WILSON Havelock [WILSON Joseph Havelock]

Né le 16 août 1858 à Sunderland, Durham ; mort le 16 avril 1929 à Londres ; leader syndicaliste des gens de mer.

À sa naissance Joseph Wilson reçoit pour second prénon celui d’Havelock, général originaire de Durham devenu héros national par sa mort l’année précédente au cours de la révolte des Cipayes. Comme il perd son père dès l’âge de trois ans, c’est son grand-père maternel, un maître-menuisier, qui se charge de son éducation, tandis que sa mère tient un magasin de primeurs pour faire vivre ses sept enfants.

À neuf ans, Havelock est garçon livreur et quatre ans plus tard il entre en apprentissage chez un imprimeur. Mais au bout de quelques mois il s’enfuit sur un bateau. Il navigue pendant onze ans dans la marine marchande où il exerce divers métiers, dont celui de cuisinier. A vingt-quatre ans, il renonce à la marine (il s’était mariée en 1879) pour ouvrir un modeste restaurant. C’est alors qu’il se lance dans l’action syndicale et milite pour une Union nouvellement créée qui réunit marins et sapeurs-pompiers ; il en devient président en 1885 et l’année suivante il témoigne pour l’Union devant la Commission royale sur les accidents en mer. En 1887, Wilson, n’ayant pu convaincre ses camarades de suivre une ligne plus combative, se sépare de l’Union. Il fonde alors un autre syndicat dont il assume le secrétariat général, l’Union nationale des marins et sapeurs-pompiers de Grande-Bretagne et d’Irlande (National Amalgamated Sailors’ and Firemen’s Union of Great Britain and Ireland). La NASFU s’affilie au TUC et compte au bout d’un an 65 000 adhérents, car le recours à la grève, dans cette période de boom du commerce extérieur, s’avère payant. Si Wilson est incontestablement un organisateur dynamique, il fait preuve d’un tempérament despotique et procédurier et son incompétence est patente sur le plan financier. Dans les années 1890, il doit faire face à une vigoureuse contre-offensive patronale contre la NASFU. Au cours d’une grève des marins de Cardiff, en 1891, Wilson est accusé d’organiser des « réunions illégales et séditieuses » et condamné à six mois de prison. De nouvelles grèves se produisent mais elles échouent et en 1894 la NASFU décide de se saborder. Une autre Union la remplace qui n’a guère d’influence. Il faudra attendre les années du « grand malaise des travailleurs » en 1910-1914 pour que le syndicalisme des gens de mer retrouve une large audience.

C’est au cours des années 1890 que Wilson se lance dans la carrière parlementaire. Battu en 1890, il est élu comme député ouvrier indépendant de Middlesbrough en 1892. Mais il est trop lié au parti libéral dont il partage les options et avec lequel il s’identifie, pour soutenir le principe d’une représentation ouvrière indépendante au Parlement. En 1900, il perd son siège, mais le regagnera en 1906 contre le candidat ouvrier George Lansbury*. En 1910, il renonce à se présenter.

Lorsque éclate la Première Guerre mondiale, Wilson, patriote jusqu’au nationalisme, apporte un soutien sans restriction à l’effort de guerre. La campagne sous-marine allemande qui aboutit à couler de nombreux navires marchands britanniques renforce encore ses sentiments germanophobes. Très hostile aux pacifistes du Labour, il pousse son syndicat, en mai 1917, à refuser d’embarquer Ramsay MacDonald* et Fred Jowett* sur un bateau en partance pour la Russie.

À l’occasion d’une élection partielle à South Shields en 1918, Wilson retourne aux Communes et lors des élections législatives de décembre, il est réélu sous l’étiquette « libéral et partisan de Lloyd George ». Mais lorsqu’en 1922 il tente à nouveau sa chance comme « libéral national », c’est le candidat travailliste Will Lawther* qui l’emporte. Pendant les dix dernières années de sa vie, Wilson fait figure de renégat. Certes, il tient son union solidement en mains, mais il refuse de soutenir la grève générale de 1926. A cette occasion il se déclare même ouvertement favorable au gouvernement et prend des mesures contre les adhérents du syndicat qui se joignent à la grève. De même, lorsque George Spencer* se sépare de la MFGB pour fonder un syndicat dissident des mineurs, Wilson lui apporte un soutien financier. Il meurt à soixante et onze ans dans les locaux de son union. Ainsi s’achève une carrière originale et non conformiste.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75899, notice WILSON Havelock [WILSON Joseph Havelock], version mise en ligne le 11 janvier 2010, dernière modification le 11 janvier 2010.

ŒUVRE : My Stormy Voyage Through Life (Une existence tumultueuse), Londres, 1925.

BIBLIOGRAPHIE : B. Mogridge, « Militancy and Inter-Union Rivalries in British Shipping, 1911-1929 », International Review of Social History, vol. 6, 1961. — E. Taplin, Liverpool Dockers and Seamen 1870-1890, Hull, 1974. — Joyce Bellamy, John Saville (éd.), Dictionary of Labour Biography, t. IV.

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