LASKI Harold Joseph

Né le 30 juin 1893 à Manchester ; mort le 24 mars 1950 à Londres ; fabien, théoricien du socialisme.

Le père d’Harold Laski, Nathan Laski, exportateur de cotonnades, était un bourgeois libéral, membre influent de la communauté juive de Manchester. Le jeune garçon fait des études à la Manchester Grammar School et part ensuite, en 1911, étudier l’eugénisme à l’Université de Londres. Mais dès la fin de l’année, il entre à New Collège, Oxford, où il se spécialise en histoire. Pendant ses années d’étudiant, Laski fait partie de la Société fabienne sans toutefois choisir entre le libéralisme et le socialisme. Diplômé en 1914 avec la mention très bien, il travaille pendant quelques mois au Daily Herald que dirige George Lansbury*, mais rapidement il opte pour le professorat. Il enseigne d’abord à Montréal à l’Université McGill, puis en 1916 aux États-Unis à Harvard. En 1920, il obtient un poste à la London School of Economics et rentre en Grande-Bretagne ; six ans plus tard, il y devient titulaire de la chaire de science politique, poste qu’il occupe jusqu’à sa mort.

C’est aux États-Unis que les opinions politiques de Laski se sont précisées. Là, il s’intéresse de près à la condition ouvrière et soutient la grève des policiers de Boston. Une fois de retour en Angleterre, sa carrière politique se déroule sur trois plans : comme enseignant, comme théoricien politique et comme dirigeant du Labour Party.

Laski est un auteur prolifique. C’est aux États-Unis qu’il a écrit ses deux premiers ouvrages : « Le problème de la souveraineté » (The Problem of Sovereignty) et « L’autorité dans l’État moderne » (Authority in the Modem State). En 1925, il publie sa « Grammaire politique » (The Grammar of Politics) et en 1927, un petit livre sur le communisme. Dans sa « Grammaire politique », il défend le principe du pluralisme et dans Communism, il se montre un chaud partisan du travaillisme britannique, pour lequel il milite alors activement. C’est après la chute du deuxième gouvernement Labour en 1931 qu’il s’oriente délibérément à gauche. Comme bien d’autres intellectuels de sa génération, Laski est profondément influencé par la crise économique du monde capitaliste ; en même temps, il a été indigné par l’avènement du « gouvernement national » en août 1931 qu’il juge antidémocratique : pour lui les puissances d’argent ont eu raison de la volonté populaire. Dans son livre « Crise de la démocratie » (Democracy in Crisis, 1933), il s’interroge : la démocratie peut-elle subsister dans une société bourgeoise ? Jusqu’à la fin de sa vie il doutera de la réponse. Plein de sympathie pour l’expérience soviétique, Laski n’en est pas moins conscient des contradictions et des injustices du régime bolchevik.

En 1935, Laski publie « L’État, théorie et réalité » (The State in Theory and Practice) ; dans cet ouvrage très documenté, il étudie la nature de l’État dans la société capitaliste et analyse les problèmes politiques que soulève le passage au socialisme. Il appelle de tous ses vœux une transition pacifique mais, en historien, il reconnaît que les possédants ne se sont jamais laissés dessaisir de leur pouvoir sans résister. Sur ce problème majeur du pouvoir et de la conquête du pouvoir, la position de Laski est restée jusqu’au bout ambivalente, car il n’a jamais tranché de façon décisive entre la revendication d’égalité et celle de liberté, bien qu’au fond sa pensée fût avant tout orientée vers la liberté (c’est pourquoi il n’a jamais ménagé ses critiques au système soviétique, ni caché son hostilité envers les méthodes du Communist Party of Great Britain, tout en acceptant fréquemment, vers la fin des années 1930, de s’associer à certaines de ses initiatives).

L’influence politique de Laski, qui s’exerça des deux côtés de l’Atlantique, est allée grandissant tout au long des années 1930. Professeur remarquable, il brille dans les débats contradictoires et attire autour de lui de nombreux chercheurs qui contribuent à accroître la réputation du groupe Laski à la LSE. De 1921 à 1936, Laski fait partie du comité exécutif de la Société fabienne et de 1936 à 1949, il est au comité exécutif du Labour Party. Lorsque Victor Gollancz* lance en 1936 le Left Book Club, il est soutenu par Laski et John Strachey* et c’est le trio qui choisit les ouvrages du mois. Pendant la guerre d’Espagne, Laski intervient activement pour soutenir le camp républicain. Membre de la Ligue socialiste, il mène campagne pour redonner vigueur au mouvement travailliste et l’entraîner vers des positions plus combatives face à la politique d’apaisement et de capitulation devant les agressions fascistes, ce qui provoque une série de conflits entre Laski et la direction du parti et le TUC.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Laski enseigne à Cambridge où s’est réfugiée la LSE. Il continue de traiter des problèmes politiques, mais il est de plus en plus isolé au sein du Labour, d’autant que celui-ci a accepté de participer au gouvernement d’union nationale dirigé par Winston Churchill. Isolement qui se poursuivra après le triomphe travailliste de 1945 et la formation du cabinet Attlee*. Objet de violentes attaques de la part de Churchill et de la presse conservatrice au moment de la campagne électorale, Laski contre-attaque et poursuit en diffamation le Daily Express et d’autres journaux. Mais il perd son procès et se voit condamné aux dépens. Une souscription est alors lancée par ses amis de la gauche travailliste pour lui permettre de payer les frais et elle remporte un grand succès. Laski meurt en pleine activité, à l’âge de cinquante-six ans, après avoir pris une part active à la campagne électorale de 1950.

Harold Laski avait dix-huit ans quand il épousa Frida Kerry, la fille d’un petit propriétaire et exploitant agricole du Suffolk. Ce mariage entraîna une rupture avec sa famille, du moins jusqu’en 1920, date à laquelle Frida Laski se convertit au judaïsme. Personnalité séduisante, et dynamique, Frida Laski a été elle aussi très engagée dans le mouvement ouvrier. Après la disparition de son mari, elle est conseillère municipale Labour dans les années 1950 et collabore avec Fenner Brockway* au Mouvement pour l’émancipation des colonies (Movement for Colonial Freedom) ; octogénaire elle préside le mouvement War on Want (Guerre à la misère). Elle meurt en 1977.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75692, notice LASKI Harold Joseph, version mise en ligne le 5 janvier 2010, dernière modification le 5 janvier 2010.

ŒUVRE : En plus de ses multiples ouvrages et publications diverses, Laski a collaboré de façon phénoménale à des périodiques américains et britanniques. On trouve une bibliographie détaillée de ses écrits dans B. Zylstra, From Pluralism to Collectivism : The Development of Harold Laski ‘s Political Thought, Assen, 1968.

BIBLIOGRAPHIE : Kingsley Martin, Harold Laski, Londres, 1953. — M.D. Howe ed., The Correspondence of Mr Justice Holmes and Harold T. Laski, Harvard, 1953. — H.A. Deane, The Political Ideas of Harold J. Laski, New York, 1955. — G. Eastwood, Harold Laski, Londres, 1977. — Dictionary of National Biography, 1941-1950. — Who Was Who, 1941-1950.

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