ROCHET Waldeck, Émile (version DBK)

Par Jean Vigreux

Né le 5 avril 1905 à Sainte-Croix (Saône-et-Loire), mort le 15 février 1983 à Nanterre (Hauts-de-Seine) ; maraîcher ; secrétaire de la Région lyonnaise du Parti communiste ; membre du comité central du PCF de 1936 à 1983 ; secrétaire du comité central à partir de 1959, nommé secrétaire général adjoint en 1961 ; succède à Maurice Thorez comme secrétaire général en 1964.

Photos anthropométriques de Waldeck Rochet (ADN : cote 1974 W 174 dossier 4582) . Fourni par Francis Calvet.

Fils d’un « homme de gauche et un fervent laïque », Waldeck Rochet fut de bonne heure habitué au débat politique. Excellent élève, à huit ans, il fut placé comme vacher et ne fréquenta l’école queles mois d’hiver. À douze ans, il réussit le certificat d’études primaires.
Le jeune homme devenu ouvrier maraîcher à Branges, non loin du village natal, lisait La Vie ouvrière et l’Humanité. En 1923, il adhéra aux Jeunesses communistes et un an plus tard au Parti communiste.
À son retour du service militaire, Waldeck Rochet se mit à son compte comme « petit maraîcher », profession qu’il indiqua toujours dans ses biographies officielles. Waldeck Rochet s’occupa du rayon des Jeunesses communistes de Louhans. Victor Fay*, qui devait organiser la formation des cadres du Parti, lui fit suivre une école du Parti durant quinze jours à Oyonnax. Ce passage fut brillant et Waldeck Rochet dut abandonner son activité professionnelle pour aller à Moscou à l’École léniniste internationale. À vingt-cinq ans, après l’école régionale du Parti, il était (selon sa fiche du Parti communiste) « actuellement secrétaire d’un rayon paysan où son rendement pour le Parti est en dessous de ses moyens. Il doit être appelé à la tête d’un rayon important ou d’une région ». Ce paysan madré devint membre de l’appareil. Il arriva au moment où le Parti avait besoin de nouveaux cadres et où le rôle de Renaud Jean était contesté. C’est ce départ pour Moscou qui explique le silence des archives pour 1931. Le séjour devait durer en théorie deux ans et demi, mais Waldeck Rochet ne resta à Moscou que quinze mois. Vassart*, qui enseigna à l’ELI, rappela qu’en 1932, on réduisit la durée du stage à douze ou quinze mois — en fait, il semble que cette réduction date de 1931. Durant ce séjour, les élèves perfectionnaient leurs connaissances théoriques du marxisme et leurs applications pratiques ainsi que l’usage de la langue russe. Pendant ce passage, à l’ELI, se serait posé le problème de la transformation du nom de l’écoleen École marxiste léniniste stalinienne. Selon le témoignage de L. Manguine*, le jeune bourguignon, responsable du groupe des élèves français, s’y opposa vivement. Waldeck Rochet aurait déclaré : « On ne peut être tout à fait sûr d’un militant même de Staline qu’après sa mort. » Cependant, Waldeck Rochet n’était pas critique du système stalinien ; lors des stages pratiques en province et en usine, les étudiants « connurent la vie sociale et authentique des ouvriers et des familles russes [...]. Au retour, une discussion violente et passionnée commença au sein du groupe français [...] sur la différence entre les cours théoriques [...] et la réalité vécue [...], la majorité des élèves exprimait sa déception devant la réalité [...]. Un seul étudiant tenait ferme et réagissait contre tous les autres [...], c’était Waldeck Rochet » (témoignage de H. Barbé* rapporté par B. Lazitch).

Rochet correspondait au type de militant dont le Parti avait besoin. Mais, surtout, il arrivait à une date charnière dans l’histoire intérieure du Parti communiste français : l’élimination du « groupe Barbé*-Celor* ». Il fallait un homme de terrain réceptif à la nouvelle ligne. Ainsi, sut-il diriger en URSS, avec une poigne de fer, la délégation française à l’ELI. À son retour de Moscou, il devint secrétaire de la Région lyonnaise du Parti communiste et vint s’installer à Lyon.
Il reprit en main la situation de la Région communiste qui était mauvaise, car, déclara-t-il, « la politique du « groupe » l’avait affaibli, coupé des masses ». Au-delà du propos de circonstances, cette déclaration témoigne de la désorganisation du Lyonnais. Dans un article des Cahiers du bolchevisme de mars 1932, il écrivit : « En réaction contre les erreurs de gauche du groupe ou plus justement comme conséquence de la politique du groupe, beaucoup de camarades sont enclins à verser dans l’opportunisme de droite le plus plat. » Ce qu’il souhaitait, c’était un relèvement idéologique du Parti et il insistait sur la tactique électorale en regrettant que le Parti communiste n’adoptât pas une politique de propagande chez les paysans. Lacune sérieuse à ses yeux : c’était une grave erreur de ne pas chercher des alliés, tout en reconnaissant au prolétariat urbain son rôle moteur dans le mouvement révolutionnaire.

