HYNDMAN Henry Mayers

Né le 7 mars 1842 à Londres ; mort le 22 novembre 1921 à Londres ; fondateur de la Social Democratic Federation, marxiste.

Fils d’un riche avocat, Henry Hyndman, après une éducation privée, entre à Trinity College, Cambridge. À l’université, il mène la vie insouciante des fils de famille, s’intéressant surtout aux sports et nullement à la politique, sans se distinguer en rien sur le plan intellectuel.

De 1863 à 1868, Hyndman partage son temps entre les voyages et le sport. Pendant un séjour en Italie en 1866, il assiste à la guerre contre l’Autriche et se fait accepter comme corresponsant du Pall Mall Gazette. En 1869, il s’embarque pour l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les îles du Pacifique et revient en Angleterre deux ans plus tard après avoir traversé l’Amérique. Il rentre convaincu des bienfaits de la colonisation britannique, bien qu’il critique la manière dont sont traitées les populations indigènes. Dans les années qui suivent, Hyndman collabore régulièrement au Pall Mall Gazette, suivant tout particulièrement les affaires russes (avec un esprit très anti-russe) et indiennes (en prônant des réformes). Plus tard, il dira que c’est la découverte de l’exploitation économique de l’Inde par la Grande-Bretagne qui l’a amené au socialisme.

Soucieux de se tenir à l’écart des deux partis — les conservateurs et les libéraux — Hyndman n’en prend pas moins goût de plus en plus à la politique et en 1880, il essaie de se présenter aux élections législatives comme candidat indépendant. Il sollicite l’appui de l’association radicale de Marylebone, mais il n’obtient pas le soutien des ouvriers. Par ailleurs, Gladstone le dénonce comme tory et Hyndman se retire. A cette époque, il avait déjà rencontré des socialistes du continent, des Allemands en particulier, mais c’est au début de 1880 que Keir Hardie* lui fait rencontrer Marx chez qui il se rend de temps à autre, et c’est au cours d’une traversée en bateau vers l’Amérique, durant l’été 1880, qu’il découvre Le Capital, qu’il lit dans une édition française (à cette date, il n’existe pas encore de traduction en anglais). Aussitôt conquis, il devient un visiteur régulier de Marx dès son retour à Londres. On est alors dans les premiers temps de la renaissance du socialisme en Angleterre, tandis que se combinent les déceptions à l’égard du parti libéral (revenu au pouvoir en 1880) et les idées nouvelles, notamment celles d’Henry George. Hyndman réunit un groupe de radicaux avancés et fonde avec eux la Democratic Federation qui tient sa réunion inaugurale le 2 juin 1881 à Londres, au Mémorial Hall de Farringdon Street. Le programme, s’il reste marqué par le radicalisme, contient l’idée de la nationalisation du sol et de la propriété sociale de certains moyens et instruments de production. Parallèlement, Hyndman a écrit un livre destiné à faire connaître les idées maîtresses de Marx, et lors de la première réunion de la Democratic Federation il distribue aux participants ce livre, « L’Angleterre pour tous » (England for All) ; dans la préface, il rend hommage à « un grand penseur et écrivain original », mais sans citer le nom de Marx, ce que ni Marx ni Engels ne lui pardonneront.

En 1884, la Democratie Federation se transforme en Social Democratic Federation (SDF), au programme franchement collectiviste et à partir de là Hyndman s’efforce d’acclimater en Angleterre le modèle de la social-démocratie allemande. Parmi les animateurs de la SDF on peut citer William Morris*, H.H. Champion*, Harry Quelch*, John Burns* et James Macdonald (un ouvrier tailleur londonien qui deviendra secrétaire de la Bourse du Travail de Londres) ainsi qu’Eleanor Marx*, la plus jeune des filles de Marx et Edward Aveling* ; par la suite, la S.D.F. comptera dans ses rangs des leaders ouvriers tels que Tom Mann* et Will Thorne*. Un des traits frappants de Hyndman, c’est que ce businessman orgueilleux, parfois hautain, a su s’attirer la fidélité inconditionnelle de nombreux militants ouvriers, en particulier Jack Williams*.

