POLLITT Harry

Né le 22 novembre 1890 à Droylsden. Lancashire ; mort le 27 juin 1960 à bord du navire Orion entre l’Australie et l’Angleterre ; dirigeant communiste.

Fils d’un chaudronnier, Harry Pollitt commence à travailler à douze ans dans une filature de coton, puis à quinze ans, il entame un apprentissage de chaudronnier. Très tôt, il se lance dans l’action politique, adhère à l’Independent Labour Party en 1909 et suit des cours du soir pour compléter sa formation en économie politique et en histoire du travail. Durant la guerre de 1914, il se range dans le camp pacifiste et anti-impérialiste et manifeste son opposition à l’effort de guerre à Southampton et dans les autres villes où il travaille. En 1918, il s’installe à Londres et en janvier 1919, il est élu secrétaire du district de Londres de l’Union des chaudronniers (Boilermakers’ Society). La même année, en septembre, il devient responsable national du mouvement Hands off Russia en faveur de la jeune république soviétique, et c’est au nom de cette organisation qu’il encourage les dockers et les chargeurs de charbon à faire la grève, en mai 1920, pour empêcher le cargo Jolly George de partir livrer des armes à la Pologne.

Pollitt fait partie en 1920 des fondateurs du parti communiste britannique (Communist Party of Great Britain, CPGB) et en 1922 il constitue avec Palme Dutt* et Harry Inkpin* le triumvirat chargé de la réorganisation du parti ; lors du congrès de Battersea, la même année, il entre avec Dutt au Comité central. Il s’impose déjà comme un des leaders du CPGB. Orateur convaincant, il allie à ses capacités d’entraîneur un remarquable savoir-faire administratif. En août 1924, naît le mouvement National Minority Movement, organisation dont l’objectif est de coordonner tous les éléments de gauche, à commencer par les communistes, à l’intérieur des trade-unions ; Pollitt est choisi comme secrétaire général de l’organisation qui va se maintenir pendant une dizaine d’années.

En octobre 1925, douze dirigeants communistes sont arrêtés et jugés pour sédition en vertu de la loi sur les mutineries (Mutiny Act) ; cinq d’entre eux, dont Pollitt, sont condamnés à douze mois de prison et les sept autres à six mois. Pollitt se trouve donc sous les verrous pendant la grève générale de 1926 et ce n’est sans doute pas le fait du hasard : il est probable, en effet, que le gouvernement conservateur a préféré écarter les leaders communistes en cette période d’agitation ouvrière. De fait, tout au long de l’année 1926 les effectifs du parti communiste augmentent, comme d’ailleurs ceux des autres mouvements de gauche, mais le phénomène est sans lendemain.

Dans les années qui suivent, le Parti communiste est secoué par de violents conflits internationaux. Alors que jusque-là il avait appliqué scrupuleusement la ligne fixée par Lénine en 1920 (pour Lénine les masses britanniques n’avaient une chance de se détacher du Labour qu’après avoir fait une expérience de gouvernement travailliste, et dans ces conditions la tactique du CPGB devait être non de critiquer à tout bout de champ le Labour, mais de favoriser son accession au pouvoir), au contraire, à partir de 1926, tout un courant dans le parti se met à contester cette analyse et à préconiser le harcèlement continu du parti travailliste, puisque celui-ci apparaît comme l’obstacle majeur au ralliement de la classe ouvrière à une politique révolutionnaire. Cette stratégie, dont Pollitt, Dutt et R.P. Arnot* se font les tenants correspond exactement à celle de l’Internationale communiste qui élabore au même moment la théorie du « social-fascisme ». Comme les partisans de l’ancienne ligne ont la majorité au Comité central, le débat est porté devant le IXe plénum de l’Internationale communiste en février 1928. Au cours de l’été, le VIe congrès de l’Internationale confirme le tournant pris en faisant de la théorie du « social-fascisme » la doctrine officielle du mouvement communiste international. En Grande-Bretagne, il faut deux congrès successifs pour faire imposer la nouvelle ligne « classe contre classe » et surmonter les divergences internes. Soutenus par le Comintern, les minoritaires l’emportent, Pollitt devient secrétaire général et les anciens dirigeants majoritaires sont ou bien renvoyés dans le rang ou bien contraints de se rallier publiquement à la nouvelle ligne. Celle-ci, du reste, s’avère très vite désastreuse : non seulement le chiffre des adhérents du parti tombe à moins de trois mille, mais le sectarisme qui accompagne le mot d’ordre de « social-fascisme » coupe complètement le parti du mouvement ouvrier. Corrélativement l’influence communiste dans les syndicats diminue et le CPGB se retrouve au plus bas. Le seul acquis, c’est la création d’un quotidien, le Daily Worker, le 1er janvier 1930. Il faut attendre l’arrivée de Hitler au pouvoir en 1933 pour que s’esquisse une politique plus réaliste, mais le renversement complet de la stratégie communiste n’est opéré qu’après le VIIe congrès de l’Internationale en 1935. La nouvelle ligne — celle du front uni contre le fascisme —, beaucoup mieux adaptée à l’Angleterre et à la conjoncture, permet à Pollitt de mieux donner sa mesure. C’est la phase la plus faste de sa carrière, durant laquelle il joue un rôle déterminant dans la campagne pour l’unité d’action (Unity Campaign), et met celle-ci en pratique en coopérant avec Stafford Cripps* et Aneurin Bevan*, en participant au Left Book Club, et en contribuant intensément au mouvement d’aide aux républicains espagnols. Par ailleurs l’activité déployée par les communistes dans les « marches de la faim », leurs efforts pour barrer la route à Mosley* et aux fascistes anglais, élargissent l’audience du CPGB dont les effectifs remontent et qui, pour la première fois, réussit à s’implanter dans la jeunesse universitaire.

