MARX Eleanor Jenny Julia

Née le 16 janvier 1855 à Londres ; morte le 31 mars 1898 à Londres ; militante socialiste.

Eleanor, surnommée « Tussy », était la dernière des six enfants de Karl et Jenny Marx. Elle est née à Londres où la famille, entassée dans un modeste logement du quartier de Soho, vit dans la gêne. Mais dès 1856, les Marx déménagent pour s’installer à Kentish Town dans une maison plus spacieuse où l’existence quotidienne est moins pénible, bien que les exilés doivent continuellement faire face à des difficultés financières considérables. Cependant l’enfance d’Eleanor Marx semble avoir été heureuse. À peine adolescente la jeune fille commence à participer à l’action politique de son père. À la maison les Marx accueillent souvent des réfugiés politiques, venus de toute l’Europe, en particulier les communards. Deux d’entre eux, Paul Lafargue et Charles Longuet, vont épouser Laura et Jenny, les deux soeurs aînées d’Eleanor. Quant à celle-ci, elle tombe amoureuse de Lissagaray (dont elle traduira plus tard l’Histoire de la Commune de Paris) mais ses parents s’opposent au mariage.

Eleanor devient la collaboratrice de son père jusqu’à la mort de ce dernier en 1883, encore que l’indépendance d’esprit de la jeune femme rende souvent leurs relations difficiles. Comme son père Eleanor fréquente assidûment la bibliothèque du British Museum et elle se passionne pour la littérature et le théâtre (en particulier l’œuvre d’Ibsen, dont elle fera des traductions). Béatrice Potter — la future Beatrice Webb* — qui fait la connaissance d’Eleanor au British Museum en 1883, dépeint la jeune femme en ces termes :

« Eleanor Marx était d’un abord agréable ; sa mise était pittoresque mais peu soignée et les boucles noires de sa chevelure partaient dans tous les sens. Elle avait un visage laid qu’éclairaient deux beaux yeux pétillants de vivacité et de sympathie. Cependant la pâleur de son teint et l’expression de ses traits trahissaient une existence maladive et fiévreuse, habituée tantôt aux excitants, tantôt aux somnifères. »

C’est cette année-là qu’Eleanor s’éprend d’Edward Aveling* dont elle devient la compagne. Si Aveling porte la plus grande part de responsabilité dans la vie malheureuse de Tussy — aussi bien du fait de ses infidélités que de son absence de scrupules et de ses combinaisons financières louches — c’est pourtant durant leur vie commune que l’existence d’Eleanor est la plus remplie. Elle milite alors activement dans les milieux socialistes de Londres, où elle se fait remarquer par son éloquence et par ses qualités de plume. En collaboration avec Aveling, elle écrit plusieurs brochures sur la condition féminine, la vie en usine, le mouvement ouvrier aux États-Unis. Elle traduit des ouvrages de politique et d’économie, et c’est elle qui donne la première version en anglais de Madame Bovary. Avec Aveling, elle prend part à la naissance du « nouvel unionisme ». A cette occasion, elle apprend à lire et à écrire à Will Thorne*, le leader des gaziers qui forme « l’Union nationale des Ouvriers du Gaz et des Manœuvres » (1889).

Mais la vie d’Eleanor Marx n’est pas heureuse et il semble que la jeune femme ait fait une première tentative de suicide dès 1887. Tendue, impressionnable, elle supporte mal la perpétuelle duplicité d’Aveling et ses dettes chroniques. En 1897, Aveling — veuf depuis cinq ans — se remarie secrètement avec une actrice, mais continue la vie commune avec Eleanor, sans doute pour profiter des revenus de celle-ci. Le 31 mars 1898, Eleanor découvre cette union et, bouleversée, elle envoie immédiatement sa domestique chez le pharmacien pour acheter de l’acide prussique. Il est possible qu’elle ait conclu avec Aveling un pacte pour mourir à deux ; en tout cas, ce dernier l’a, à coup sûr, encouragée au suicide. De nombreux amis d’Eleanor accusèrent Aveling d’être responsable de la mort de sa compagne, mais sa complicité ne put être prouvée et le tribunal rendit un verdict de « suicide dans un moment d’égarement passager ». L’incinération eut lieu le 5 avril 1898 et les cendres de Tussy furent conservées au siège de la Social Democratic Federation. Remises par la suite au Parti communiste britannique, elles furent finalement, dans les années 1950, placées à côté des restes de son père, dans le tombeau élevé à celui-ci dans le cimetière londonien de Highgate.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75713, notice MARX Eleanor Jenny Julia, version mise en ligne le 5 janvier 2010, dernière modification le 5 août 2016.

ŒUVRE : Eleanor Marx est l’auteur de multiples brochures — plusieurs en collaboration avec Aveling —, d’articles de journaux et de plusieurs traductions. La liste figure dans les deux biographies principales qui lui ont été consacrées.

BIBLIOGRAPHIE : C. Tsuzuki, The Life of Eleanor Marx, 1855-1898, A Socialist Tragedy, Oxford, 1967. — Y. Kapp, Eleanor Marx, vol. 1, 1855-1883, Londres, 1972 ; vol. 2, The Crowded Years, 1884-1898, Londres, 1976, traduction française d’O. Meier, Eleanor, chronique familiale des Marx, Paris, 1980. — Les filles de Karl Marx, Lettres inédites, Albin Michel, 1979.

Version imprimable Signaler un complément