W. Rochet fut critiqué, le 5 janvier 1933, par le bureau politique pour avoir pris l’initiative de constituer une liste commune avec les socialistes lors des élections municipales de Pierre-Bénite, en acceptant une place minoritaire pour les communistes. Les deux candidats communistes étant « une force d’appoint, pris en otages », le BP considérait qu’il y avait abandon de la tactique « classe contre classe ». Benoît Frachon* se rendit à Lyon pour expliquer ces critiques sans pour autant remettre en question l’activité déployée par Waldeck Rochet.

Rochet fut appelé en septembre 1934 à la tête de la section paysanne du Parti afin de surveiller ou plutôt de redresser l’orientation donnée au travail paysan par Renaud Jean*. En fait, il fallait remplacer Renaud Jean qui avait manifesté des désaccords. Pour amener les paysans au communisme, Waldeck Rochet déploya toute son énergie dans la Confédération générale des paysans travailleurs dont il fut l’un des dirigeants. Pendant le mois de juillet 1935 de cette même année, il fit partie de la délégation française qui se rendit au VIIe congrès de l’Internationale communiste à Moscou.

En janvier 1936, Waldeck Rochet exposa, conjointement avec Renaud Jean*, le plan pour réaliser le sauvetage de l’agriculture française au VIIIe congrès du PCF. À ce congrès, Waldeck Rochet fut élu suppléant au comité central du PCF.À trente et un ans, il entrait définitivement dans l’équipe dirigeante du Parti.

W. Rochet fut élu député de Nanterre-Colombes (Seine) en avril 1936. Il acquit à la Chambre une autorité en matière agricole, sans cependant éclipser Renaud Jean*, le prestigieux président de la commission de l’Agriculture. Il lutta activement pour la création de l’Office du Blé. Toujours membre du bureau de la CGPT au congrès de Montluçon en janvier 1937, il fut, dès sa fondation, le directeur d’un journal pour le monde paysan La Terre. Il prit de plus en plus l’ascendant sur Renaud Jean* et devint titulaire du comité central du PCF au congrès d’Arles en décembre 1937.

Mais cet élan fut brisé par la guerre. Le PCF dissout le 27 septembre 1939, les députés créèrent le Groupe ouvrier et paysan français auquel
W. Rochet participa. Il fut arrêté avec ses camarades le 8 octobre 1939. Déchu de son mandat de député le 20 février 1940, il fut condamné par le troisième tribunal militaire de Paris le 3 avril 1940 à cinq ans de prison et quatre mille francs d’amende pour reconstitution de ligue dissoute.

Incarcéré à la Santé, transféré à Niort, à Tarbes, au Puy, il fut enfin au début 1941, interné en Algérie à Maison Carrée. Peu de temps après le débarquement des alliés en Algérie, il fut libéré (le 5 février 1943). Aussitôt, il participa à la direction du mouvement de résistance France Combattante à Alger. En octobre, il quitta Alger pour Londres où il représenta le CC du PCF auprès du CFLN et du général de Gaulle.
En août 1944, il débarqua en Normandie et arriva à Paris en pleine insurrection. Aussitôt, il se rendit au siège du PCF où il retrouva Duclos* et Frachon*. Sa première initiative fut de publier à nouveau La Terre. À la fin de l’année 1944, il fut désigné par le PCF comme délégué à l’Assemblée consultative provisoire où il siégeait aussi comme représentant de la CGPT. Rapidement, Waldeck Rochet retrouva ses responsabilités au sein du PCF ; il entra au bureau politique lors du congrès de Paris comme membre suppléant en juillet 1945. Dans cette période de guerre froide, Waldeck Rochet suivit avec fidélité la ligne thorézienne. D’ailleurs n’avait-il pas plaidé au congrès national d’avril 1950 pour l’entrée de Jeannette Vermeersch au BP du PCF. Ayant peu à peu pris une place importante dans le PCF, il fit connaître à sa famille les vacances dans les démocraties populaires ; l’été 1951 ils allèrent à Prague. Un nouveau pas fut franchi lorsqu’il participa à la délégation du PCF qui se rendit aux obsèques de Staline en 1953.
Mais, c’est en 1956 qu’il apparut comme l’une des figures de premier plan du Parti. Il prenait le pas sur Marcel Servin et put ainsi passer aux yeux de certains comme le dauphin de Maurice Thorez. Au cours de cette année 1956, il assista au XXe congrès du PCUS ; à son retour, marqué par le rapport Khrouchtchev, il préconisa, dans le domaine de l’histoire du Parti communiste soviétique, une certaine déstalinisation et rencontra une opposition de la part de J. Vermeersch. Il s’opposa au sein du BP à l’exclusion de Pierre Hervé et, en pleine crise hongroise, il souligna dans l’Humanité du 16 novembre 1956, le mécontentement populaire dans ce pays. En juin 1959, il fut promu secrétaire du comité central du PCF lors du XVe congrès. C’était la « troisième figure » du Parti. Il fut désigné en 1961 pour prononcer « le réquisitoire » contre Servin, Casanova*, Kriegel-Valrimont, Pronteau et Vigier.

