PINKUS Theo. Pseudonyme : THUR Paul (1937) (DBK)

Par Peter Huber

Né le 21 août 1909 à Zurich, décédé le 5 mai 1991 à Zurich ; adhérent aux JC en 1927 à Berlin, collaborateur de W. Münzenberg à Berlin (1930-1933) ; rédacteur à RUNA (1933-1938), l’agence de presse du Komintern à Zurich ; exclu du PCS en 1942, entré au PS exclu en 1950 ; adhérent au Parti du travail.

Né dans une famille juive de Breslau en Allemagne. Le père, actif dans le mouvement sioniste et président de ce groupe à Zurich, se fit naturaliser en 1911 et gagna sa vie comme journaliste, conseiller économique et banquier, tandis que la mère, actrice de formation, s’occupa d’abord des deux enfants, puis eut quelques engagements occasionnels comme actrice et travailla comme feuilletoniste. Élève dans un collège privé, Theo Pinkus fréquenta d’abord la mouvance Junge Schweiz — vaste rassemblement de groupes de jeunes guidés par un idéal humaniste — puis le groupe Freibund à tendance marxiste et socialiste mais ouvert aux idées communistes. C’est là qu’il écouta pour la première fois, en 1927, lors de la campagne pour Sacco et Vanzetti, des orateurs et intellectuels du PC, tels que Max Tobler et Fritz Brupbacher.

En automne 1927, son père fit faillite ; recherché par ses créanciers, il s’enfuit en Albanie, puis en Autriche, où il travailla pour l’organe communiste Rote Fahne. L’adolescent Pinkus, toujours à l’écoute des événements en Allemagne prit contact avec des maisons d’édition à Berlin en vue d’un engagement. Il abandonna le collège, s’installa à Berlin et y fit son apprentissage de libraire chez Ernst Rowohlt. Membre du Secours rouge dès son arrivée, Pinkus rejoignit la Jeunesse communiste en décembre 1927, et milita, à partir de 1929, dans la commission des employés de l’Opposition syndicale révolutionnaire dont il accéda à la direction nationale. Il quitta Rowohlt — éditeur plutôt « bourgeois » — début 1931, adhéra au Parti communiste allemand (PCA) et alla travailler au Internationaler Arbeiterverlag, entreprise du PCA dont les bureaux se trouvaient dans la légendaire « Karl-Liebknecht-Haus », la centrale du PCA. Il y rencontra W. Münzenberg qui le chargea de la publicité à la Arbeiter Illustrierte Zeitung. Entre-temps, son père, arrêté à Vienne et extradé vers la Suisse en 1929, purgeait une peine de cinq mois de prison ; il quitta la Suisse pour Berlin en 1931 et travailla comme expert économique à la représentation commerciale de l’URSS, faisant ménage commun avec son fils ; tous deux fuirent l’Allemagne en mars 1933.

À son retour à Zurich, et grâce aux contacts noués à Berlin, Theo Pinkus entra dans l’appareil du Komintern. Le démantèlement des droits démocratiques et la montée du fascisme en Allemagne en 1932, obligèrent le Komintern, dès automne 1932, à transférer l’essentiel de son appareil de presse de Berlin vers la Suisse, puis, à partir de 1935, vers la France et les pays scandinaves. Tandis que Internationale Presse Korrespondenz (Inprekorr), sous la nouvelle dénomination de Rundschau, prit son siège à Bâle, l’ancien Telegraphen Agentur Inprekorr de Berlin s’installa à Zurich et s’appela dorénavant RUNA ou Rundschau-Nachrichten-Agentur. Theo Pinkus fut engagé à Zurich, en été 1933, comme rédacteur à RUNA par l’Allemand Heinrich Kurella, son ami de Berlin. Celui-ci, chef de RUNA, était réfugié illégal en Suisse ; il en fut expulsé en septembre 1934, rappelé à Moscou et exécuté en 1937. Pinkus travailla comme adjoint de l’Autrichien Guido Zamis jusqu’en novembre 1936, date à laquelle celui-ci fut muté à Paris pour travailler à la branche française Agence France-Monde. Pinkus reprit sa place à la tête de RUNA et, par ses fonctions, dut retransmettre aux abonnés de RUNA et justifier, dans des assemblées publiques du Parti, toutes les calomnies provenant de Moscou. Ainsi, en 1937, il publia, sous le pseudonyme « Paul Thur », une série d’articles contre le journaliste Raoul Laszlo (« A. Rudolf ») qui avait fourni du matériel critique sur le régime de Staline à André Gide, lequel l’utilisa dans son livre Retour d’URSS. Lors de contrôles périodiques sur la « fiabilité » de l’appareil de presse du Komintern à l’étranger, Pinkus obtint, dans un premier temps, de bonnes notes : « Membre du PCS. Vérifié récemment et recommandé par le PCS. Membre du CC. Aucune indication négative. » En automne 1938, la section des cadres à Moscou dressa un tableau plus sombre, probablement basé sur un rapport de J. Humbert-Droz : « Journaliste. Chef de RUNA. Travailla au Parti allemand, dans l’appareil de Münzenberg, jusqu’à l’adhésion au PCS. Il en a hérité ses mauvaises méthodes de travail. Indiscipliné. Fut soumis à un contrôle par la section des cadres du PCS. » Quelques semaines plus tard, le secrétaire d’organisation du PCS, Karl Hofmaier, le congédia de RUNA et le chargea, pour quelques mois, et à temps partiel, de la propagande cinématographique. Toujours fidèle au Parti, surtout lors du Pacte Hitler-Staline , il gagna sa vie avec des petits travaux que des amis, souvent éloignés du mouvement ouvrier, lui procurèrent. Ainsi, en été 1939, il eut l’occasion de rédiger le journal officiel de l’Exposition nationale suisse, grande fête nationale qui établit et célébra une identité suisse face à la menace du IIIe Reich.

