PARE William

Par Notice revue et augmentée par Laurent Colantonio (septembre 2011)

Né en 1805 à Birmingham, Warwickshire ; mort le 18 juin 1873 à Londres (Croydon) ; socialiste owenien.

Après un apprentissage effectué dans l’atelier d’ébénisterie de son père John Pare, William ouvre un bureau de tabac dans New Street, à Birmingham. Très tôt il prend goût à la politique. Dans les années 1820, il soutient la cause de l’émancipation des catholiques du Royaume-Uni, jusqu’à son obtention en 1829. Au cours de la décennie, il est aussi gagné aux théories de Robert Owen, notamment après la lecture de l’Inquiry into the Principles of the Distribution of Wealth (Enquête sur les principes de la distribution de la richesse, 1824) de William Thompson (bien plus tard, en 1850, Pare s’occupera de la réédition de cet essai de Thompson). Le jeune homme devient un ardent propagandiste de l’idéal corporatiste. En 1826, il compte parmi les fondateurs de l’Institut des arts et métiers de Birmingham (Birmingham Mechanics’ Institute). Deux ans plus tard, il participe à la naissance de la première Société coopératiste de la ville (Birmingham Co-operative Society) et, entre avril 1829 et octobre 1830, il dirige le journal qui en émane, le Birmingham Co-operative Herald. En 1830, il assiste au premier Congrès du mouvement coopératiste, à Manchester, et devient même vice-président de l’Association of all Classes of all Nations, fondée par Robert Owen.

À la même époque, il adhère à l’Union politique de Birmingham (Birmingham Political Union) de Thomas Attwood, dont le programme réformiste et démocratique le séduit (suffrage universel masculin, scrutin secret, renouvellement annuel du Parlement). En 1832, à la veille du Reform Act, il est à l’origine de la toute dernière pétition présentée à la Chambre des communes avant qu’elle ne soit réformée. Le texte est signée par les habitants de Birmingham et se dresse contre la taxe municipale versée à l’Église anglicane (Church rates).

Au début des années 1830, une petite communauté owenienne, dirigée par Edward Craig, est installée à Ralahine, en Irlande, sur les terres et avec l’accord du propriétaire, John Scott Vandeleur. William Pare se rend à Ralahine à plusieurs reprises ; il est enthousiasmé par le système de coopératives agricoles qui a été mis en place. Il revient avec la conviction qu’une telle organisation du travail, si elle était étendue à l’ensemble de l’île, constituerait la solution à la question agraire en Irlande.

Pare figure parmi les exécuteurs testamentaires de William Thompson. A sa mort, en 1833, ils reçoivent comme recommandation d’utiliser la fortune du défunt pour financer des projets coopératistes. Mais la famille de Thompson conteste la validité du testament et porte l’affaire devant la justice irlandaise. Pare se rend en personne en Irlande pour y défendre les dernières volontés de Thompson et veiller aux intérêts de ses commanditaires. Il en profite pour prononcer une série de conférences sur le mouvement coopératiste, tandis que le procès s’éternise, pour se clore finalement en faveur de la famille du philosophe… 25 ans plus tard.

En 1837, en application de la loi instituant l’état civil, Pare est nommé directeur du tout nouveau service d’enregistrement des naissances, mariages, décès (Registrar of Births, Deaths and Marriages) de Birmingham, tout en continuant d’être actif dans le mouvement owenien. Un engagement qui lui vaut de subir les foudres des autorités politiques et religieuses contre les socialistes et les chartistes, au point qu’en 1842, il se voit contraint de démissionner de son poste. Il quitte alors Birmingham et prend quelque temps la direction de la communauté owenienne de Harmony Hall, à Queenwood dans le Hampshire, entre 1842 et 1844. Puis il passe deux ans à Londres, avant de s’installer en Irlande, où il dirige une fonderie à Clontarf, au nord de Dublin, entre 1846 et 1865. Au cours de ces années, alors que le mouvement coopératiste adopte une nouvelle ligne et prend son véritable essor, Pare lui apporte un soutien matériel et moral. Il écrit de nombreux articles dans le Co-operator et, en 1869, il est élu secrétaire général du premier Bureau central coopératiste (Co-operative Central Board).

Toute sa vie, Pare est resté fidèle aux idéaux de sa jeunesse, et à côté des excentriques et des exaltés que le mouvement owenien n’a pas manqué d’attirer, il fait figure de personnalité sage et équilibrée. Il se considère lui-même comme un « missionnaire du mouvement coopératif », persuadé que pour instaurer la vraie justice sociale, les réformes politiques et l’action syndicale doivent impérativement être associées à un véritable projet coopératiste. À la mort d’Owen en 1858, Pare, qui avait été l’un de ses proches collaborateurs, devient son exécuteur littéraire. En 1871, il préside les célébrations du centenaire de la naissance d’Owen, et délivre à cette occasion une conférence sur la vie du grand homme.

Malade depuis plusieurs années, William Pare s’éteint le 18 juin 1873, au domicile de son fils, à Croydon, dans la banlieue de Londres. Il laisse inachevée une biographie d’Owen.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75763, notice PARE William par Notice revue et augmentée par Laurent Colantonio (septembre 2011), version mise en ligne le 14 mars 2012, dernière modification le 14 mars 2012.

Par Notice revue et augmentée par Laurent Colantonio (septembre 2011)

ŒUVRE : The Claims of Capital and Labour : with a sketch of practical measures for their conciliation (Les exigences du capital et du travail, comment les concilier), Londres, 1854. — Co-operative Agriculture : a solution of the Land Question, as exemplified in the history of the Ralahine Co-operative Agricultural Association, County Clare, Ireland (Coopératives agricoles : réponse au problème agraire…), Londres, 1870. — Il a aussi publié en 1850 la 2e édition de William Thompson, Inquiry into Principles of the Distribution of Wealth.

BIBLIOGRAPHIE : R.G. Garnett, The Ideology of theEarly Co-operative Movement, Université du Kent, 1966. — Idem, Co-operation and the Owenite Socialist Communities in Britain, 1825-1845, Manchester, 1972. — J.F.C. Harrison, Robert Owen and the Owenites in Britain and America, Londres, 1969. — R.G. Garnett, William Pare : co-operator and social reformer, Co-operative Collège Papers, n° 16, Loughborough, novembre 1973. — Joyce Bellamy, John Saville (éd.), Dictionary of Labour Biography, t. I.

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