Première organisation du socialisme marxiste en Grande-Bretagne, la SDF lance en janvier 1884 un hebdomadaire Justice grâce à un don de £ 300 d’E. Carpenter*. Cependant très vite de graves divergences se manifestent au sein du mouvement et une scission éclate dès la fin de l’année 1884. Alors que Hyndman et ses partisans sont favorables à l’action parlementaire, d’autres leaders socialistes, parmi lesquels William Morris, se méfient de l’électoralisme qui risque de détourner le socialisme de son véritable but. A cette source de désaccord s’ajoute le caractère de Hyndman, à qui l’on reproche de surcroît ses idées impérialistes. Tandis que William Morris et ses amis forment un autre mouvement, la Ligue socialiste (Socialist League), créée le 30 décembre 1884 (avec William Morris, Joseph Lane* E. Belfort Bax*, Eleanor Marx, Edward Aveling, etc.), Justice reste entre les mains d’Hyndman, et la SDF, même amoindrie, conserve son dynamisme. C’est à elle que l’on doit, pour une large part, la propagation des idées socialistes au cours des années 1880, et son rôle a été essentiel dans l’orientation du mouvement ouvrier britannique. Alors que sa concurrente, la Ligue socialiste, ne prospère guère (elle est peu à peu absorbée par les éléments anarchistes), la SDF est l’organisme socialiste le plus important tant par le nombre des adhérents que par l’extension géographique à travers tout le pays. D’autant qu’elle sait profiter de la conjoncture favorable que constituent la crise économique des années 1885-1887 et l’agitation sociale et politique qui l’accompagne. Ses campagnes contre le chômage lui valent une large publicité. Le 8 février 1886, à Londres, un défilé de sans-travail à travers le West End tourne à l’émeute et Hyndman, Champion, Burns et Williams sont arrêtés et inculpés pour menées insurrectionnelles. Mais deux mois plus tard le jury les déclare innocents. L’agitation se poursuit tout au long de l’année 1886 et en 1887 les manifestations de chômeurs se mêlent aux campagnes des radicaux londoniens pour la liberté d’expression — ce qui permet à la SDF de s’implanter solidement parmi les ouvriers de la capitale (pendant des années l’organisation exercera dans la région londonienne une influence plus grande qu’on ne l’a dit).

En revanche, lorsque surgit en 1889 le mouvement du « Nouvel Unionisme », la SDF se tient à l’écart, car Hyndman se méfie de l’action syndicale (pour lui, elle est, au mieux, sans importance et, au pire, elle fait obstacle à la formation politique des ouvriers). Sectarisme qui coûte cher à la SDF et qui se fonde pour une large part sur une vision « catastrophiste » du capitalisme : dans la mesure où les crises du capitalisme iront en s’aggravant sans cesse, Hyndman croit que la conscience de classe se développera parallèlement et en proportion.

Cependant le développement de la Société fabienne, autre foyer influent de formation socialiste, et la création de l’Independent Labour Party (ILP) en 1893 portent un coup sérieux à l’influence de la SDF. Si le mouvement maintient ses positions à Londres, et dans quelques grands centres de province, il n’a jamais réussi à devenir un parti de masse et il semble que la responsabilité en incombe pour une large part à Hyndman et à sa vision très personnelle — et étroite — du marxisme. Curieux mélange de désintéressement personnel et de vanité, Hyndman, qui a toujours été en butte aux critiques cinglantes d’Engels, n’a pas su faire de son groupuscule marxiste un grand parti ouvrier ; pourtant il est resté le chef de file de nombreux militants socialistes, sans que l’on comprenne au juste les motifs de leur fidélité.

En février 1900, la SDF participe à la création du Comité pour la Représentation du Travail (Labour Representation Committee) — comité qui deviendra, en 1906, le Labour Party — mais elle s’en retire l’année suivante en invoquant l’impossibilité de former un véritable parti social-démocrate et le refus de prendre la lutte des classes comme base de la politique du Comité. La même année (1901) Hyndman donne sa démission de l’exécutif de la SDF — sans qu’il y ait le moindre lien entre les deux décisions. Selon Tsuzuki, le biographe d’Hyndman, sa lettre de démission révèle « un curieux mélange entre l’arrogance habituelle à Hyndman et le sentiment de profonde frustration et désillusion ».

Deux ans plus tard, Hyndman reprend des responsabilités et en 1906, il se présente sans succès comme candidat de Burnley (Lancashire) aux élections législatives ; de fait, il n’entrera jamais au Parlement.

À partir de 1900, la SDF est soumise à de vives dissensions internes, qui aboutissent à deux scissions consécutives. D’abord, en 1903, les sections d’Ecosse constituent le groupe des « impossibilistes » : fortement influencés, en effet, par Connolly* et par le leader du mouvement ouvrier américain, Daniel de Léon, elles étaient opposées à une affiliation au L.R.C. et violemment hostiles à une fusion avec l’ILP accusé de réformisme. Ces « impossibilistes » créent le Scottish Labour Party qui se développe surtout dans la région de Glasgow et qui fournira de nombreux militants au parti communiste britannique lors de sa formation en 1920.