En 1940, peu avant l’interdiction du PCS, Pinkus, imaginatif depuis toujours, retourna à sa vieille passion, les livres. Son esprit d’entreprise aidant, il se recycla en ouvrant une librairie, spécialisée dans l’acquisition d’ouvrages épuisés qu’il dirigea pratiquement jusqu’à sa mort. Exclu du PCS illégal en 1943 pour « marginalisme », il entra au PSS qui l’exclut, à son tour, au début de la Guerre froide, pour communisme. Effectivement, en tant que membre du PS il avait des contacts avec des organisations communistes en Allemagne de l’Est et en Tchécoslovaquie et participa régulièrement à la Foire du livre de Leipzig. En 1950, le Parti du Travail, héritier du PCS et aligné depuis 1947/48 sur les positions de Moscou, l’accepta à bras ouverts. Lors de l’ » Hommage au camarade Staline », en 1953, Pinkus prononça un discours dans lequel il insistait sur « la dimension historique du projet socialiste ». Cette fine distinction n’empêcha pas qu’il symbolisa, à Zurich, le communisme téléguidé par Moscou, fait qu’il paya cher en 1956, après l’invasion de la Hongrie, lorsque la foule saccagea sa librairie.

Critique au sein du Parti à propos des régimes communistes, ouvert aux revendications des jeunes après 1968, il faillit être expulsé du PdT en 1969. Grâce à sa librairie et à aux idées novatrices d’autogestion et d’émancipation, il devint, dans l’après 68, un pôle d’attraction pour toute une frange de la Nouvelle gauche en Suisse. Ayant sillonné les démocraties populaires, Pinkus vint en Union soviétique pour la première fois en 1990 et fut le premier Suisse à visiter les archives du Komintern. Il put constater qu’aucun dossier personnel ne portait son nom. Il mourut subitement, à l’âge de quatre-vingt un ans, d’une embolie pulmonaire.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75937, notice PINKUS Theo. Pseudonyme : THUR Paul (1937) (DBK) par Peter Huber, version mise en ligne le 17 janvier 2010, dernière modification le 23 août 2010.

Par Peter Huber

ŒUVRE : Th. Pinkus [Ps. Paul Thur], Aus der Hexenküche des Antibolschewismus, Basel, Verlag Freie Schweiz, 1937.

SOURCES : RGASPI, 495 12 140. — ARF, E 4320 (B) 1975/40, vol. 6 ; E 2001 (E) 1967/113, vol. 72 ; E 4320 (B) 1974/47, vol. 174. — Nachlass Th. Pinkus (Ar. 18), Studienbibliothek zur Geschichte der Arbeiterbewegung, Zurich. — R. M. Lüscher et W. Schweizer, Amalie und Theo Pinkus-De Sassi. Leben im Widerspruch, Zurich, Limmat-Verlag, 420 p. — Studienbibliothek zur Geschichte der Arbeiterbewegung (Ed.), Erinnern und ermutigen.Hommage für Theo Pinkus 1909-1991, Zurich, Rotpunktverlag, 1992, 187 p. — B. Studer, « Jules Humbert-Droz, die Moskauer Prozesse und die Kampagne gegen Gide », in : Kommunisten verfolgen Kommunisten. Stalinistischer Terror und « Säuberungen » in den kommunistischen Parteien Europas seit den dreissiger Jahren, sous la direction de Hermann Weber et al., Berlin 1993, p. 397-412.

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