TURNER Ben

Né le 25 août 1863 à Holmfirth, West Yorkshire ; mort le 30 septembre 1942 à Batley, West Yorkshire ; dirigeant syndicaliste.

Ben Turner est né dans une famille de tisseurs à bras de tradition « luddiste » puis chartiste (l’idole du père de Ben était Ernest Jones*). Après une scolarité rudimentaire, Ben commence à travailler dès qu’il a neuf ans. Quatre ans plus tard, ses parents déménagent pour s’établir dans la ville voisine d’Huddersfield, Yorkshire. Avec ses frères il fréquente alors la fameuse Sunday school de la libre pensée où viennent parler des libres penseurs de renom, notamment Charles Bradlaugh*, G.J. Holyoake* et Annie Besant*. A dix-neuf ans Turner adhère à l’« Association des tisserands » nouvellement créée, association qui deviendra en 1888 « Fédération des tisserands et des ouvriers du textile » (General Union of Weavers and Textile Workers). C’est alors que Turner se lie avec Allan Gee, leader du mouvement ouvrier d’Huddersfield ; cette amitié — interrompue seulement par la mort de Gee — est déterminante pour Turner qui va devenir un responsable du syndicat présidé par Gee. Lui-même en sera le président à partir de 1902 ; vingt ans plus tard, l’intégration de deux autres unions au syndicat entraîne la constitution de l’« Union nationale des ouvriers du textile » (National Union of Textile Workers) que Turner présidera jusqu’en 1933. A partir de 1917 et jusqu’en 1929, il occupe le siège présidentiel de l’« Association nationale des syndicats des métiers textiles » (National Association of Unions in the Textile Trades).

Ce pionnier du trade-unionisme s’intéresse aussi à la politique. Comme la plupart de ses contemporains aux opinions « avancées », Turner fait siennes les idées radicales, qu’il combine étrangement avec une série de banalités. Aux alentours de 1880 s’opère le réveil socialiste et Turner participe avec beaucoup d’autres à ce renouveau. En 1886 il adhère à la Social Democratic Federation créée deux ans plus tôt, et en 1888, il entre à la Société fabienne. On peut s’étonner au premier abord de voir un socialiste de gauche rejoindre la Fabian Society ; de fait, à la fin des années 1880 et au début de la décennie suivante, de multiples sections fabiennes locales s’ouvrent dans le nord de l’Angleterre et la plupart des adhérents s’inscrivent à l’Independent Labour Party dès sa fondation en 1893. Turner, quant à lui, est un co-fondateur de l’ILP, ce qui ne l’empêche pas de demeurer sa vie durant un socialiste modéré. Dans ses « Souvenirs », il se dépeint comme un « pacifiste à tout crin » alors qu’en fait il s’est borné à voter au Parlement contre les dépenses militaires dans les années 1920 et que, pendant la Première Guerre mondiale, il n’a pas pris position publiquement.

Il a toujours été très actif sur le plan de la politique locale et pendant plus de quarante-huit ans il a été conseiller municipal de Batley, échevin et quatre fois maire de la ville. Par contre il essuie plusieurs échecs avant d’entrer à la Chambre des Communes en 1922, comme député de Batley et Morley ; il perd son siège deux ans plus tard et le regagne aux élections législatives de 1929 qui enregistrent la remontée du parti travailliste ; mais il subit une sévère défaite lors de la débâcle travailliste de 1931.

Toutefois aux yeux de Turner, la carrière parlementaire passe après l’action syndicale. Il fait partie de la première délégation officielle du parti et du TUC en URSS en 1920. Il entre pour sept ans au conseil général du TUC en 1921 et assume la présidence en 1928. C’est au cours de cette année-là qu’il conduit (pour le TUC) avec sir Alfred Mond (pour les patrons) des conversations sur les moyens de remédier au « malaise industriel » et d’éviter des conflits tels que la grève générale de 1926, grâce à une concertation entre partenaires sociaux et à une collaboration syndicat-patronat. Ces « conversations Mond-Turner », dénoncées par l’aile gauche du Labour, donnent lieu à la vive campagne contre le réformisme des dirigeants syndicaux de la part de Cook* et Maxton*.

Éloigné de Westminster à partir de 1931, Turner consacre ses énergies à la « Fédération internationale des ouvriers du textile » qu’il avait précédemment aidé à fonder, et il ne joue qu’un rôle effacé dans les événements de politique intérieure des années 1930.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75868, notice TURNER Ben, version mise en ligne le 11 janvier 2010, dernière modification le 11 janvier 2010.

ŒUVRE : A Short Account of the Rise and Progress of the Heavy Woollen District Branch of the General Union of Textile Workers (Rapport sur le développement et le progrès de la section « haute laine » de l’« Union générale des ouvriers du textile »), Leeds, 1917. — About Myself (Souvenirs), Londres, 1931.

BIBLIOGRAPHIE : G.D.H. Cole, History ofthe Labour Partyfrom 1914, Londres, 1948. — H. Pelling, The Origins of the Labour Party, Oxford, 1965. — G.W. McDonald et H.F. Gospel, « The Mond-Turner Talks 1927-1933 : A Study in Industrial Co-operation », Historical Journal, vol. 16 (1973). — Dictionary of National Biography, 1941-1950.

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