux épreuves. Marcel Rolland a été homologué Déporté, interné résistant (DIR).
Jean-Yves Le Maner fit part de la suite du parcours militant de Marcel Rolland : « À son retour des camps, il devint le secrétaire personnel d’Auguste Lecœur, alors maire de Lens, puis suivit ce dernier à Paris lors de sa promotion au secrétariat du PCF. Marcel Rolland quitta le parti au moment de « l’affaire Lecœur ».
Auguste Lecœur dans son ouvrage Croix de guerre pour une grève, indiqua comment Marcel Rolland et son neveu Jean Le Brun avait été repérés par les véhicules goniométries allemands. « Contrairement à toutes les règles de sécurité, nos « pianistes » s’étaient retrouvés sur les ondes et correspondaient. Oh, pas longtemps bien sûr, un mot par-ci, par-là. Ce mot, si les voitures gonio ou autres chercheurs ne pouvaient savoir d’où il provenait exactement, ils le comprenaient. Jean Le Brun se trouvait en Bretagne et correspondait avec Marcel Rolland qui, un jour, accusa réception d’un colis de ravitaillement par le message suivant : R. Amann. En Breton cela signifiait que le beurre était bien arrivé. Qui pouvait émettre en breton sinon des Bretons. D’où provenait l’expédition sinon de Bretagne. »
Auguste Lecœur assista aux obsèques de Marcel Rolland, il échangea avec Jean Le Brun, maire communiste du Guilvinec, il aurait souhaité parlé avec lui des « conséquences de ces imprudences ; nous avions tellement de peine que nous nous sommes contentés d’échanger des banalités. »

Le matériel saisi
1°) Un poste récepteur marque Metox, Serial R.703, Number 98-74, Coile M.F.G Chicago Paris, 96.05.H.456. K.C.S.et un haut-parleur. 2°) Un poste émetteur ondes courtes. 3°) Un poste récepteur marque Pyrrhus toutes ondes. 4°) Un manipulateur de T.S.F. 5°) Deux ondemètres. 6°) Un appareil photo marque Vario. 7°) Un casque écouteur de T.S.F. 8°) Une lampe de T.S.F. 9°) Une prise de courant et deux condensateurs de T.S.F. 10°) Une self. 11°) Une antenne de T.S.F. 12°) Un rouleau de fil de cuivre. 13°) Six parties de canne à pêche et plusieurs mètres de fils de cuivre. 14°) Un cadre pour poste de T.S.F. 15°) Trois papiers de forme rectangulaire portant des indications de trajet. 16°) Une coupure de journal trouvée dans un poste T.S.F. 17°) Des messages chiffrés trouvés sur Marcel Rolland, des bulletins de salaires. 18°) Un graphique pour ondemètre. 19°) Un papier concernant Duval et Louis. 20°) Des messages chiffrés de 1 à 24 trouvés dans une table de nuit. 21°) Un papier concernant un réglage trouvé dans une chambre du 1er étage. 22°) Deux manuels du patriote. 23°) Un papier portant des indications sur plusieurs villes de France. 24°) Code trouvé dans un étui métallique de pellicule. 25°) Un certificat d’employeur trouvé sur Marcel Rolland. 26°) Dix feuilles dactylographiées intitulées « La propagation » ainsi qu’une feuille de schéma de T.S.F. 27°) Des feuilles de tickets d’alimentation présumées fausses trouvées dans le tiroir de la table de la cuisine. 28°) Une feuille concernant des frais divers dans un carnet se trouvant sur la planche de la cuisine. 29°) Un code contenant certaines formules élémentaires. Deux schémas de l’appareil trouvés dans la table de la cuisine.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76017, notice ROLLAND Marcel, Mathurin (version DBK) par Daniel Grason, version mise en ligne le 17 juin 2019, dernière modification le 20 juin 2019.

Par Daniel Grason

SOURCES : AN Z-4-83 dossier 545. – Arch. PPo. 1 W 1673-96152. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Bureau Résistance GR 16 P 518449. – Notes de Yves Le Maner. – Auguste Lecœur, Croix de guerre pour une grève, Éd. Plon, 1971. – Roger Faligot Rémi Kaufer, Service B, Éd. Fayard, 1985. – État civil AD Côtes d’Armor, Saint-Quay-Portrieux actes de naissances de 1904 absents.

Version imprimable Signaler un complément