La même année, il devint le numéro deux du Parti, au congrès de Saint Denis, où il se vit confier le poste de secrétaire général adjoint. Le 18 novembre 1962, il fut réélu député de la Seine et reçut à nouveau la présidence du groupe communiste à l’Assemblée, charge qu’il conserva jusqu’en 1964.

En mai 1964, lorsque Maurice Thorez reçut le titre de président du PCF, W. Rochet devint secrétaire général. La mort de Maurice Thorez le 11 juillet devait le laisser seul à la tête du Parti. Dès lors, il inaugura une nouvelle ère pour celui-ci ; il fut à l’origine d’une autre ligne politique. Il s’agissait de sortir le PCF de son « exil intérieur » ; stratégie qui devait rompre avec le sectarisme et qui s’inscrivait dans la droite ligne ouverte par Khrouchtchev.
La tension entre « Paris et Moscou » devait se révéler au grand jour ; tout d’abord en 1965, Waldeck Rochet s’opposa à l’agence Tass qui approuvait la politique extérieure du général de Gaulle. Ensuite, en 1966, il demanda à Aragon* de défendre deux écrivains russes dissidents qui étaient victimes d’un procès digne des heures staliniennes. Quelques jours plus tard, le CC se réunit à Argenteuil sous l’impulsion de Waldeck Rochet et insista sur la liberté des artistes et intellectuels. La période du réalisme socialiste à la française était bel et bien terminée.

L’inflexion la plus importante fut celle qui remonte à 1965, date à laquelle Waldeck Rochet rencontra, à plusieurs reprises, François Mitterrand durant l’été dans le secret le plus absolu. Cette nouvelle stratégie d’union allait aboutir à un accord électoral ; F. Mitterrand était le candidat de la gauche pour les élections présidentielles de 1965. Il ne s’agissait pas d’un rapprochement purement conjoncturel ; le 20 décembre 1966, le PCF passa des accords électoraux avec la FGDS.
L’affaire tchécoslovaque allait révéler l’ampleur de la rupture ; Waldeck Rochet soutint la ligne de Dubcek. Il se rendit à Moscou et à Prague afin d’éviter la répression russe ; ce fut un échec qui le bouleversa. Le BP, sous son autorité, exprima sa surprise et sa réprobation. Même si, en novembre, il accepta la normalisation.
Bouleversé par l’échec du printemps de Prague, fatigué, usé, il tomba malade en juin 1969 lors de la conférence mondiale des PC à Moscou. Le 17 juin à Moscou, il subit une opération d’un kyste au rein. Quelques mois plus tard, il fut opéré à Paris de la prostate. En octobre 1968, les médecins avaient déjà confirmé qu’il était atteint de la maladie de Parkinson.

Le secrétaire général du PCF, gravement atteint, fut remplacé par Georges Marchais. En 1972, il devint président d’honneur du PCF, titre qu’il conserva jusqu’en 1979.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76016, notice ROCHET Waldeck, Émile (version DBK) par Jean Vigreux, version mise en ligne le 24 janvier 2010, dernière modification le 21 février 2017.

Par Jean Vigreux

Photos anthropométriques de Waldeck Rochet (ADN : cote 1974 W 174 dossier 4582) . Fourni par Francis Calvet.

SOURCES : RGASPI, 495 270/10 ; RGASPI 517/1/1111 (notes Sylvain Boulouque). — Notice par Jean Vigreux, DBMOF. — Jean Vigreux, Waldeck Rochet, une biographie politique, Paris, La Dispute, 2000.

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