A Londres, un autre groupe d’« impossibilistes » se retire de la SDF pour former le Socialist Party of Great Britain, petit groupe révolutionnaire dont l’audience est restée très limitée. Après 1906, la SDF retrouve de la vigueur, le nombre des adhérents augmente, et le mouvement change de nom pour devenir le Social Democratic Party. C’est le moment où la gauche socialiste, déçue par les piètres performances du Labour Party enlisé dans le parlementarisme, ébauche des tentatives d’unité. Au congrès annuel du SDP en avril 1911, une résolution réclame la formation d’un « Parti socialiste britannique unifié » et en octobre est fondé le British Socialist Party qui rassemble le SDF, une quarantaine de sections de l’ILP et divers clubs et groupes socialistes indépendants. Mais c’est le moment où Hyndman se dresse contre le syndicalisme révolutionnaire alors en plein essor (les années 1910 à 1914 sont marquées par le « grand malaise des travailleurs ») et il critique vivement l’action des leaders, Guy Bowman et Tom Mann*. Par contre, il se tourne de plus en plus vers le Labour Party. Parallèlement il ne se montre pas favorable aux revendications des suffragettes qui luttent pour le vote des femmes. Et surtout son vieux penchant au chauvinisme s’aggrave. Lui qui avait toujours été germanophobe et francophile, il écrit dans Justice, mais aussi dans des journaux conservateurs, pour alerter l’opinion et la mettre en garde contre la « menace » allemande. A la déclaration de guerre, il se range aussitôt du côté des Alliés contre les puissances d’Europe centrale. Il apporte un soutien inconditionnel au combat contre l’Allemagne et il milite au War Emergency Workers’ National Committee (Comité national ouvrier d’urgence en temps de guerre). Inversement les militants du BSP optent en général pour le pacifisme, aussi Hyndman et ses partisans font-ils scission en avril 1916 pour créer une organisation dissidente favorable à la lutte jusqu’à la victoire, qui deviendra le National Socialist Party dont Joseph Burgess* est le responsable national. Ils conservent la propriété de Justice. En 1917, Hyndman se déclare hostile à la révolution russe et en décembre, il va même jusqu’à préconiser une intervention armée contre le gouvernement bolchevique (cependant, en 1920, il s’opposera à toute intervention).

Hyndman ne survit pas longtemps à la paix et meurt en 1921 à l’âge de soixante-dix-neuf ans. Depuis 1920, le National Socialist Party était redevenu le Social Democratic Federation, mais le mouvement est maintenant sans force, d’autant que le jeune parti communiste a largement recruté parmi les militants du B.S.P. De fait, Hyndman, rallié au Labour Party, est devenu réformiste dans ses options, comme on pouvait le prévoir dès l’avant-guerre.

Hyndman s’est marié deux fois, en 1876 et en 1914. Sa première femme, Matilda Ware, meurt en 1913 ; sa seconde femme, Rosalind Travers, achève les souvenirs des dernières années de la vie d’Hyndman et après avoir remis le manuscrit à l’éditeur, elle meurt le 7 avril 1923, après avoir absorbé une trop forte dose de somnifères.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75663, notice HYNDMAN Henry Mayers, version mise en ligne le 5 janvier 2010, dernière modification le 5 janvier 2010.

ŒUVRE : England for All (L’Angleterre pour tous), Londres, 1881. — The Record of an Adventurous Life (Souvenirs d’une vie aventureuse), Londres, 1911. — Further Reminiscences (Mémoires), Londres, 1912. — The Last Years of Henry Hyndman (Les dernières années d’Henry Hyndman), Londres, 1923.

BIBLIOGRAPHIE : C. Tsuzuki, H.M. Hyndman and British Socialism, Oxford, 1961, ouvrage essentiel avec une bibliographie des écrits de Hyndman. — W. Kendall, The Revolutionary Movement in Britain, 1900-1921 : The Origins of British Communism, Londres, 1969. — H. Collins, « The Marxism of the Social Démocratie Fédération » in Essays in Labour History 1886-1923, A. Briggs et J. Saville eds, Londres, 1971. — Y. Kapp, Eleanor Marx, vol. 1, 1855-1883, Londres, 1972, vol. 2, The Crowded Years, 1884-1898, Londres, 1976. — S. Pierson, Marxism and the Origins of British Socialism, Ithaca, 1973. — Idem, British Socialists : The Journey from Fantasy to Politics, Cambridge, Massachusset, 1979. — J. Droz (éd.), Histoire générale du socialisme, t. II : de 1875 à 1918. — Dictionary of National Biography, 1912-1921.

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