PANKHURST Sylvia [PANKHURST Estelle Sylvia]

Née le 5 mai 1882 à Stratford, Manchester ; morte le 27 novembre 1960 à Addis Abeba, Ethiopie ; suffragette et socialiste.

Sylvia Pankhurst a grandi dans un milieu de bourgeoisie provinciale éclairée aux idées démocratiques. Son père, l’avocat Richard Pankhurst, se passionnait pour les réformes et, comme son ami Stuart Mill*, plaidait la cause du vote des femmes. Sa mère est la célèbre Emmeline Pankhurst qui allait prendre la tête du mouvement des « suffragettes », tandis que sa sœur aînée, Christabel, allait en être une autre animatrice.

Après des études secondaires au lycée de Manchester, Sylvia entre dans une école des beaux-arts. Très douée pour les arts décoratifs, la jeune fille obtient une bourse pour l’Accademia de Venise. À son retour d’Italie, elle rejoint l’organisation féministe, l’Union sociale et politique des femmes (Women’s Social and Political Union) fondée par sa mère et sa sœur en 1903 (Richard Pankhurst est mort en 1898). Pendant des années, Sylvia milite avec conviction chez les suffragettes ; arrêtée à plusieurs reprises, elle fait en prison la grève de la faim, mais on l’alimente de force. En 1912, à la suite de désaccords croissants tant politiques que tactiques, elle se sépare de sa mère et crée dans l’East End des sections de la WSPU qui, en fait, font sécession et constituent un mouvement indépendant sous le nom de Fédération de l’East End. La WSPU prononce alors l’exclusion de cette fédération et Sylvia en change le nom et la baptise « Fédération pour le droit de vote des ouvrières » (Workers’ Suffrage Federation). En 1914, elle fonde un hebdomadaire, le Women’s Dreadnought, qui devient le Workers’ Dreadnought, au lendemain de la Révolution de 1917 tandis que son association prend le nom de Workers’ Socia-list Federation (Fédération socialiste des ouvrières).

Alors qu’au moment de la déclaration de la guerre Sylvia avait affirmé son opposition au conflit à la fois par pacifisme et par sympathie pour les idées avancées et que, de 1914 à 1917, elle avait surtout critiqué le militarisme et les profiteurs de guerre, désormais le Workers’ Dreadnought accentue sa coloration marxiste et vers la fin de 1918, la Fédération se proclame « révolutionnaire, antiparlementariste et prosoviétique ».

Au cours de l’été 1919, la IIIe Internationale invite le British Socialist Party, qui constituait l’organisation marxiste la plus importante de Grande-Bretagne, à entamer des pourparlers avec les autres groupes révolutionnaires pour créer un parti communiste britannique. Des discussions s’engagent donc avec le Socialist Labour Party (actif surtout à Glasgow), la WSF de Sylvia Pankhurst et un petit groupe gallois, mais butent sur deux points : l’affiliation au Labour Party et le rôle du Parlement. Néanmoins une nouvelle rencontre a lieu en janvier 1920. Le 22 avril, le journal du BSP, le Call, publie une correspondance échangée en juillet 1919 entre Lénine et Sylvia Pankhurst, correspondance dans laquelle cette dernière critique sévèrement toutes les organisations socialistes britanniques à l’exception de la sienne propre. Mais Lénine soutient la ligne préconisée par le BSP, comme le montre son livre « La maladie infantile du communisme » ainsi qu’une lettre du 8 juillet 1920 où il rejette les arguments de Sylvia. Effectivement, en juillet 1920, lors du deuxième congrès de la IIIe Internationale, Lénine réussit à convaincre l’ensemble de la délégation britannique, y compris Sylvia, (la délégation comprend William Gallacher*, Jack Tanner, J.T. Murphy*, etc.), du bien-fondé du recours à la voie parlementaire, et au retour de Moscou, le 31 juillet, s’ouvre le congrès unitaire qui aboutit à la création du parti communiste britannique (Communist Party of Great Britain, CPGB). Si le séjour en Russie avait fait de Sylvia une admiratrice passionnée de Lénine et de la IIIe Internationale, elle-même ne ménageait pas ses critiques au CPGB et elle s’en voit exclue en 1921, principalement pour avoir refusé de céder la direction du Workers’ Dreadnought. Auparavant, elle avait été emprisonnée pendant six mois pour publications séditieuses (le Workers’ Dreadnought durera jusqu’en 1924).

Dans les années qui suivent, Sylvia Pankhurst continue de se dépenser pour la cause de la démocratie et du mouvement ouvrier. Pour lutter contre le fascisme mussolinien, elle fonde le Comité féminin international Matteotti dont elle est secrétaire ; on la trouve aussi à l’origine de la Société des amis de la liberté italienne. Mais c’est surtout dans les années 1930 qu’elle choisit la cause à laquelle elle va se dévouer jusqu’à la fin de ses jours : celle de l’Abyssinie. Lorsque Mussolini attaque ce pays, elle se fait la championne de l’empereur Hailé Sélassié et de l’indépendance éthiopienne. Elle figure parmi les fondateurs de l’Association Abyssinienne et de 1936 à 1956, elle assure la direction du New Times and Ethiopia News (Nouveaux temps et nouvelles d’Ethiopie). En 1957, elle s’installe définitivement à Addis Abeba et l’empereur la décore de l’ordre de la Reine de Saba en signe de reconnaissance pour sa dévotion à l’Abyssinie.

Sylvia Pankhurst avait refusé de se marier, considérant que le mariage devait être remplacé par une union libre fondée sur un accord mutuel ; à l’âge de quarante-six ans, elle donne naissance à un fils.

Sylvia Pankhurst était une militante née : ardente, généreuse, remplie de courage et d’audace pour chacun de ses combats. Prompte à l’erreur, elle était capable d’indépendance d’esprit et d’action. Sans avoir été une figure de premier plan, elle a laissé sa marque sur le mouvement ouvrier pendant une vingtaine d’années.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75762, notice PANKHURST Sylvia [PANKHURST Estelle Sylvia], version mise en ligne le 7 janvier 2010, dernière modification le 7 novembre 2016.

ŒUVRE : The Suffragette, Londres, 1911. — The Suffragette Movement (Le mouvement des suffragettes), Londres, 1931. — The Life of Emmeline Pankhurst (La vie d’E. Pankhurst), Londres, 1935. — Ethiopia : A Cultural History (Histoire culturelle de l’Ethiopie), Woodford Green, 1955.

BIBLIOGRAPHIE : D. Mitchell, The Fighting Pankhursts, Londres, 1967. — W. Kendall, The Revolutionary Movement in Britain, 1900-1921, Londres, 1969. — A. Raeburn, The Militant Suffragettes, Londres, 1973. — A. Rosen, Rise Up Women ! : The Militant Campaign of the Women’s Social and Political Union, 1903-1914, Londres, 1974. — D. Morgan, Suf-fragists and Liberals : The Politics of Woman Suffrage in Britain, Oxford, 1975, 2e éd., 1979. — B. Harrison, Separate Spheres : The Opposition to Women’s Suffrage in Britain, Londres, 1978.

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