OASTLER Richard

Né le 20 décembre 1789 à Leeds, Yorkshire ; mort le 22 août 1861 à Harrogate, Yorkshire (aujourd’hui North Yorkshire) ; réformateur tory.

Issu d’une famille de moyenne bourgeoisie non conformiste, mais ayant abandonné le méthodisme pour l’anglicanisme, Richard Oastler restera toujours profondément religieux. Il succède à son père à partir de 1820 comme intendant du grand domaine de Fixby Hall, près de Huddersfield dans le Yorkshire, dont le propriétaire préfère vivre sur ses terres du Norfolk. Aussi Oastler fait-il figure de seigneur du village. Menant la vie d’un squire (propriétaire terrien), il évolue peu à peu vers le conservatisme social, itinéraire qui n’a rien d’exceptionnel dans la première moitié du XIXe siècle. En effet, ce sont souvent des tories qui dénoncent alors avec le plus de véhémence les méfaits du capitalisme industriel comme le font le poète Coleridge et le groupe de la « Jeune Angleterre » dont Disraeli est le porte-parole. Oastler appartient à la même famille d’esprit.

En septembre 1830 Oastler prend brusquement conscience du sort misérable des enfants employés dans les fabriques et une formidable indignation l’envahit. Dès le 29 septembre, il publie dans le Leeds Mercury une lettre sur « L’esclavage dans le Yorkshire » qui sera suivie de plusieurs autres (à la même époque un fort courant d’opinion était en train de se développer dans la bourgeoisie éclairée pour abolir l’esclavage des noirs aux colonies). Dès lors, Oastler attaque passionnément les conditions de travail inhumaines qui prévalent dans les usines textiles du Yorkshire et du Lancashire. S’il n’est pas à l’origine du mouvement pour la législation du travail (factory movement), il lui donne la puissance de sa voix qui dénonce sans se lasser, au nom des exigences du christianisme, la rapacité des manufacturiers. Sous le nom de « Comités du temps court » (The Short Time Committees), des petits groupes de travailleurs s’étaient déjà constitués pour obtenir une législation limitant les horaires de travail des enfants. Une première rencontre entre Oastler et les représentants de ces comités a lieu en juin 1831 et cette entrevue aboutit au pacte dit de « Fixby Hall » par lequel tous les participants s’engagent, sans considération d’affiliation politique ou religieuse, à lutter ensemble jusqu’à la conquête d’une législation du travail.

À partir de cet accord Oastler prend la tête d’un mouvement de masse. Au cours des vingt années suivantes, ce mouvement pour la factory reform connaît des hauts et des bas, au gré des circonstances et du soutien populaire. Mais dans ses phases les plus actives, il réussit à rassembler des milliers de participants dans des meetings et des cortèges impressionnants : démonstrations qui annoncent le chartisme et qui s’alimentent comme celui-ci à la critique de la Nouvelle loi des pauvres introduite en 1834 et contre laquelle Oastler s’élève avec la même flamme. La New Poor Law visait à dissuader les indigents de demander des secours en leur imposant des conditions pénibles et humiliantes, notamment l’enfermement dans les workhouses, asiles sinistres qualifiés de « bastilles des pauvres ». Plus encore que la campagne pour la factory reform, le mouvement d’opposition à la nouvelle loi des pauvres qui gagne les districts industriels du nord de l’Angleterre contribue grandement à l’essor des chartistes.

L’opposition violente d’Oastler à la nouvelle loi des pauvres lui fait perdre sa situation en 1838 et comme il avait auparavant contracté des dettes importantes, il est incarcéré pendant trois ans à Londres dans la Fleet Prison. De sa cellule il écrit les Fleet Papers dans lesquels il poursuit ses attaques contre les whigs, les chefs d’entreprise et la Poor Law, mais il ne jouit plus, en ce début des années 1840, du prestige qu’il s’était acquis précédemment. Oastler sort de prison en mauvaise santé en février 1844 et l’année d’après, la mort de sa femme l’atteint profondément. Cependant il continue ses écrits de combat, mais après le Ten Hour Bill de 1847 et la nouvelle mesure de 1850 qui complète la loi, la campagne pour la législation du travail perd beaucoup de sa signification.

Les adversaires d’Oastler l’avaient affublé du sobriquet de « roi des fabriques » au temps de son empire sur les masses populaires. Bien que foncièrement attaché au conservatisme, ce tory impulsif et généreux occupe une place à part dans l’histoire du mouvement ouvrier britannique, à la fois à cause de son courage dans la dénonciation des méfaits de l’industrialisme et de sa contribution à la prise de conscience des droits du monde du travail.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75751, notice OASTLER Richard, version mise en ligne le 7 janvier 2010, dernière modification le 7 janvier 2010.

ŒUVRE : Nombreuses brochures et lettres ouvertes.

BIBLIOGRAPHIE : C. Driver, Tory Radical : The Life of Richard Oastler, New York, 1946. — E. Dolléans, Le Chartisme (1831-1848), nouvelle édition refondue, Paris, 1949. — J.T. Ward, The Factory Movement, 1830-1855, Londres, 1962.

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