RABATÉ Octave, Clément, Servais. Pseudonymes : AUSTINE, DELVAL, EDUARDO, MARIO, MAURICE, MAYER Edwin

Par Michel Dreyfus, Claude Pennetier

Né le 13 mai 1899 à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), mort le 8 juillet 1964 à Suresnes (Seine) ; membre de la commission exécutive de la CGTU (1923-1927) ; membre du comité central du PC (1925-1927) ; secrétaire du Mouvement Amsterdam-Pleyel (1935-1937) ; envoyé de l’Internationale syndicale rouge en Amérique Latine et de l’IC en Espagne (1930-1932) ; déporté ; directeur de publication de l’Humanité en 1957.

Fils de Jean Clément Rabaté, valet de chambre, et de Octavie Gasnot, femme de chambre, Octave Rabaté, ajusteur en 1915, syndiqué en 1917, fut d’abord influencé par l’anarcho-syndicalisme, adhéra ensuite aux Jeunesses socialistes puis rejoignit le Parti communiste à sa fondation et se rangea à son aile gauche.

Durant son service militaire (mars 1920-février 1922), il fut en relation avec le « service spécial » auquel il fournit des renseignements techniques militaires. Devenu responsable à la Fédération des métaux, il cessa cette activité, tout en conservant des liens jusqu’à son départ forcé de France, à la suite de poursuite judiciaires. Libéré, il accéda au secrétariat national des Jeunesses communistes puis fut chargé des luttes économiques au cours du congrès national de Lyon (mai 1923). En juillet 1923, il devint secrétaire à la propagande à la Fédération des métaux.

Durant l’été 1923, il assista au congrès des syndicats soviétiques à Moscou.

Lors du 2e congrès de la CGTU (Bourges, 1923), il fut élu à la commission exécutive (CE) et à lacommission de la presse. Également élu à la CE de la Fédération des métaux de 1923 à 1927, il ne participa pas aux congrès de la CGTU en 1929 et 1931 mais réapparut lors de son 6e congrès (Paris, septembre 1933) comme délégué de la Fédérationdu bâtiment. À nouveau délégué des Métaux au dernier congrès confédéral (1935), il assista au congrès d’unification (Toulouse, mars 1936).

À partir de 1923, Rabaté semble avoir hésité entre responsabilités syndicales et politiques ; en janvier 1925, il fut élu titulaire au comité central lors du congrès du PC à Clichy, réélu au congrès suivant ainsi qu’à la commission syndicale.

Délégué au 5e plénum de l’IC en mars 1925, il entra au CC du Secours rouge international en mai. Il observa une attitude réservée dans la campagne contre l’Opposition en URSS, ce qu’il expliqua ultérieurement par l’emprisonnement où il se trouvait durant ces débats.

Le 11 septembre 1925, il fut condamné à quatre mois de prison et 500 F d’amende, pour « provocation de militaires à la désobéissance », en raison de son militantisme contre la guerre du Rif ; à nouveau condamné en novembre 1926, il fut incarcéré à la Santé. Courant 1927, Rabaté fut, au sein du PC, le porte-parole du « groupe Cremet* », opposé à la ligne du bureau politique, et qui cessa d’exister en novembre 1927 après l’élimination d’Albert Treint*.

Représentant la CGTU auprès de l’ISR, il présenta au nom de cette dernière, lors du 4e congrès de la CGTU (Bordeaux, 1927) un rapport sur le syndicalisme à bases multiples qui fut longuement discuté et qui donna à ce congrès son originalité. Cité en 1927 dans l’affaire d’espionnage dite « Berstein-Grodnincki », il fut à nouveau soupçonné en janvier 1928 dans l’affaire dite « d’espionnage de Versailles ». Poursuivi, Rabaté passa dans la clandestinité le 15 janvier 1928 et arriva à Moscou après un périple par plusieurs pays européens. Il assista au 9e plénum de l’Exécutif élargi de l’IC en février puis travailla à l’ISR. Il y représenta la CGTU lors de son IVe congrès (17 mars-3 avril 1928) à l’issue duquel il entra à son Conseil central.

Puis il fut envoyé en Amérique latine pour préparer le congrès d’unification syndicale qui eut lieu du 18 au 25 mai 1929 à Montevideo (Uruguay) ; il y intervint sous le pseudonyme de Mayer. Il y retrouva le responsable de la section de l’Amérique latine de l’IC, Jules Humbert-Droz*. Ayant appris l’espagnol, il accomplit plusieurs missions à travers le continent latino-américain : en Colombie où il représenta l’ISR lors de la grève des ouvriers bananiers, en Équateur, au Pérou et en Argentine. Revenu en novembre 1929 à Moscou, il participa aux travaux du plénum de l’ISR. De février à juillet 1930, il se rendit en Espagne et au Portugal. Au 5e congrès de l’ISR (août 1930), la délégation française prit prétexte de son éloignement de France pour refuser de le représenter au Conseil central ; sa candidature fut finalement proposée au nom des syndicats soviétiques de la Métallurgie et acceptée. Il rapporta également lors de la 5e conférence des métallurgistes révolutionnaires sur les questions de la lutte contre la guerre mais, en raison de l’opposition de René Arrachard* et de Gaston Monmousseau*, il ne fut pas élu au secrétariat de la commission internationale des métallurgistes. Monmousseau* tenta également de le faire exclure du Conseil central de l’ISR.

