HODGES Frank

Né le 30 avril 1887 à Woolaston, Gloucestershire ; mort le 3 juin 1947 à Ruthin, Denbighshire (aujourd’hui Clwyd) ; dirigeant syndicaliste.

Fils d’un ouvrier agricole parti chercher du travail dans les mines du Monmouthshire, Frank Hodges quitte l’école à douze ans pour entrer à la mine mais il suit des cours du soir de façon à compléter son instruction. Fervent méthodiste primitif, il participe à la vie de la chapelle locale : excellente formation et très classique pour un futur responsable trade-unioniste. Effectivement, dès l’âge de dix-huit ans, il s’engage dans le syndicalisme et adhère à la section d’Abertillery du parti ouvrier indépendant (Independent Labour Party), où il rencontre Philip Snowden* qui exerce sur lui une forte influence.

En 1909 Hodges reçoit une bourse pour Ruskin College, Oxford. Là il prend une part active à la fameuse grève menée par les étudiants de tendance marxiste qui dénoncent l’enseignement « bourgeois » pratiqué par ce collège ouvrier. La grève aboutit à une scission et Hodges termine ses études dans le collège dissident, le Central Labour College, fondé à Londres par les « grévistes » de Ruskin College, avec le soutien financier de quelques syndicats (en particulier le sien). A sa sortie du collège, Hodges fait un séjour de trois mois à Paris, puis il retourne dans le pays de Galles où il organise aussitôt des cours du soir d’anglais, d’économie et d’histoire ouvrière. Ultérieurement il sera chargé d’enseigner le français dans les cours de formation permanente du Monmouthshire ; et le salaire qu’il reçoit pour cet enseignement lui permet de réduire son temps de travail à la mine.

En 1912 Hodges est désigné comme « agent » des mineurs du secteur de la vallée de Garw. Au bout d’un an, le nombre des syndiqués a passé de deux mille à six mille adhérents. Hodges entre alors au comité exécutif de la Fédération des mineurs du Sud-Galles. Désormais il participe à tous les congrès nationaux des mineurs où il représente brillamment le Sud-Galles. Aussi, lorsqu’en 1918 Thomas Ashton*, le secrétaire de la Fédération des mineurs de Grande-Bretagne (Miners’ Federation of Great Britain), se démet de ses fonctions, c’est Hodges qui lui succède. Il s’installe donc à Londres au début de 1919, et par la force de sa personnalité ne tarde pas à s’imposer. C’est ainsi qu’il est appelé à siéger à la commission Sankey avec deux autres représentants des mineurs. Il y joue un rôle important en faisant connaître le programme syndical de nationalisation des mines. En 1920, il est élu secrétaire de l’Internationale des mineurs. A cette époque, il est devenu un des leaders de gauche du mouvement ouvrier mais en l’espace de quelques années, on assiste chez lui à un véritable retournement politique. Le premier signe apparaît au printemps de 1921 lors du « vendredi noir », qui aboutit au lâchage des mineurs par leurs deux partenaires au sein de la « Triple Alliance » : les cheminots et les ouvriers des transports. Accusé d’avoir, par ses déclarations au cours d’une réunion préliminaire à la Chambre des Communes, ouvert la voie au retrait des cheminots et des ouvriers des transports, Hodges offre sa démission, mais celle-ci est refusée, néanmoins sa position à la MFGB est de moins en moins tenable. Élu député de Lichfield (Staffordshire) en 1923, il abandonne ses deux postes de secrétaire : de la MFGB et de l’Internationale des mineurs.

Dans le gouvernement travailliste de 1924, il occupe un poste ministériel mineur – celui de Lord civil de l’Amirauté – et perd son siège aux élections qui suivent à la fin de l’année. Son évolution vers la droite s’accentue, sur le plan politique comme sur le plan syndical, où ses vues deviennent de plus en plus modérées. Cependant il redevient secrétaire de l’Internationale des mineurs en 1925 mais ses prises de position politiques le contraignent à démissionner au bout de deux ans.

Le gouvernement conservateur fait entrer Hodges à la direction de l’Électricité (Central Electricity Board) ; il devient aussi administrateur de plusieurs compagnies charbonnières, textiles et sidérurgiques. Le succès de la carrière patronale d’Hodges confirme alors l’opinion des syndicalistes qui estimaient depuis longtemps qu’il avait trahi la classe ouvrière.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75652, notice HODGES Frank, version mise en ligne le 5 janvier 2010, dernière modification le 5 janvier 2010.

ŒUVRE : Nationalisation of the Mines (Nationalisation des charbonnages), Londres, 1920. — My Adventures as a Labour Leader (Mes aventures de dirigeant ouvrier), Londres, 1925.

BIBLIOGRAPHIE : Times, 5 juin 1947. — G.D.H. Cole, A History of the Labour Party from 1914, Londres, 1948. — R.P. Arnot, The Miners, Years of Struggle... from 1910 onwards, Londres, 1953. — CL. Mowat, Britain between the Wars, Londres, 1956. — H. Francis et D. Smith, The Fed : a history of the South Wales Miners in the twentieth century, Londres, 1980.

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