ESQUIROS Alphonse [ESQUIROS Henri, François, Alphonse]

Né à Paris le 23 mai 1812, mort à Versailles le 10 mai 1876. Représentant montagnard en 1850-1851. Écrivain démocrate. Homme politique républicain de la Troisième République.

Il se fit d’abord connaître par un recueil de poésies Les Hirondelles, auquel Victor Hugo accorda ses louanges, en 1834. Puis vinrent des romans qui eurent des lecteurs : Les Magiciens (1837), Charlotte Corday (1840). Mais ce qui lui mérita en premier la célébrité dans l’extrême-gauche démocratique, ce fut L’Évangile du Peuple (1840), un in-18 de 353 pages d’un ton analogue à celui des Paroles d’un Croyant de Lamennais. L’Évangile du Peuple, révolutionnaire, valut à son auteur, le 30 janvier 1841, huit mois de prison et 500 F d’amende. Le public en fut informé par Les Chants d’un Prisonnier (1841). Esquiros lança alors son ouvrage qui demeura longtemps une sorte de chef-d’œuvre de la littérature démocratique avant de tomber dans un injuste oubli : son Histoire des Montagnards en deux in-8°, exaltant les Conventionnels et leur œuvre, appréciée par Michelet.

Esquiros était à Paris en 1848. Il tenta d’y faire vivre plusieurs journaux successivement ou conjointement : Le Peuple, (n° 1, Ier mars) ; La République des Arts (n° 1, 5 mars) ; La Tribune nationale (26 février-6 juin) ; L’Accusateur public (11-25 juin) auquel sa femme Adèle Esquiros, Feuillatre, Deflotte, Javelot, Fomberteaux et Petreman livrèrent des articles. Il sympathisait avec les insurgés de Juin, ce qui le conduisit à se rendre à Marseille.

À Marseille, en 1849, Esquiros faisait partie du cercle Marbeau et collaborait à La Voix du Peuple. Il publiait aussi, à Blois, une brochure intéressante : Le Droit au travail. De son organisation par la réforme des institutions de crédit, in-18, 40 pages. Son socialisme y était rapporté à l’inspiration de la Montagne « mystique » : « C’est dans son sein, écrivait-il, au milieu des éclairs et des tonnerres, que se sont révélés les oracles de l’esprit humain transfiguré. »

Le cercle Marbeau ayant été dissous le 12 janvier 1850, Esquiros accepta la candidature, le 10 mars, en Saône-et-Loire. Il fut élu à la Législative second sur six, avec 61 351 voix, sur 105 573 votants et 157 148 inscrits. Invalidé comme ses cinq collègues montagnards, il fut réélu comme eux le 28 avril par 73 060 voix, sur 120 162 votants et 154 015 inscrits.

Le 27 mai 1850, il écrivait à Barodet qui avait joué un grand rôle dans son élection : « Je garde un souvenir sympathique, éternel, des habitants de Cuisery. J’ai trouvé parmi eux cette fraternité du cœur qui est le signe des populations mûres pour le socialisme. » Il déposa sur le bureau de l’Assemblée des pétitions remises par Barodet et protestant contre la loi restrictive du suffrage universel du 31 mai 1850. Esquiros correspondait avec Blanqui, enfermé à Doullens.

Exilé par le coup d’État du 2 décembre 1851, il se rendit en Angleterre. Il y étudia le pays et ses habitants et publia à son retour, en 1859, et jusqu’en 1864, une série intitulée L’Angleterre et la vie anglaise.

