PICKARD Benjamin

Né le 26 février 1842 à Kippax, près de Pontefract, West Riding, Yorkshire ; mort le 3 février 1904 a Londres ; dirigeant mineur.

Fils de mineur, « Ben » Pickard quitte à douze ans l’école communale pour entrer à la mine. Très vite, il s’engage dans le syndicat des mineurs et à dix-huit ans, il est élu secrétaire de section. A trente et un ans, Pickard devient secrétaire adjoint de l’Association des mineurs de l’Ouest-Yorkshire et trois ans plus tard, en 1876, à la mort de John Dixon*, c’est lui qui lui succède au poste de secrétaire. A cette époque, sa réputation est déjà établie dans les charbonnages car il assure la vice-présidence de l’Union nationale des Mineurs (Miners’ National Union). En 1881, il est le principal architecte de la Fédération des mineurs du Yorkshire ; huit ans plus tard, ses efforts d’unification aboutissent à la création, en novembre 1889, de la Fédération des Mineurs de Grande-Bretagne (Miners’ Federation of Great Britain, MFGB), première organisation effective, au plan national, des travailleurs du sous-sol. En effet, alors que depuis 1873-1874, la baisse du prix du charbon avait entraîné une chute des effectifs syndicaux, la reprise économique, qui commence en 1888 et qui se traduit par une remontée du prix du charbon, offre un contexte favorable aux revendications de salaire. Aussi cette année-là les charbonnages sont-ils le théâtre de nombreux mouvements, ainsi que de grèves. Des rencontres intersyndicales naît la conviction que seule l’unité permettrait de faire aboutir ces revendications, ce qui conduit à la création de la MFGB, organisation dominée par la personnalité de Pickard. Élu aussitôt président, Pickard conservera ce poste jusqu’à sa mort. Parmi les autres dirigeants de la Fédération l’on doit citer Sam Woods, le vice-président, Enoch Edwards*, le trésorier qui, en 1904 succédera à Ben Pickard à la présidence et Thomas Ashton*, le secrétaire.

Le problème majeur qui se pose à la jeune MFGB, c’est celui de la journée de huit heures qui fait déjà l’objet d’innombrables discussions au sein du mouvement ouvrier. Au congrès annuel du TUC en 1887, Keir Hardie* avait violemment attaqué Henry Broadhurst* pour son obstruction à la revendication des huit heures. Mais Keir Hardie s’était heurté aux résistances des dirigeants syndicalistes imbus de l’esprit Lib-Lab et hostiles au principe de l’intervention de l’État. Les mineurs, quant à eux, avaient une position ambiguë, dans la mesure où ils étaient tiraillés entre leurs positions libérales et leur volonté d’obtenir pour eux-mêmes la journée de huit heures.

Sur le plan international, Ben Pickard intervient activement pour favoriser la naissance d’une fédération internationale des mineurs. Une première rencontre réunissant les mineurs d’Europe occidentale a lieu à Joli-mont, en Belgique, en mai 1890, mais la délégation britannique, qui comprend entre autres Pickard, Thomas Burt* et Keir Hardie, est divisée entre les adhérents de la MFGB et ceux de l’Union du Durham et du Northumberland (qui ne sont pas affiliés à la MFGB) ; aussi est-il décidé que Pickard et Burt présideraient à tour de rôle. Lors de la discussion sur la journée de huit heures, Burt et ses partisans sont mis en minorité. D’autres rencontres internationales suivent où Pickard continue de jouer un rôle déterminant : à Paris, en mars 1891, à Londres, en juin 1892 et la quatrième à Bruxelles en mai 1893. C’est à Bruxelles qu’est officiellement instituée la Fédération internationale des mineurs, avec dans son programme la journée de huit heures.

Quant à la Fédération des mineurs britanniques, en 1893, elle doit faire face à une rude épreuve. En effet, entre juillet et novembre, des grèves suivies de lock-out frappent la majorité des bassins des Midlands et du Yorkshire, et il faut l’intervention du gouvernement libéral pour mettre fin au conflit. Il en résulte la création d’un Office de conciliation des charbonnages. Pickard, qui avait mené à bien les négociations, voit son influence s’affirmer encore davantage au sein de la Fédération, d’autant que les succès de celle-ci entraînent une modification de l’équilibre des pouvoirs à l’intérieur du TUC : d’une part, John Wilson, qui était farouchement hostile au principe des huit heures, cède la place à Ned Cowey* au comité parlementaire de la confédération ; d’autre part, en 1894, le vice-président de la Fédération des mineurs, Sam Woods, succède à Charles Fenwick au secrétariat du TUC. Ainsi ce sont Pickard et ses amis qui occupent désormais les postes clés.

Si Pickard est à la pointe du combat syndical, en revanche, sur le plan politique, il demeure fidèle au libéralisme. En 1885, il avait été élu, sous l’étiquette libérale, député de la circonscription minière de Normanton. Pour lui, ce qui importe, c’est de faire élire davantage d’ouvriers à la Chambre des Communes (en ce sens, il approuve la décision prise en 1901 par la Fédération des mineurs de créer un fonds destiné à faciliter les candidatures ouvrières, le Labour Election Fund), mais ce qu’il récuse, c’est le principe d’un parti ouvrier indépendant. En conséquence, il condamne les candidatures de socialistes se présentant aux élections contre les libéraux et il met en doute le bien-fondé du Labour Representation Committee. Au fond, il reste convaincu que le parti libéral est le parti naturel de la classe ouvrière.

Pickard meurt à l’âge de soixante-deux ans, après avoir consacré sa vie aux mineurs sur le plan national comme sur le plan international. Peu de temps avant sa mort, il avait résumé son action dans cette formule lapidaire qui pourrait lui servir d’épitaphe : « J’avoue que j’aime la Fédération des mineurs plus que tout. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75770, notice PICKARD Benjamin, version mise en ligne le 7 janvier 2010, dernière modification le 7 janvier 2010.

BIBLIOGRAPHIE : W. Hallam, Miners’Leaders, Londres, 1894. — R.P. Arnot, The Miners : A History of the Miners’ Federation of Great Britain, 1889-1910, Londres, 1949. — D. Rubinstein, « The Independent Labour Party and the Yorkshire Miners : the Bamsiey By-election of 1897 », International Review of Social History, vol. 23 (1978). — Dictionary of National Biography, 1901-1911. — Joyce Bellamy, John Saville (éd.), Dictionary of Labour Biography, t. I.

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