LANSBURY George

Né le 22 février 1859 près de Lowestoft, Suffolk ; mort le 7 mai 1940 à Londres ; leader travailliste, pacifiste.

George Lansbury est né dans un campement de terrassiers en Est-Anglie où son père travaillait à la construction des lignes de chemin de fer. De sa mère, d’origine galloise, et de sa grand-mère maternelle, il hérite des idées avancées. Après des années itinérantes, la familte s’établit en 1868 à Londres, dans l’East End, et George Lansbury demeurera toute sa vie un East-Ender. Dans ce bastion du prolétariat ouvrier, réputé pour sa tradition de luttes démocratiques, le jeune garçon est marqué par deux hommes : John Haies, un républicain et un radical avancé, secrétaire du conseil fédéral britannique de la Ire Internationale et surtout le pasteur anglican de Whitechapel, le Rév. J. Fenwick Kitto qui le ramène au christianisme ; à part un bref intervalle dans les années 1890, Lansbury restera sa vie durant un fidèle anglican. Comme la plupart des ouvriers de ce temps, il soutient le parti libéral ; chaud partisan de Gladstone, on peut le décrire alors comme un chrétien radical.

A la mort de son père en 1875, l’adolescent reprend avec son frère aîné la petite entreprise paternelle de livraison de charbon. En 1880, il épouse à vingt et un ans Elizabeth (Bessie) Brine et leur union qui dure cinquante-trois années a été particulièrement heureuse, sa femme partageant sans réserve ses opinions et ses engagements. Le foyer eut douze enfants, quatre fils et huit filles, tous très unis.

En 1884, Lansbury en quête d’un avenir meilleur émigré avec sa famille en Australie, mais il en revient au bout d’un an, pour entrer dans la scierie de son beau-père. Il s’installe alors à Bow — quartier ouvrier de l’East End — pour le restant de ses jours. C’est l’époque du renouveau socialiste et de la prise de conscience de nombreux ouvriers. Pour sa part Lansbury est influencé par William Morris* et Hyndman*, mais c’est surtout la vie quotidienne de Bow et des quartiers environnants qui l’amène au socialisme. En outre, il est très marqué en 1889 par le voyage qu’il effectue en Irlande comme membre d’une délégation radicale ainsi que par la grande grève des dockers de Londres. Cependant, à l’image de bien des hommes de sa génération, il met longtemps à se détacher de la gauche libérale, mais dès qu’il opte pour le socialisme il en devient un propagandiste ardent et convaincu. C’est ce qui se produit en 1892 lorsqu’il fonde la section S.D.F. de Bow et Bromley. Au bout de quelque temps, il quittera la Social Democratic Federation pour adhérer à l’Independent Labour Party et par la suite, il entrera au parti travailliste lors de sa constitution. Lansbury n’est pas un prolétaire, mais plutôt un petit artisan qui se sent et se veut de cœur avec la classe ouvrière.

En 1892, Lansbury avait été élu au conseil de l’Assistance publique de Poplar ; à partir de cette date, il joue un rôle de premier plan pour tenter d’humaniser la Poor Law. A rencontre de la conception régnante pour laquelle la pauvreté était un crime et les pauvres devaient être traités en parias, Lansbury s’efforce d’une part de faire comprendre aux classes dirigeantes que le vrai problème est celui des causes économiques de la misère, d’autre part d’améliorer le sort pitoyable réservé aux assistés. Comme il s’est rendu célèbre par son action et sa connaissance approfondie des workhouses, il est nommé à la commission royale d’enquête sur la Poor Law (1905-1909) et il est l’un des quatre signataires (avec Béatrice Webb*) du rapport minoritaire de la Commission — un des grands documents sociaux du XXe siècle. Auparavant, avec le soutien financier du roi du savon Joseph Fels, il avait créé la colonie de Laindon Farm, effort tangible pour procurer du travail aux indigents. Bien que modeste, cette expérience, effectuée sous le patronage de l’Assistance publique de Poplar, eut un grand écho dans l’opinion publique.

Après plusieurs tentatives malheureuses pour entrer au Parlement, Lansbury est enfin élu député lors des élections législatives de décembre 1910 ; à cette époque, il est conseiller municipal de Poplar et membre du London County Council (LCC), et au sein du groupe parlementaire travailliste il est très marqué à gauche. Mais dès 1912 il renonce à son siège pour défendre la cause du droit de vote pour les femmes et il ne retournera à Westminster que dix ans plus tard. Depuis le début de 1911, il était un animateur enthousiaste du jeune quotidien travailliste, le Daily Herald, dont il devient le rédacteur en chef en 1913. Durant la guerre, le journal, transformé en hebdomadaire, sert de tribune aux divers courants de la gauche socialiste et syndicaliste. Au lendemain de la victoire, le Daily Herald, redevenu quotidien, reflète le malaise et les contradictions du mouvement ouvrier s’opposant, entre autres, à l’extérieur, à la guerre contre la jeune république soviétique et soutenant en Angleterre les tendances révolutionnaires du Labour.

