RACAMOND Julien. Pseudonymes : DAMORANC J., LARQUET (version DBK)

Par Michel Dreyfus

Né le 29 mai 1885 à Dijon (Côte-d’Or), mort le 30 janvier 1960 à Paris (XIIIe arr.) ; ouvrier boulanger ; secrétaire de la CGTU de 1923 à 1936, puis de la CGT de 1936 à 1939 et de 1943 à 1953 ; membre du bureau politique du PC de 1926 à 1930 ; membre du conseil central de l’Internationale syndicale rouge (ISR) (1928-1930).

Secrétaire à la commission exécutive des Comités syndicalistes révolutionnaires (CSR) en septembre 1920, membre du comité de rédaction de La Vie ouvrière, Julien Racamond qui participa à la création de la CGTU s’y serait battu pour qu’elle soitappelée « unitaire » et non « rouge ». Étant l’un des principaux propagandistes de la jeune CGTU, il devint, lors de son 2e congrès (Bourges, 1923), l’un des quatre membres du bureau confédéral. Racamond s’y fit le défenseur de la spécificité du mouvement syndical. Il intervint sur les problèmes de main-d’œuvre étrangère et coloniale lors du IIIe congrès de l’ISR (Moscou, été 1924) et assista sans doute, peu après, au Ve congrès de l’IC.
Afin de surmonter les tensions existant alors entre le PC et la CGTU, le 5e Exécutif élargi de l’IC (mars 1925) décida l’entrée des quatre membres du bureau confédéral à la direction du PC. Cette solution expéditive ne résolut aucun des problèmes posés, pas plus que la venue à Paris, en novembre 1925, de « Kirsch » (Manouilski*), puis l’élection de Racamond et de Monmousseau* au bureau politique du PC lors de son 5e congrès (Lille, juin 1926).
Plus agitateur que véritable meneur de grève, Racamond « découvrit » de nombreux militants. Ses responsabilités essentielles concernèrent la main-d’œuvre étrangère et coloniale ; il les assuma jusqu’à la fin de son militantisme en 1953. En 1923, il supervisait déjà l’organisation du bureau dela Main-d’œuvre étrangère. À partir du printemps 1926, la CGTU développa, non sans difficultés, son activité en direction des immigrés.
Au printemps 1927, Racamond partit à Moscou où, avec Maurice Thorez*, il combattit les thèses de Jean Cremet*, soutenues par Jules Humbert-Droz*, préconisant les fusions partielles entre fédérations de la CGT et de la CGTU. Puis, il accompagna Lozovsky* dans un voyage en Chine destiné à renforcer l’ISR, face à la Fédération syndicale internationale (FSI), par l’adhésion de syndicats d’Extrême-Orient, en particulier des syndicats chinois dont l’importance croissait rapidement. En mai 1927, la « conférence Pan-pacifique » tenue à Hankéou mit sur pied une structure syndicale nouvelle.
Racamond revint en France pour préparer le 4e congrès de la CGTU, « le congrès du syndicalisme de masse » où s’exprima la volonté de disputer à la CGT la référence aux réformes et l’image de la compétence. Il y intervint peu et fut réélu secrétaire confédéral.
Depuis le 8e plénum (mai 1927), avait été engagé le débat qui allait déboucher sur la ligne « classe contre classe » ; dans ce contexte nouveau, Racamond, qui défendit l’ancienne orientation, vit son influence diminuer. Le 23 mars 1928, avec Berrar, il adressa au secrétariat du PC une lettre dans laquelle il disait : « [...] très franchement [...] il nous semble utile de ne pas associer constamment la CGTU aux manifestations publiques et particulières du Parti, car cela revient à [...] supprimer le caractère même du syndicat qui groupe tous les ouvriers sans distinction de tendance. »
S’il ne semble pas avoir assisté au IVe congrès de l’ISR qui l’élut pourtant à son conseil central, avec Delobelle*, Monmousseau* et Vassart*, il participa au VIe congrès de l’IC (juillet-septembre 1928) et, dans une intervention, s’inquiéta « de la direction du mouvement syndical par le Parti d’une façon trop verbale ». Le congrès entérina la nouvelle orientation à laquelle il s’opposa au sein du Secrétariat latin.
À son retour, sa position fut à tel point affaiblie qu’à partir du printemps 1929, il ne joua plus qu’un rôle secondaire au bureau politique dont il fut formellement écarté par la commission française de l’IC en juin 1930. Toutefois, il conserva des activités annexes, à la Banque ouvrière et paysanne, dans le mouvement coopératif, etc.
Emprisonné d’octobre 1929 à mai 1930, il ne put assister au 5e congrès de la CGTU (septembre 1929). En raison de ses qualités d’homme de masse, il fut réélu au bureau confédéral, tout comme au congrès suivant, mais y occupa un rôle diminué, du fait de son hostilité à la ligne « classe contre classe » qu’il continua d’exprimer dans le secret des organismes de direction. Dans une lettre adressée au BP le 18 juin 1932, il dénonçait « la presque totale identité de l’activité publique de la CGTU et du Parti ». C’est sans doute pour cette raison qu’à partir de cette date, il fut cantonné dans la tâche de trésorier.
En 1932-1933, Racamond travailla au Mouvement Amsterdam-Pleyel et fut élu au bureau du Comité national de lutte contre la guerre et le fascisme où il resta jusqu’en janvier 1935. Puis il joua un rôle accru dans l’action revendicative. Après un voyage à Moscou en juin 1933, il présenta le rapport d’activité au 7e congrès de la CGTU (septembre 1933) où il fut réélu au bureau confédéral, Frachon* étant promu secrétaire général.
À partir de 1934, Racamond prit une part active à la réunification avec la CGT et joua également un rôle important au sein de la nébuleuse des organisations antifascistes. Cependant, en 1936, Eugen Fried* s’inquiétait des sollicitations dont il était l’objet de la part de la Ligue des droits de l’homme, du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA) et de la franc-maçonnerie. Réélu au CC du PC lors du congrès de Villeurbanne (1936), Racamond apparut en retrait dans la CGT réunifiée et semble surtout s’être fait l’orateur privilégié des ex-unitaires et le défenseur de la fermeté contre le fascisme.
Très affecté par le Pacte germano-soviétique qu’il fut à deux doigts de désavouer publiquement, il fut arrêté le 18 octobre 1939 et libéré en janvier 1940 ; à nouveau arrêté, il fut libéré en juillet 1942 dans des circonstances encore mal connues, et passa dans la clandestinité sous le contrôle du Parti. Après la guerre, il n’eut plus que des responsabilités limitées.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article76000, notice RACAMOND Julien. Pseudonymes : DAMORANC J., LARQUET (version DBK) par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 24 janvier 2010, dernière modification le 24 janvier 2010.

Par Michel Dreyfus

SOURCES : RGASPI, 495 270 49, 533 3 223. — Notice par J. Charles, DBMOF, t. 39. — S. Wolikow, Le PCF et l’Internationale communiste, ... op. cit. — A. Kriegel, S. Courtois, Eugen Fried…, op. cit. — P. Broué, Histoire de l’Internationale…, op. cit. — Marcel Cachin, Carnets, t. 3., op. cit.