PHILIPPE Pierre, Marie, Pseudonyme : DAMIEN A. (version DBK)

Par Claude Pennetier

Né le 16 avril 1899 à Bougival (Seine-et-Oise), mort le 14 février 1969 à Belmont (Ain) ; manœuvre ; militant communiste, responsable du travail antimilitariste et de la sécurité.

Fils d’un laboureur (puis terrassier) d’origine bretonne qui était illettré, Pierre Philippe écrivit en 1932 : « J’ai appartenu au patronage catholique de Bougival que j’ai laissé tomber à la déclaration de guerre de 1914. Mes parents, comme tous les Bretons, étaient très catholiques et le curé du patelin voulait faire de moi un apprenti curé. » Après son certificat d’études, Pierre Philippe travailla à l’usine à gaz de Nanterre. Après la guerre, il participa à la reconstruction des régions libérées puis, de retour dans la région parisienne, s’embaucha chez Citroën où il acquit la qualification de tourneur. Il adhéra au Parti communiste en juin 1924. Après avoir milité au 1er rayon de la Fédération de la Région parisienne, il fut affecté au 6e rayon et nommé secrétaire de la cellule de l’usine Thomson-Houston (XVe arr.) et devint membre du comité de rayon. Il abandonna alors ses activités professionnelles pour se consacrer entièrement, comme permanent, à ses responsabilités politiques puis syndicales. Au début de 1928, il collabora à la création du Groupe d’autodéfense de la Fédération de Paris, chargé de la protection des réunions et des dirigeants communistes. Ainsi, le 9 juin 1929, il aurait été garde du corps à la personne de Maurice Thorez* lorsque ce dernier fut arrêté au cours de la réunion illégale du comité central du Parti communiste au château d’Achères. Il fut passé à tabac par la police pour qu’il dise où étaient les dirigeants.

En juin 1928, Pierre Philippe avait été délégué au congrès international des correspondants ouvriers (les « rabcors ») tenu à Moscou comme délégué des ouvriers de Citroën, bien que n’appartenant plus à cet établissement. Dans la nuit du 23 au 24 mars 1929 un policier fut tué par le service d’ordre aux abords de la salle Reflut à Clichy où s’était tenue une conférence régionale du PCF. « Damien », responsable de la sécurité du Parti fut interpellé. Dans son autobiographie rédigée en 1933 il évoqua cet épisode en précisant que la police avait contrôlé son identité mais ne l’avait pas arrêté. Le 20 août 1929, il fut nommé secrétaire à l’action antimilitarisme de la Région parisienne, chargé de coordonner le travail des rayons. Il cumulait cette fonction avec celle de responsable de « l’autodéfense » et c’est lui qui dirigea l’attaque du Front rouge contre une réunion socialiste au gymnase Japy. L’échec de cette affaire lui fut imputé, et il fut relevé de ses responsabilités tout en gardant celles de l’action antimilitariste. Le 9 février 1930, il n’en fut pas moins désigné par la conférence du Parti communiste de la Région parisienne pour siéger au bureau fédéral. Enfin, il entra quelques semaines plus tard, en mars, à la commission exécutive de la Fédération nationale de la céramique, des industries chimiques et parties similaires affiliée à la CGTU après qu’en eurent été écartés ses dirigeants hostiles à la ligne confédérale qu’ils jugeaient trop inspirée par le Parti communiste.

À la suite de la publication d’un manifeste pour le 1er Mai par les membres du bureau de la Région parisienne du PC, Pierre Philippe fut poursuivi et gagna l’Union soviétique où il suivit pendant sixmois (juin-novembre 1930), en marge de l’École léniniste, les cours d’une école spéciale de formation à l’activité clandestine. On peut se demander s’il ne se confond pas avec Albert Duchesne auquel Albert Vassart*, dans ses mémoires, attribue la même formation. Le 30 juillet 1930, Pierre Philippe fut condamné à deux ans de prison et 3000 F d’amende par défaut pour provocation de militaires à la désobéissance. De retour en France en juin 1932, il fut chargé de la direction de l’action illégale sous le contrôle d’Albert Vassart* mais Fried* avait demandé à celui-ci de ne pas confier de responsabilités importantes à ceux qui avaient connu Pierre Celor* (Mémoires d’Albert Vassart*, manuscrit p. 344). C’était le cas de Philippe. Selon sa compagne Alice Duchêne (ils se marièrent en 1941), communiste depuis 1923, qui fut sténodactylo au siège du Parti communiste, tous deux partirent en Bretagne et en Touraine pendant environ une année, Philippe étant toujours un des responsables du « travail anti ».

Mobilisé en septembre 1939, démobilisé à Vichy après la débâcle, Philippe ne semble pas avoir fait partie du premier appareil clandestin qui réorganisa le Parti communiste. Il fut un temps au chômage, travailla au début de l’année 1942 à Ivry puis à Bourges. C’est après le passage de sa femme dans la clandestinité complète en 1942 qu’il se consacra à l’activité illégale à Paris jusqu’à la Libération. Par la suite il travailla au siège de l’Humanité (officiellement, il était concierge) et s’occupa des problèmes de sécurité jusqu’à son départ à la retraite en 1965.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75934, notice PHILIPPE Pierre, Marie, Pseudonyme : DAMIEN A. (version DBK) par Claude Pennetier, version mise en ligne le 17 janvier 2010, dernière modification le 27 novembre 2010.

Par Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 1376 autobiographies du 2 juin 1932 et 28 mars 1933. — Arch. PPo., 316. — Arch. J. Maitron (fiche Batal). — Notice par Jean Maitron et Claude Pennetier, DBMOF.

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