MEILLIET Léo [MEILLIET Léon, Nicolas, Cécile, François, Anne, Célestine, dit MELLIET Léo et MELLIET Léon ou Léo MEILLET]

Né le 22 décembre 1843 à Lévignac-de-Guyenne (Lot-et-Garonne), mort le 16 mars 1909, à Cadillac-sur-Garonne (Gironde) ; clerc d’avoué ; franc-maçon — voir Eugène Thirifocq ; membre de l’Internationale et de la Commune de Paris ; député socialiste.

Léo Melliet en 1898.

Léo Melliet fit des études de droit et appartint à la section des Écoles de l’Internationale (cf. Dict., t. IV, p. 63). Il fut aussi un des fondateurs du Club démocrate socialiste du XIIIe arr. (cf. Dict., t. IV, p. 49) dont il présidait habituellement les séances et qui adhéra en bloc à l’Internationale le 25 novembre 1870. Il habitait alors, 71, avenue d’Italie, XIIIe arr., après avoir logé, 6, rue Victor-Cousin, Ve arr. Il figure enfin sur une liste des principaux membres de la section du XIIIe arr. (cf. Dict. t. IV, p. 68).

Melliet fut, sous l’Empire, un actif propagateur de la Libre-Pensée, d’où, sur plainte d’un curé, un procès en correctionnelle et une condamnation à six mois de prison. Il parlait aussi, en tant qu’opposant à l’Empire, dans les clubs de la rive gauche, du XIIIe arr. et du quartier Mouffetard.

Durant le Siège, il fut élu, le 5 novembre 1870, maire adjoint du XIIIe arr. et compta sans doute parmi les fondateurs du Comité central de la Garde nationale ; il se signala en outre au club des Défenseurs de la République.

En tant que délégué des vingt arrondissements, il fut un des signataires de l’Affiche rouge du 6 janvier 1871, proclamation au peuple de Paris pour dénoncer « la trahison » du gouvernement du 4 septembre et pour mettre en avant trois mots d’ordre : Réquisition générale, rationnement gratuit, attaque en masse. Elle se terminait par ces mots : « Place au peuple ! Place à la Commune ! » Voir Armand Ansel.

Il fut au nombre des 43 socialistes révolutionnaires présentés aux élections du 8 février par l’Internationale, la Chambre fédérale des sociétés ouvrières et la Délégation des vingt arrondissements de Paris. Le 26 mars, il fut premier élu à la Commune dans le XIIIe arr. (6 531 voix sur 8 010 votants et 16 597 inscrits) ; il proposera la démolition de la chapelle Bréa. Il siégea à la Commission de la Justice (29 mars), à celle des Relations extérieures (21 avril), et compta parmi les cinq membres chargés de réviser les jugements de la Cour martiale (24 avril). Le 2 avril, il avait été élu à la Questure de la Commune. Il vota pour le Comité de Salut public et siégea dans le premier, élu le 1er mai, mais non dans le deuxième. Par arrêté du Comité de Salut public en date du 8 mai, Melliet fut nommé gouverneur du fort de Bicêtre et Thaller sous-gouverneur. Il le demeura jusqu’au 25 mai. Replié dans le XIIIe arr. il le quitta à la dernière minute.

Le 6e conseil de guerre le condamna par contumace, le 17 février 1872, à la peine de mort. Il n’avait subi antérieurement aucune condamnation, si ce n’est, le 3 août 1870, pour un motif inconnu, « à deux mois d’emprisonnement, 16 f d’amende et aux dépens liquidés à 8 f 60 plus 3 f pour droit de poste » (cf. notice contumace).

Edmond Turquet, député de l’Aisne, que Melliet avait sauvé le 18 mars ainsi que le général Chanzy, le recueillit après la défaite de la Commune et l’aida à franchir la frontière en lui procurant un passeport : « Léo Melliet m’a sauvé la vie lors de mon arrestation le 18 mars. J’étais son débiteur, et j’ai été heureux de payer ma dette, en sauvant celui qui m’avait sauvé La Revue pour tous, n° 1, 2 juillet 1871).

Léo Melliet se réfugia en Belgique, puis en Écosse où il enseigna à Glasgow, puis à l’École Normale Supérieure d’Édimbourg.

Le 11 décembre 1871, de Glasgow, il écrivit à Me Renoult, défenseur de Lucipia, à propos de l’exécution des Dominicains d’Arcueil à laquelle il se trouvait indirectement mêlé (cf. M. Vuillaume, op. cit., pp. 92-97).

Voici le portrait de Melliet au temps de la Commune, tel que l’a brossé Edmond Lepelletier, op. cit.

« Léo Melliet était un jeune Méridional plein d’énergie, très brun, trapu, la mine sévère, l’allure grave, toujours vêtu de noir, ancien principal clerc d’avoué à Paris. [...] Il s’était fait connaître dans les clubs pendant le Siège. Ses harangues, pleines de patriotisme, n’avaient rien de la redondance gasconne. C’était au contraire l’un des orateurs populaires les plus précis, exprimant toujours ce qu’il voulait dire, et rien que ce qu’il fallait dire. Il tenait, de sa pratique des affaires contentieuses, une netteté de langage et une fermeté de décision qui le firent apprécier dans l’exercice de ses fonctions administratives. Il était très estimé comme adjoint au maire du XIIIe arr. »

Portrait assez différent, à vrai dire, de celui, de la même époque, tracé par Delion, op. cit. : « Il parlait avec une grande rapidité, sautillant dans la tribune, éclatant tout à coup, se démenant comme un moulin à vent, accompagnant de gestes chacune de ses paroles, coupant l’espace horizontalement ou verticalement selon qu’il demandait une mesure radicale ou qu’il parlait d’égaliser, frappant du poing sur la balustrade, le tout avec un tel entrain, une telle vivacité comique, que l’auditoire, empoigné par cette exubérante animation, riait, gesticulait aussi et finalement écoutait avec sympathie ».

Il ne rentra en France qu’après l’amnistie et s’installa en Lot-et-Garonne, à Marmande, qui allait devenir un foyer socialiste actif dans le Sud-Ouest aquitain. Candidat socialiste aux élections législatives de 1893, sans être inscrit à aucun parti, il obtint 4 931 voix au premier tour et se retira au second. Les guesdistes toulousains le considéraient comme très proche d’eux : il leur promit en 1896 d’aller faire dans la ville rose des conférences collectivistes. En 1898, il accrut sensiblement son audience : après avoir recueilli au premier tour 6 164 suffrages, il fut élu au second avec 9 647 voix : une majorité de 79 !

Battu en 1902, Léo Melliet se présenta en 1906 à une élection sénatoriale complémentaire et il obtint 38 voix. Il n’avait pas adhéré à la SFIO. Lorsqu’il mourut, il était directeur de l’asile d’aliénés de Cadillac, près de Bordeaux.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75978, notice MEILLIET Léo [MEILLIET Léon, Nicolas, Cécile, François, Anne, Célestine, dit MELLIET Léo et MELLIET Léon ou Léo MEILLET], version mise en ligne le 18 janvier 2010, dernière modification le 18 septembre 2019.
Léo Melliet en 1898.

ŒUVRE : L’Impôt sur le revenu en Angleterre, 1898, 32 p.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/862, n° 5167. — Arch. Min. Guerre, 6e conseil. — Arch. PPo., E a/103-5. — Arch. Ass. Nat., dossier Melliet. — Arch. Dép. Lot-et-Garonne, M, dossier « élections ». — JO Commune, op. cit., 8 mai 1871. — Registres des actes de l’État Civil de Lévignac-de-Guyenne et de Cadillac-sur-Garonne. — M. Vuillaume, Mes Cahiers rouges, op. cit., pp. 90-91 et 92-97. — E. Lepelletier, Histoire de la Commune, op. cit., t. I, pp. 520-523. — P. V. Commune, op. cit. — P. Delion, Les Membres de la Commune, op. cit. — Le Progrès socialiste, journal de l’Agglomération POF de Toulouse, oct. 1896-mai 1897.

ICONOGRAPHIE : Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de 1871, op. cit., p. 238.

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