Élu en novembre 1919 maire de Poplar (district de l’East End comprenant le quartier de Bow), Lansbury donne à cette époque la priorité aux affaires internationales. Au début de 1920, il se rend en Russie : très favorables, ses impressions de voyage, parues dans le Daily Herald, sont ensuite publiées en un volume sous le titre « Ce que j’ai vu en Russie » (What I saw in Russia). Jusqu’à sa mort, sa sympathie pour l’Union soviétique ne se démentira pas.

Une autre bataille est alors livrée par Lansbury : celle du « poplarisme ». En accord avec les conseillers municipaux de Poplar, Lansbury refuse de verser les impôts locaux dûs à l’État, en signe de protestation contre les taxes trop lourdes pesant sur les quartiers pauvres où résident la majorité des sans-travail. Cet acte illégal vaut à Lansbury et à ses amis d’être emprisonnés pendant six semaines. En 1922, il reconquiert son siège de député de Bow et Bromley et il le conservera jusqu’à sa mort. Au Herald, qui passe sous le contrôle du parti et du TUC en 1922, Lansbury voit son influence diminuer, si bien qu’en 1925, il crée son propre journal, un hebdomadaire, le Lansbury Labour Weekly, qui rallie toute la gauche du mouvement socialiste à l’exception des communistes. Au cours de cette période, Lansbury, réputé pour son tempérament généreux et non conformiste, se range presque toujours parmi les opposants à la direction travailliste sans toutefois, malgré son attachement au régime soviétique (il retourne en Russie en 1926), accepter d’adhérer au parti communiste, dont l’éloigné tant sa foi chrétienne que ses convictions pacifistes et son esprit de tolérance.

Si en 1924, Lansbury avait été tenu à l’écart du premier gouvernement travailliste, en revanche dans le deuxième gouvernement de MacDonald*, il est ministre des Travaux Publics (1929-1931) — un poste modeste mais où il réussit fort bien. Surviennent alors la crise de 1931 et la constitution par MacDonald d’un gouvernement d’union nationale qui altèrent inopinément la fortune politique de Lansbury. En effet, dans cette situation désastreuse pour le parti travailliste, Lansbury est le seul des ministres travaillistes à être réélu. Du coup, il devient le leader parlementaire, et en 1932, il est porté à la tête du parti, car au milieu des divisions du Labour, son nom est le seul qui réunisse un consensus. Mais face à un gouvernement disposant d’une écrasante majorité, son leadership apparaît peu efficace, et son pacifisme inconditionnel, en dépit de la montée du nazisme et du début des agressions, lui vaut de vives critiques. En 1935, à la suite d’une très violente attaque d’Ernest Bevin* au congrès annuel du parti, Lansbury doit démissionner et c’est Attlee* qui lui succède comme leader du Labour. A partir de là, il choisit de se consacrer à la cause de la paix. Président de la Peace Pledge Union, il parcourt le pays pour prendre part à des meetings pacifistes et n’hésite pas à se rendre auprès des principaux hommes d’État européens, y compris Hitler et Mussolini, pour tenter de les convaincre que la guerre est une folie (dans son dernier ouvrage paru en 1938, « En quête de la paix » — My Quest for Peace —, il fait le récit de ses démarches). Mais de plus en plus seul, très atteint de surcroît par lamort de sa femme survenue en 1933, Lansbury fait figure de lutteur découragé.

Grande figure du socialisme britannique, personnalité généreuse et chaleureuse, idéaliste impénitent, Lansbury a su allier la fermeté de ses convictions à une très large audience dans la classe ouvrière.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75689, notice LANSBURY George, version mise en ligne le 5 janvier 2010, dernière modification le 5 janvier 2010.

ŒUVRE : Your Part in Poverty (La pauvreté et vous), Londres, [1916]. — What I saw in Russia (Ce que j’ai vu en Russie), Londres, 1920. — My Life (Ma vie), Londres, 1928. — Looking backwards and forwards (Regards vers le passé et vers l’avenir), Londres, 1935. — My Quest for Peace (En quête de la paix), Londres, 1938.

BIBLIOGRAPHIE : M. Cole, Makers of the Labour Movement, Londres, 1948. — Idem, Growing up into Révolution, Londres, 1949. — R. Postgate, George Lansbury, Londres, 1951. — B. Pimlott, Labour and the left in the 1930s.Cambridge, 1977. — P.A. Ryan, « Poplarism, 1894-1930 », The Origins of British Social Policy, P. Thane éd., Londres, 1978. — N. Branson, Poplarism 1919-1925, Londres, 1979. — M. Ceadel, Pacifism in Britain 1914-1945, Oxford, 1980. — Dictionary of National Biography, 1931-1940. — Joyce Bellamy, John Saville (éd.), Dictionary of Labour Biography, t. II.

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