Correspondant de Barodet durant de longues années, il lui arrivait de s’exprimer dans ses lettres sur les expériences socialistes, sur l’Icarie américaine des cabétistes ou sur le Texas des fouriéristes. Il disait, à la fin de 1852 : « L’établissement du Texas est un projet sérieux, mais la voie d’exécution est à peine ouverte, Cantagrel seul est parti. V. Considerant va le suivre, si j’ai bien compris leur manifeste et une lettre qu’ils ont écrite tout dernièrement ; cette première avant-garde va là-bas poser les premières bases de la colonie, préparer l’achat des terrains, la construction des établissements, le défrichement du sol... Cantagrel est d’ailleurs un de mes bons amis. » Dans une autre lettre, du 24 août 1853, il précisera : « ... Sans appartenir plus que vous à l’école phalanstérienne, je crois que leur système, modifié d’ailleurs par le temps, par l’examen de la pratique, peut devenir une des formes sérieuses de l’association. Je ne répugnerais point du tout à tenter avec eux l’essai d’une civilisation nouvelle, surtout si, comme je le pense, ils reconnaissent le droit de contrôle et se proposent de faire assez large la part de la liberté individuelle. »

Le 7 juin 1869, la quatrième circonscription de Marseille l’envoya siéger à l’extrême-gauche du Corps législatif.

La même année, sa collaboration était annoncée (le 2 août), au journal des coopérateurs La Réforme.

Ce fut lui qui, le 26 janvier 1870, s’éleva « au nom de l’ordre et de la paix publique contre toute intervention de l’élément militaire dans les questions du travail, en s’appuyant sur les formidables grèves, qu’il avait vues en Angleterre, sans un soldat, sans un policeman » (M. Dommanget, Blanqui et l’opposition..., p. 187). Plus tard, ce fut lui encore qui interrompit Émile Ollivier disant qu’il acceptait, « le cœur léger », la situation créée par la dépêche d’Ems. Esquiros répliqua : « Vous avez le cœur léger, et le sang va couler » (M. Dommanget, op. cit., p. 222). Il était connu alors comme un républicain avancé et socialisant, idéaliste, anticlérical, ayant horreur des bourgeois ambitieux qui utilisent le socialisme ; au demeurant, son allure était modeste, son visage doux et il était réputé pour son honnêteté scrupuleuse.

Il fut en conséquence administrateur supérieur des Bouches-du-Rhône après le 4 septembre 1870. Il montra de l’initiative et de l’énergie : il adressa au commerce un appel patriotique pour la création d’un comptoir d’escompte, à l’image de 1848 ; il suspendit par arrêté la publication de la légitimiste Gazette du Midi ; il prononça par arrêté la dissolution de la Compagnie de Jésus à Marseille ; il s’efforça de susciter une réaction patriotique et guerrière dans la région méditerranéenne sous le nom de « Ligue du Midi ». Il fut désavoué par Gambetta, donna sa démission, la reprit, et se déclara définitivement démissionnaire le 3 novembre 1870.

Le 8 février 1871, les Bouches-du-Rhône, par 46 986 voix sur 75 803 votants et 140 189 inscrits, l’envoyèrent, neuvième sur onze, à l’Assemblée nationale de Bordeaux. Il y vota contre la paix. Il fut l’un des cosignataires, le 20 avril 1871, du Manifeste de la Gauche qui fut affiché à Paris (voir E. Arago). À Versailles, il accepta l’amendement Wallon et la Constitution de 1875. Il venait d’être élu sénateur des Bouches-du-Rhône par 86 voix sur 171 votants, le 30 janvier 1876, quand il mourut. Son dernier acte politique avait été de signer la proposition d’amnistie de Victor Hugo.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75947, notice ESQUIROS Alphonse [ESQUIROS Henri, François, Alphonse], version mise en ligne le 18 janvier 2010, dernière modification le 21 octobre 2019.

ŒUVRE : Outre celles qui ont été citées dans le cours de la notice, signalons l’Histoire des Martyrs de la Liberté (1851, in-4°, 240 pages), Les Fastes populaires (1851-1853), des brochures dans la « Bibliothèque démocratique », après 1871, et Les Paysans (1875).

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE : Arch. Min. Guerre, B 1204. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M 6/29. — Encyclopédie des Bouches-du-Rhône.Procès de l’Évangile du peuple, Paris, 1841 — Robert, Bourloton et Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français. — A. Olivesi, La Commune de 1871 à Marseille, op. cit.

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