RELECOM Xavier

Par José Gotovitch

Né le 6 juin 1900 à Anvers, mort le 22 novembre 1977 à Bruxelles ; expert-comptable ; permanent du Parti communiste belge (PCB) (1932) ; homme d’affaires (1954) ; militant socialiste, secrétaire de la section belge du Secours rouge international (SRI) ; membre du bureau politique puis secrétaire national du PCB (1936-1943) ; député (1936-1945).

À gauche Henri De Boeck et sa femme Nelly Kaufman.  À  droite, à l’arrière : Xavier Relecom et sa femme Georgette Fisbach
À gauche Henri De Boeck et sa femme Nelly Kaufman. À droite, à l’arrière : Xavier Relecom et sa femme Georgette Fisbach

Né dans une famille de négociants prospères, d’opinion libérale progressiste, orphelin de père en 1907, Xavier Relecom vécut alors modestement à Bruxelles et dut abandonner ses études secondaires à 15 ans pour des raisons financières. Il exerça divers métiers : garçon de courses, apprenti menuisier. En 1918 il était employé et devint par les cours du soir, expert comptable en 1921. Après le service militaire, il pratiqua ce métier jusqu’en 1932.
En 1919, il adhéra à la Ligue ouvrière (POB) de Schaerbeek et au Syndicat des employés. Secrétaire de la LO en 1925, il fut également secrétaire fédéral des Jeunes gardes socialistes (JGS). En 1920-1921, il fit partie des Amis de l’Exploité mais ne suivit pas [Jacquemotte>73271] au PCB.

Il participa à toutes les expériences de la gauche socialiste qui s’exprimèrent successivement dans les périodiques La Lutte des classes en 1925, L’Unité, organe syndical en 1926, et enfin à La Bataille socialiste de Paul-Henri Spaak et Albert Marteaux. En 1926, il fut candidat socialiste aux élections communales à Ixelles. Il s’était marié en 1925 avec Georgette Fisbach, d’origine française, née à Molenbeek le 26 décembre 1906 qu’il avait rencontrée aux JGS, dont il eut un fils en 1927. Son beau-frère, Gustave Fisbach tomba en Espagne en juin 1937.

Depuis les JGS, Xavier Relecom avait des rapports réguliers avec des dirigeants de la JCB, en particulier Henri De Boeck. Il offrit son adhésion au Parti, mais la direction préféra qu’il demeure au POB. Il adhéra alors au SRI où il représenta les Jeunes gardes socialistes. En février 1927, le POB interdit à ses membres l’affiliation au Secours rouge international. Or, Relecom était membre du comité exécutif et apparut comme rapporteur à la conférence nationale de septembre 1927 où il souligna que beaucoup de socialistes n’avaient pas suivi les directives de leur parti. Mais en novembre 1927, il fut exclu du POB et adhéra officiellement au PCB en août 1928, en même temps que quelques animateurs flamands de La Bataille socialiste, dont Jef Van Extergem.

Il rejoignit donc le PCB dans la période d’étiage de la scission trotskyste et fut d’emblée désigné comme secrétaire fédéral à Bruxelles, coopté au comité central en 1929, au bureau politique en 1930-1931. Il exerça également les fonctions de trésorier. La crise de la section belge du SRI, « emportée » par le trotskysme avec Charles Plisnier et conduite ensuite par des éléments qui mettaient en cause le « procès des industriels » à Moscou (Vermeylen et Lejour) fit en sorte que l’IC l’installa en janvier 1932, malgré lui, comme secrétaire général du SRI. Il ressentit cette affectation comme une mise à l’écart du bureau politique, mais discipliné, s’estima contraint à « faire son devoir ». Il abandonna alors une situation relativement confortable pour devenir permanent. Le couple vécut dans une mansarde avec l’enfant et Georgette Relecom fit de la comptabilité pour survivre.

Élu au comité central au congrès de Seraing (1931), Relecom assura la direction par le Parti d’une section belge du SRI fréquemment agitée par les remous provoqués par les dirigeants contestataires, fidèles mais remuants, Lejour et Vermeylen. Il les accompagna à Moscou en 1932. En 1934 en particulier, le comité exécutif international et ses délégués en Belgique purent compter sur la vigilance et même l’agressivité de Relecom envers les « trublions ». Contreras, qui avait notamment la Belgique en charge et y était présent en juillet pour le 4e congrès de la section belge, estimait qu’il était le seul membre de valeur au comité exécutif de cette section, mais lui reprochait néanmoins de n’avoir pas mieux contrôlé l’action de Vermeylen et Lejour. En novembre 1934, il fut coopté au bureau politique du PCB qui s’élargit pour surmonter la crise et organiser le tournant que marqua la conférence de Charleroi en avril 1935. Celle-ci le désigna comme secrétaire adjoint, responsable de l’organisation.

C’est dans l’application de la politique de Front populaire que l’ancien militant socialiste se déploya avec succès, finalisant des contacts politiques qu’ilavait conservés. À la mort de Joseph Jacquemotte, en octobre 1936, la direction du Parti échut entre les mains de trois secrétaires dont aucun, selon le délégué de l’IC, ne jouissait de l’autorité et de la connaissance du mouvement ouvrier dont bénéficiait le défunt. Les divisions, portant tant sur des questions politiques (questions syndicales, ouverture aux socialistes ou question des nationalités) que personnelles (prééminence), aplanies au temps de Jacquemotte, resurgirent rapidement au sein du secrétariat et même du BP. C’est alors que Berei fit clairement le choix de Relecom pour assurer le premier rôle, mettant en avant sa formation politique, sa popularité dans le Parti, « sa plus grande capacité à s’orienter dans les questions politiques, sa capacité d’apprécier d’une façon juste et réaliste les rapports de force et de déterminer une tactique souple ». Très bon organisateur, la souplesse qu’il exagérait parfois, facilitait néanmoins le travail collectif. Depuis mai 1936, Relecom était devenu député de Bruxelles et Berei souligna ses qualités d’orateur. Le délégué de l’IC signalait qu’il était devenu un parlementaire écouté. Les seuls défauts relevés concernaient ses méthodes par trop diplomatiques à l’intérieur, qui manquaient parfois d’énergie pour aller à contre-courant. Mais il s’agissait incontestablement du meilleur choix. (Berei*, 9 décembre 1936, 495 10a 146). Berei s’efforça donc de lui assurer peu à peu le premier rôle au sein de la direction, tout en maintenant officiellement un secrétariat collectif. La prééminence de Relecom ne fut officialisée qu’au congrès d’août 1939, mais dès le congrès d’octobre 1936, c’est lui qui présenta le rapport politique et mena les débats au comité central.
L’argumentation pour choisir le numéro un du Parti était d’autant plus intéressante — et rarement aussi explicite — qu’elle reflétait bien la séquence politique du moment. Relecom fut choisi pour sa personnalité toute en rondeur populaire, contre d’autres candidats jugés trop sectaires, le seul critère « bolchevique » invoqué en sa faveur étant son opposition intransigeante envers le trotskysme dans les péripéties traversées par le PCB depuis 1928.
Secrétaire du Parti, tenant fermement l’organisation entre les mains, parlementaire fort actif dans les débats sur la guerre d’Espagne, les scandales financiers, la politique internationale, le fascisme, (il fut réélu à la première place à Bruxelles en 1939), conseiller communal de cette ville en 1938, conservant son mandat au comité exécutif du SRI jusqu’en 1938, menant des tractations fort actives avec la gauche socialiste où il avait conservé des amis, Relecom affirma en peu de temps une véritable identité d’homme politique, populaire et respecté.
Travaillant main dans la main avec Berei, il prit alors régulièrement le chemin de Paris et de Moscou. Il assistait en effet fréquemment aux CC et parfois au bureau politique du PCF. En février 1937, août 1938 et juillet 1939, il présenta un rapport devant le secrétariat de l’IC sur la situation belge, en compagnie de Berei, sauf en 1938. En janvier 1939, il demanda officiellement le maintien de ce dernier en Belgique, ce à quoi consentit Manouilski. Il faut dire que le « couple » pouvait désormais se targuer de succès tant dans le développement du Parti que dans son audience politique et électorale. Le point noir restait la presse, le quotidien lancé par Jacquemotte* demeurant gravement déficitaire.
L’identification de Relecom à cette phase de la politique de l’IC, en particulier l’exaltation lyrique du passé national des peuples de Belgique, qui sonnait encore dans son rapport au congrès de 1939, ne le conduisit pas à cacher les difficultés et l’évolution contradictoire des relations avec les socialistes, à partir de 1938.