Cependant, en septembre 1939, l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne suscite une nouvelle crise au sein du parti. Dans un premier temps, Pollitt avait continué de soutenir la ligne antifasciste qui avait prévalu jusqu’au Pacte germano-soviétique. C’est ainsi que quelques jours après le début des hostilités il publie une brochure intitulée « Comment gagner la guerre » (How to Win the War), où il développe l’idée que la lutte armée des Alliés contre l’Allemagne hitlérienne s’inscrit dans le cadre de la lutte antifasciste. Mais comme l’Internationale décrète qu’il s’agit d’une « guerre impérialiste », les vues exprimées par Pollitt sont condamnées et le parti doit s’aligner sur la position de Moscou. En conséquence, Pollitt et J.R. Campbell sont rétrogrades à des postes subalternes et c’est seulement après l’entrée en guerre de l’URSS en juin 1941 que Pollitt se verra rétabli dans ses fonctions de secrétaire général. De 1941 à 1945, les effectifs du parti remontent de nouveau et son influence grandit.

Mais à partir de 1946-1947, le parti communiste commence à enregistrer un déclin, dû en partie à la guerre froide. Pour sa part, Pollitt ne retrouvera jamais l’audience qu’il s’était acquise dans les milieux socialistes à l’extérieur comme à l’intérieur du parti, de 1935 à 1945. Il fait de plus en plus figure d’homme d’appareil, incapable de faire face aux problèmes majeurs des années 1950 : le développement de la société d’abondance (ce qu’on a appelé « capitalisme du bien-être ») et la déstalinisation en 1956. Cette même année, Pollitt démissionne de son poste de secrétaire général où il est remplacé par Gollan*. A la fin de 1957, il se rend une dernière fois en URSS. Atteint d’une légère attaque en 1958, Pollitt meurt deux ans plus tard à l’âge de soixante-dix ans.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75775, notice POLLITT Harry, version mise en ligne le 7 janvier 2010, dernière modification le 7 janvier 2010.
Harry Pollitt et Dimitrov au 7e congrès de l’IC (1935).
Harry Pollitt et Dimitrov au 7e congrès de l’IC (1935).

ŒUVRE : Innombrables articles et brochures communistes. — Serving My Time (Autobiographie), Londres, 1940.

BIBLIOGRAPHIE : W. Hannington, Unemployed Struggles, Londres, 1936. — L.J. Macfarlane, The British Communist Party : Its Origin and Development until 1929, Londres, 1966. — R. Martin, Communism and the British Trade Unions : A Study of the National Minority Movement, Oxford, 1969. — J. Mahon, Harry Pollitt : a biography, Londres, 1976. — B. Pimlott, Labour and the Left in the 1930s, Cambridge, 1977. — J. Jupp, The Radical Left in Britain, 1931-1941, Londres, 1982. — Dictionary of National Biography, 1951-1960. — http://www.marxists.org./archive/pollitt/index.htm.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément