RUSSELL Bertrand Arthur William

Né le 18 mai 1872 à Trelleck, Monmouthshire ; mort le 3 février 1970 à Plas Penrhyn, Penrhyndeudraeth, Merionethshire (aujourd’hui Gwynedd) ; philosophe et mathématicien socialiste et pacifiste.

Issu de la grande aristocratie whig (son grand-père, Lord John Russel, après avoir été l’un des principaux artisans de la réforme électorale de 1832, avait été Premier ministre de 1846 à 1852 et de 1865 à 1866 et son père, Lord Amberley, un homme aux idées avancées, avait choisi comme parrain de l’enfant John Stuart Mill*). Bertrand Russell se retrouve orphelin à l’âge de quatre ans et il est élevé à la fois par sa grand-mère, une femme au puritanisme très strict, et par des nurses et des précepteurs, comme cela arrivait fréquemment dans la haute société. Le jeune Bertrand est ensuite envoyé à l’Université de Cambridge où il étudie les mathématiques et la philosophie. Ses capacités intellectuelles exceptionnelles lui valent, après son diplôme, un poste defellow à Trinity College, l’un des collèges les plus réputés de l’Université. Il commence alors à écrire. Au cours d’un séjour à Berlin, il s’intéresse à la social-démocratie allemande et assiste aux réunions du parti (il consacra à celui-ci en 1896 un livre intitulé German Social Democracy). Il compose ensuite plusieurs traités de mathématiques, en particulier les Principia Mathematica (1910-1913), écrits en collaboration avec A.N. Whitehead, qui révolutionnent la pensée mathématique.

En 1907, Russell s’était présenté à une élection partielle à Wimbledon, comme champion du droit de vote des femmes. Toutefois, c’est au cours de la Première Guerre mondiale qu’il entre vraiment dans l’arène politique. Pour avoir publié un pamphlet antimilitariste, il est condamné en 1916 à une amende et contraint à renoncer à son enseignement à Trinity College. En février 1918, un autre article contre la guerre lui vaut six mois d’incarcération dans la prison de Brixton, séjour qu’il met à profit pour écrire un ouvrage sur la philosophie des mathématiques. Sans être pour le moins du monde un adepte du pacifisme révolutionnaire, Bertrand Russell considère la guerre comme absurde et injuste : d’où son opposition au carnage.

Au cours des années 1920, il effectue de nombreux voyages. En URSS il rencontre Lénine, mais à la différence de la plupart des intellectuels de gauche de son temps, il critique radicalement le régime soviétique qui heurte ses convictions libertaires. Sur le plan politique, il se présente aux élections législatives de 1922 et de 1923 dans le quartier londonien de Chelsea, mais il échoue à chaque fois et du coup il ne se représentera plus au Parlement. Sur le plan de la philosophie morale, Russell soutient des opinions avancées et ses livres sur le mariage, l’éthique et le bonheur connaissent un grand succès.

À cinquante-neuf ans, à la mort de son frère aîné, Bertrand Russell hérite du titre de comte. En 1939, il émigré aux États-Unis mais revient en Grande-Bretagne au bout de quelques années ; il y reçoit l’ordre du mérite en 1949 et en 1950 il se voit décerner le prix Nobel de littérature.

Jusqu’à la fin de ses jours Bertrand Russell demeure un non-conformiste dont les positions sont peu appréciées dans son milieu. Il s’engage à fond dans la campagne pour le désarmement nucléaire (Campaign for Nuclear Disarmament) dont il devient une des figures de proue. En 1960 (il avait alors quatre-vingt-neuf ans) il compte parmi les fondateurs du Comité des cent, groupe pacifiste allant jusqu’à la désobéissance civile. Accusé en septembre 1961 de porter atteinte à la paix civile et refusant de demeurer à la disposition de la justice, il retourne à la prison de Brixton pendant une semaine. Deux ans plus tard, il quitte le Comité des cent pour fonder une organisation qui porte son nom, la Bertrand Russell Peace Foundation, et qui, au nom de la paix mondiale, prend position pour une série de causes avancées et dénonce vigoureusement la guerre du Vietnam. En 1965, en signe de protestation contre cette guerre, Bertrand Russell déchire sa carte de membre du parti travailliste. Désormais il ne quitte plus guère sa résidence galloise et la direction de la Fondation pour la paix semble lui échapper pour passer entre les mains d’autres animateurs.

A sa mort, à l’âge de quatre-vingt-dix-huit ans, Bertrand Russell — conformément à sa volonté — est incinéré sans cérémonie. Il s’était marié quatre fois et dans son autobiographie — trois volumes attachants par leur sincérité et leur franchise — il évoque aussi bien sa vie privée que sa vie publique.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75790, notice RUSSELL Bertrand Arthur William, version mise en ligne le 7 janvier 2010, dernière modification le 7 janvier 2010.

ŒUVRE : L’œuvre de Bertrand Russell est considérable et porte sur des domaines très divers, allant des sciences exactes aux sciences humaines. Ses archives — environ 250 000 documents — ont été vendues à l’Université de McMaster pour subventionner ses activités politiques ; de nombreuses traductions existent en français.

BIBLIOGRAPHIE : R. Crawshay-Williams, Russell Remembered, Londres, 1975. — R.W. Clark, The Life of Bertrand Russell, Londres, 1975. — J. Vellacott, Bertrand Russe ! and the Pacifists in the First World War, Brighton, 1980. — Dictionary of National Biography, 1961-1970. — Who Was Who, 1961-1970.

Version imprimable Signaler un complément