Mais à chacun de ses séjours à Moscou, il déposa devant une autre instance, le département des cadres de l’IC, où s’effectuait une véritable radiographie des dirigeants du PCB, comité central et bureau politique. C’est le moment où l’IC, écho direct des purges soviétiques, pressa les partis de mettre sur pied un appareil des cadres efficace, mais il semble que pour le PCB, l’essentiel du travail s’opéra à Moscou, Berei et Relecom étant les principaux informateurs. Si Relecom fit son rapport sans états d’âme et sans manifester d’animosité particulière envers les uns et les autres, il eut tant à Bruxelles qu’à Moscou, un geste particulièrement rare, en prenant position en faveur de son ancien compagnon, Henri De Boeck, dénoncé alors de la manière la plus infamante… et la plus périlleuse qui soit, comme trotskyste. Il est vrai qu’il adopta ultérieurement une « position ferme dans les autres cas semblables » (Berei, 19 août 1938). Le département des cadres fouillait systématiquement le passé de tous les dirigeants, à la recherche des hésitations politiques passées : en juillet 1939, deux vérifications furent demandées à son propos.
La mise au point des thèses pour le congrès d’août 1939 donna lieu à de multiples discussions à l’IC sans que l’on puisse distinguer à la lecture des projets successifs des modifications notables sur les points qui prendront un relief particulier à la fin du mois. Comme s’il s’était agi de manœuvres de retardement qui auraient reflété le désir, rapporté oralement, d’un report ou d’une annulation du congrès, ce qu’aurait refusé Relecom.
Sa disposition d’esprit se refléta clairement dans le discours qu’il prononça au Parlement belge, le 5 septembre 1939, discours de défense nationale et anti-nazi, dont l’orientation fut explicitement désavouée avec celle des partis français, anglais et américain, trois jours après par l’IC. Mais Relecom assuma sans peine le tournant de la politique des deux impérialismes. Il fournit les militants nécessaires à l’équipe de Fried, mais aussi à l’Orchestre rouge. Particulièrement discipliné, il passa dans l’illégalité dès mars 1940, ce qui lui valut de n’être pas cueilli le 10 mai 1940 par les autorités belges qui arrêtèrent les dirigeants communistes. Il demeura en contact avec Moscou au travers de l’ambassade soviétique, puis Berei s’étant échappé de sa détention en France, constitua désormais avec lui l’unique direction politique et opérationnelle du PCB, les liaisons avec l’IC passant le plus souvent par Fried comme l’indiquent les télégrammes de celui-ci. Il reste que Relecom et Berei disposèrent d’un appareil propre de communications, dont on ne connaît pas l’activité spécifique.
Relecom assura donc toute l’évolution de la politique du PCB, sous les pseudonymes de Gustave, Renard, Valérie, Verbeek, jusqu’à son arrestation le 6 juillet 1943 dans la grande razzia qui frappa le comité central du Parti et la direction des Partisans armés. C’est alors, le 23 juillet, qu’avec trois autres membres arrêtés du bureau politique, il accepta, après de fortes réticences, de passer un « marché » avec la SIPO-SD. Sur la promesse que les dirigeants arrêtés ne seraient pas fusillés, ils firent savoir qu’il n’était plus opportun de combattre afin de préserver les cadres. Trois hauts responsables des PA furent invités à révéler ce qu’ils savaient, mais aucun ne parla : deux d’entre eux furent fusillés comme otages. En janvier 1944, Relecom fut déporté à Sachsenhausen avec ses compagnons.
Libéré le 4 mai 1945 par l’Armée rouge, il fut « enlevé » et conduit par avion à Moscou où il arriva le 22 mai. Le 23 il était à l’Institut de recherche scientifique n° 100. Il y rédigea un rapport sur son arrestation et ses suites dans lequel, tout en soulignant ses réticences devant le compromis et mettant l’initiateur des arrestations fortement en cause, il reconnut avoir commis une faute grave. Le département des cadres de l’Institut étudia le dossier qui fut également examiné par Dimitrov. Ceretti assura que le feu vert serait venu de Berei à Bruxelles. Relecom rentra le 22 juin 1945. Il fut aussitôt isolé à la campagne jusqu’au comité central du 11 août 1945 au cours duquel furent rendues publiques ses démissions de député et de conseiller communal, ainsi que le blâme sévère infligé par la Commission de contrôle et sa remise à la base pour manque de dignité et de fermeté devant la Gestapo, sans autre explication. Le manteau de silence jeté sur ces événements se perpétua pendant 45 ans, secret de Parti oblige…
Relecom retrouva sa femme, arrêtée en juillet 1943 et rapatriée de Ravensbruck. Très rapidement il reprit du service, d’abord dans l’appareil commercial, la librairie puis l’administration de la Maison de la presse. Mais en 1947, il devint secrétaire fédéral à Charleroi, puis à Bruxelles en 1948.Il fut réélu la même année au comité central. Écarté du cadre permanent en 1949, il devint directeur d’une entreprise d’import-export avec les pays socialistes et le demeura jusqu’à sa mort. Désigné comme responsable du Mouvement de la paix en 1950, il fut écarté du CC en 1954 quand l’ » affaire des quatre » fut révélée à l’intérieur du Parti. Il demeura l’un des conseillers financiers influents du PC et développa spécialement le commerce avec la Chine. En 1963, il suivit Jacques Grippa dans la formation du Parti communiste d’orientation maoïste et joua un rôle de premier plan au sein de l’Association Belgique-Chine.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76006, notice RELECOM Xavier par José Gotovitch, version mise en ligne le 1er août 2010, dernière modification le 13 août 2010.