De décembre 1930 à septembre 1931, Rabaté accomplit un second séjour en Espagne comme délégué de l’ISR. Humbert-Droz, autre délégué de l’ISR, alors en disgrâce, fut placé par Moscou sous son contrôle. Les deux hommes ne s’entendirent pas et Humbert-Droz devait faire une description sévère de Rabaté dans ses correspondances. Durant un troisième séjour (novembre 1931 à septembre 1932), Rabaté s’installa à Barcelone en compagnie de Maria Rabate et aida à la fondation du journal Mundo obrero. De retour à Moscou, dans le contexte de l’élimination de la direction Barbé*-Celor*, Rabaté fit un rapport « assez accablant pour la direction sectaire, autoritaire, du Parti espagnol », celle de Trilla et de Bullejos. Maria Rabate et O. Rabaté demandèrent alors d’être affecté à des fonctions en France, ce qu’ils obtinrent, lors du 12e plénum de l’IC (août-septembre 1932).

Revenu en France fin 1932, Rabaté devint, en 1933, secrétaire de la 13e Union régionale CGTU (Gironde, Lot-et-Garonne et Gers). Parti enquêter en Espagne sur le sort des prisonniers politiques, quelques jours après l’échec de l’insurrection des Asturies (6-18 octobre 1934), il fut arrêté le 26 octobre en compagnie de Thaddée Oppman. Libérés le 26 décembre, tous deux furent aussitôt expulsés.

De février 1935 à juin 1937, Rabaté fut secrétaire du Mouvement Amsterdam-Pleyel. En janvier 1937, il appartenait à sa « fraction permanente » communiste que Bohumil Smeral*, remplaçant de Münzenberg pour l’IC depuis décembre 1936, réunissait de façon régulière. Depuis 1936, Rabaté faisait également partie du secrétariat administratif du Comité national du Front populaire et de juin 1937 à 1939, il fut instructeur du PC dans l’Est et le Centre-Est de la France.

Rabaté soutint le Pacte germano-soviétique. Mobilisé, démobilisé, il devint le responsable politique des régions de Charente et de Loire-Inférieure du PC clandestin.

Arrêté par la police française le 28 mars 1942 à Saintes (Charente-Inférieure), au domicile d’Émile Lemasson, sous le nom de Jean-Louis Deschamps, il se comporta en habile kominternien. Ses faux papiers ne faisant pas illusion, il donna son identité et ses responsabilités (sauf ses séjours en URSS), « reconnu qu’il venait ici chercher mensuellement cinq cents francs, représentant les cotisations de 165 communistes collectées par Lemasson ». Il donna l’heure du rendez-vous (10 h rue de Rennes, entre le boulevard Montparnasse et le boulevard Raspail) qu’il avait le lendemain à Paris avec « Pierre » dont il donna la description. En fait, il s’agissait d’une astuce pour permettre à la direction du Parti communiste de comprendre qu’il était arrêté. En prison, il prit en main la discipline des détenus, isolant ceux qui avaient faibli. Transféré à Paris, il fut incarcéré à la prison du Cherche-Midi, puis au fort de Romainville. Torturé, condamné à mort, il échappa à l’exécution et fut déporté en avril 1943 à Mauthausen.

Libéré le 23 avril 1945, il fut ensuite chargé de la rubrique « Vie sociale » à l’Humanité dont il devint en 1957 le directeur de publication.

Il se maria le 23 novembre 1953 à Paris (XIVe arr.) avec Maria Anne Bernuchon.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75965, notice RABATÉ Octave, Clément, Servais. Pseudonymes : AUSTINE, DELVAL, EDUARDO, MARIO, MAURICE, MAYER Edwin par Michel Dreyfus, Claude Pennetier, version mise en ligne le 2 juin 2014, dernière modification le 2 juin 2014.

Par Michel Dreyfus, Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, 495 270 8628. — Notice par J.-L. Panné et Cl. Pennetier, DBMOF, t. 39. — M. Dreyfus, « Le débat sur le syndicalisme à bases multiples… », op. cit. — A. Kriegel, S. Courtois, Eugen Fried…, op. cit. — P. Broué, Histoire de l’Internationale…, op. cit.. — État civil en ligne 3 E 280/204 Nogent-le-Rotrou.

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