PEASE Edward Reynolds

Par Arnaud Page (nouvelle notice, novembre 2013)

Né le 23 décembre 1857 à Henbury, près de Bristol ; mort le 5 janvier 1955 à Limpsfield, Surrey ; socialiste fabien.

Edward R Pease en 1913
Edward R Pease en 1913

Edward Pease naquit en 1857 près de Bristol, dans une famille de Quakers. La famille de son père, Thomas Pease, avait fait fortune dans le commerce de la laine et avait participé au développement des chemins de fer en Grande-Bretagne. Sa mère appartenait à une autre grande famille de Quakers, les Fry, industriels du cacao. Pease suivit un enseignement à domicile jusqu’à l’âge de 17 ans, puis il se rendit à Londres pour travailler comme employé dans une entreprise du commerce de la soie. Il travailla ensuite quelques années pour un agent de change mais profita de l’héritage de son père, en 1884, pour quitter la City.

A Londres, Pease abandonna rapidement la foi Quaker et se mit à fréquenter les cercles spiritualistes de la capitale (Emily Ford, Frank Podmore). Il commença surtout à s’intéresser à la politique en assistant à des réunions de la Democratic Federation de H. M. Hyndman. En septembre 1882, le philosophe Thomas Davidson rassembla une trentaine de membres, dont plusieurs futurs fabiens (Pease, Frank Podmore, William Clarke, Hubert Bland) pour fonder l’ « Association pour la vie nouvelle » (Fellowship of the New Life). Les objectifs de l’association n’étaient pas directement politiques, et s’articulaient principalement autour de la régénération morale individuelle de ses membres, qui devaient s’astreindre à embrasser une « nouvelle vie » empreinte de simplicité, de générosité et de sagesse. Néanmoins, le groupe fit rapidement face à des tensions et les membres intéressés par une action plus politique et militante quittèrent l’association pour fonder la Fabian Society. Le nom de la société, suggéré par Podmore, faisait référence aux tactiques du général romain, Quintus Fabius Maximus, fondées sur la guerre d’usure et le refus de l’affrontement direct.

Suite à la séparation avec l’Association pour la vie nouvelle, la Fabian Society avait pris ses distances avec la pensée utopiste fondée sur la construction de communautés mais n’avait pas encore développé sa propre identité politique. Clarke et Pease rejetaient certes les positions les plus radicales émises lors des premières réunions par certains membres, mais les désaccords tactiques et politiques entre la Fabian Society et la Social Democratic Federation, par exemple, n’étaient pas encore très clairs. Ce n’est qu’avec l’arrivée de Sidney Webb, Graham Wallas, George Bernard Shaw et Sydney Olivier, dans la deuxième moitié des années 1880, que la société se dota d’une idéologie distincte, centrée autour de la réforme graduelle et du collectivisme étatique.

En 1886, sous l’influence de William Morris, Pease décida d’apprendre un métier manuel et devint ébéniste à Newcastle upon Tyne. Il avait en outre pour ambition de propager les idées socialistes au sein de la classe ouvrière de la région et se lança dans le nouveau syndicalisme. A Newcastle, Pease fit la connaissance de Mary Gammel Davidson, une institutrice fabienne, qu’il épousa en 1889. Visiblement déçu par le peu d’intérêt des ouvriers pour ses idées réformistes, Pease quitta Newcastle et s’installa avec son épouse à Limpsfield, dans le Surrey, où ils eurent deux fils.

Entre temps, Pease était parti durant l’été 1888 aux Etats-Unis pour y accompagner Sidney Webb, et peu de temps après son retour à Londres, Pease devint le secrétaire de la Fabian Society, s’installant au début des années 1890 dans les nouveaux bureaux de la société, au 276 Strand. Durant les années 1890 et 1900, Pease fut l’un des plus proches et dévoués collaborateurs de Sidney Webb. On notera ainsi qu’en 1894, suite au legs d’un riche avocat de Derby, Webb entreprit de créer une école de sciences sociales à Londres et que jusqu’à la création effective de l’Ecole l’année suivante, Pease fut le seul membre de la Société fabienne qui fut associé au développement de ce qui allait devenir la London School of Economics and Political Science.

Lors des premiers débats portant sur la création d’un parti travailliste, en 1891 et 1892, Pease et Webb se montrèrent extrêmement pessimistes quant au caractère opportun d’une telle force politique et s’en tenaient à l’idée qu’il était préférable de guider le parti Libéral sur la voie du collectivisme. Quelques mois plus tard, déçus par le parti Libéral, Webb, Shaw et Pease changèrent radicalement d’opinion et se rallièrent à la création du Independent Labour Party (1893). Pease agit comme le représentant officiel de la Fabian Society lors de la fondation du Labour Representation Committee en 1900 (le parti adopta le nom de Labour Party en 1906), position qu’il occupa jusqu’à la Première guerre mondiale. Si les fabiens se tenaient à cette époque à distance respectable du parti, Pease fut ainsi l’un des rares membres de la Fabian Society à participer à sa création, insistant notamment pour que le parti travailliste se dote d’une structure financière stable et pour que les députés travaillistes soient directement payés par le LRC et non plus par le syndicat auquel ils appartenaient.

Parmi les tracts de la Fabian Society rédigés par Pease, on peut citer How Trade Unions Benefit Workmen (1904), Capital and Compensation (1909), Gold and State Banking : A Study in the Economics of Monopoly (1912), l’un des rares écrits de la société portant sur des questions financières, et développant l’idée d’une nationalisation du système bancaire. Si Pease rédigea quelques pamphlets et tracts pour la Société fabienne, son travail fut néanmoins avant tout administratif. Il est également connu pour avoir rédigé l’histoire officielle de la Société fabienne (1916). En 1914, Pease quitta ses fonctions de secrétaire de la Fabian Society, qu’il occupa à nouveau entre 1915 et 1918, lorsque son successeur, William Stephen Sanders, fut enrôlé dans l’armée. Il demeura ensuite secrétaire honoraire et continua de siéger au sein du comité exécutif de la Société jusqu’à la Deuxième guerre mondiale.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75766, notice PEASE Edward Reynolds par Arnaud Page (nouvelle notice, novembre 2013), version mise en ligne le 7 janvier 2010, dernière modification le 24 novembre 2013.

Par Arnaud Page (nouvelle notice, novembre 2013)

Edward R Pease en 1913
Edward R Pease en 1913

ŒUVRE : The History of the Fabian Society, Londres : A.C. Fifield, 1916.

BIBLIOGRAPHIE : A.M. McBriar, Fabian Socialism and English Politics, 1884-1918, Londres : Cambridge University Press, 1962 ; Margaret Cole, The Story of Fabian Socialism, Londres : Heinemann, 1961 ; Eric Hobsbawm, “The Fabians Reconsidered”, pp. 250-71 in Eric Hobsbawm, Labouring Men, Londres : Weidenfeld & Nicolson, 1964 ; Bernard Semmel, Imperialism and Social Reform : English Social-Imperial Thought, 1895-1914, Londres : George Allen & Unwin, 1960 ; G. R. Searle, The Quest for National Efficiency : A Study in British Politics and Political Thought, 1899-1914, Londres : The Ashfield Press, 1990 (1971) ; Royden Harrison, The Life & Times of Sidney & Beatrice Webb, 1852-1905, Basingstoke : Palgrave, 2001 ; Mark Bevir, ‘Pease, Edward Reynolds (1857–1955)’, Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004 ; édition en ligne, 2007, consulté le 25 mars 2013.

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