Par José Gotovitch

À gauche Henri De Boeck et sa femme Nelly Kaufman.  À  droite, à l’arrière : Xavier Relecom et sa femme Georgette Fisbach
À gauche Henri De Boeck et sa femme Nelly Kaufman. À droite, à l’arrière : Xavier Relecom et sa femme Georgette Fisbach

ŒUVRE : Pour le salut du Peuple ! Rapport présenté au VIe congrès du PCB, Bruxelles, CDL, (1936). — Après le 11 avril. Pour battre le fascisme !Entente démocratique ! (discours prononcé à Bruxelles le jeudi 15 avril 1937), Bruxelles, Germinal (1937). — Il faut que les riches paient, Bruxelles, Germinal, 1938. — Contre les scandales, le peupleveut la propreté (discours prononcé au Parlement), Bruxelles, Germinal, (1937). — Unir pour être fort (discours à la session du comité central, le 14 janvier 1939), Bruxelles, Germinal, (1939).

SOURCES : RGASPI, 495 193 34, 495 10a 153 ; 495 74 66. — CARCOB, microfilms IML, Secrétariat de l’IC, Section belge du SRI, bureau politique PCB ; Dossier CCP. — IHOES, Liège, Papiers personnels Relecom. — Entretien de Xavier Relecom avec l’auteur, 1967. — Interview de Georgette Fisbach par l’auteur, 1987. — J. Gotovitch, Du Rouge au Tricolore, op. cit.

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