REILAND Édouard

Par Henri Wehenkel

Né le 1er janvier 1896 à Senningen (Luxembourg), mort le 20 juin 1967 à Esch-sur-Alzette. Fondateur du PCL (Parti communiste luxembourgeois) ; délégué au IIIe congrès de l’IC ; partisan de Léon Trotsky.

Édouard Reiland et Alfred Rosmer
Édouard Reiland et Alfred Rosmer

Son père était clerc de notaire et secrétaire communal et fut candidat aux élections législatives de 1919 sur la liste du Parti socialiste. Edouard Reiland se maria en 1923 avec Alice Juncker. Après avoir achevé ses études secondaires à Diekirch, Reiland fut nommé en 1916 comme employé des impôts à Bettembourg. Secrétaire de la section locale du Parti socialiste il y milita avec le dirigeant syndical Pierre Krier qui partageait à cette époque ses sympathies pour la Révolution russe. Il était sans doute influencé également dans cette direction par Nicolas Konert, étudiant en droit à l’université de Munich. Au congrès socialiste du 29 juin 1919, Reiland présenta au nom de la section de Bettembourg une résolution pour l’adhésion à la IIIe Internationale. C’est peu après ce congrès qu’il entra en relation avec La Vie ouvrière et le Comité de la IIIe Internationale, sans doute par l’intermédiaire d’Auguste Mougeot, un syndicaliste révolutionnaire de Longwy. En décembre 1919, Reiland fut élu au comité directeur du PS et chargé du comité de propagande. C’est en tant qu’observateur du PS et délégué du Comité pour la IIIe Internationale qu’il partit en juillet 1920 pour Pétrograd, où il arriva après la fin du IIe congrès de l’IC. Le 18 août, il rendit compte de la situation politique au Luxembourg et fut chargé de rédiger au nom du comité exécutif un Appel à tous les travailleurs du Luxembourg et de désigner quatre dirigeants opportunistes qui seraient à exclure en cas d’adhésion à la IIIe Internationale. Dès son retour fin octobre, Reiland se mit à l’œuvre, créant d’abord l’hebdomadaire Der Kampf, organe de la fraction communiste, défendant ensuite la résolution pour l’adhésion inconditionnelle à la IIIe Internationale au congrès du Parti socialiste qui se réunit le 1er janvier 1921 à Differdange, en présence de Clara Zetkin. Le lendemain le Parti communiste luxembourgeois fut fondé et Reiland élu secrétaire général.

Reiland participa en juin 1921 au IIIe congrès de l’IC. Au cours de la séance du Comité exécutif du 16 juin, il attaqua les dirigeants du PCF, qu’il accusa de “ centrisme ” et d’“ anticommunisme ” et à qui il reprocha de ne pas avoir dénoncé en mars 1921 l’intervention militaire française contre la grève des métallurgistes luxembourgeois. Reiland fut désavoué par Trotsky et soupçonné par Alfred Rosmer d’avoir été “ manœuvré par Zinoviev* et Béla Kun ”.

En février 1922, Reiland abandonna la direction du PCL. La principale raison était d’ordre interne : la mauvaise gestion financière du Parti acculant celui-ci à la faillite et l’inexpérience dans l’organisation des luttes ouvrières révélée lors de la grève de mars 1921. Reiland accusa l’IC de l’avoir lâché à cause de son intervention de juin 1921. Après avoir démissionné du Parti en avril 1922 et envisagé de retourner au Parti socialiste, Reiland fonda en 1923 une librairie avec l’appui de Marcel Hasfeld et de la “ Librairie de l’Humanité ”.
En 1929, il prit contact avec Trotsky, exilé en Turquie après son expulsion d’URSS, et fit des démarches pour obtenir le droit d’asile au Grand-Duché pour le dirigeant déchu. En mai 1933, Trotsky chargea Reiland de se rendre, en tant que libraire, en Allemagne nazie pour récupérer son fonds de livres et des créances auprès de l’éditeur Fischer. En juillet 1929, Reiland avait gagné à la cause de l’ Opposition , F. Garcia Lavid, dit Henri Lacroix, qui travaillait à Esch-sur-Alzette et fut à l’origine du trotskysme espagnol. Reiland ne jouera cependant aucun rôle dans la IVe Internationale, ayant pris avec Mougeot le parti de leur ami commun Alfred Rosmer dans le conflit qui opposa celui-ci à Trotsky. En février 1934, il fit venir Rosmer à Luxembourg pour donner une conférence publique qui resta sans suites. Il a aidé un certain nombre de réfugiés juifs et antifascistes ayant fui l’Allemagne, notamment Harry Domela, écrivain à la réputation sulfureuse.

Reiland fut arrêté en novembre 1941 et déporté pendant un mois et demi au camp de Hinzert. En 1944 il fut désigné comme membre de la Chambre consultative. Il abandonna ensuite toute activité politique.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76005, notice REILAND Édouard par Henri Wehenkel, version mise en ligne le 24 janvier 2010, dernière modification le 4 juin 2019.

Par Henri Wehenkel

Édouard Reiland et Alfred Rosmer
Édouard Reiland et Alfred Rosmer

SOURCES : RGASPI, 495 130 1-5, 12 et 533 10 2047, 2048. — Archives nationales Luxembourg , Justice 76/1-3, 26-27, 98, 102, 136-138, 171. — Musée Social, Paris, Fonds Mougeot. — Centre Jean Kill Luxembourg, Dossier Témoignages. — L. Trotsky/A. et M. Rosmer, Correspondance 1929-1939, prés. par P. Broué, Paris 1982, p.18-20. — BDC, op.cit.. — L. Trotsky, Œuvres complètes, tome 1, 1933, prés. par P. Broué et M. Dreyfus, Paris 1978, p.128 et 178. — Th. Klein : Aux origines du Parti communiste luxembourgeois, mémoire dactylographié, Luxembourg, 1989 — Témoignages de Mme Schneider-Reiland et de M. Kik Schneider, Esch, 1er octobre 1996.

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