HEPBURN Thomas

Né en février 1796 à Pelton, près de Chester-le-Street, Durham ; mort le 9 décembre 1864 à Newcastle, Northumberland (aujourd’hui Tyne and Wear) ; dirigeant mineur.

Mineur de fond, le père de « Tommy » Hepburn meurt dans un accident du travail laissant trois enfants en bas âge. Tommy, l’aîné, reçoit une instruction sommaire, apprend à lire la Bible et descend au puits de mine dès qu’il a huit ans. Il continue néanmoins d’apprendre tantôt seul tantôt au moyen de cours du soir. Fervent méthodiste primitif, il devient prédicateur laïque et se fait remarquer par son éloquence et son esprit de conciliation.

Vers le milieu des années 1820, Hepburn s’établit à Jarrow mais c’est en 1830 qu’il se met à organiser le premier syndicat des mineurs de charbon. Le différend porte d’abord sur le « contrat annuel » qui liait les mineurs en les contraignant à travailler pendant douze mois dans la même mine. En février et mars 1831, juste avant le renouvellement de ce contrat annuel, les mineurs, sous la direction d’Hepburn, se rassemblent en une série de meetings pour faire connaître leurs doléances (le point culminant est atteint le 21 mars : environ vingt mille mineurs, venus de quarante-sept puits de mine, se retrouvent dans un grand rassemblement à Newcastle et exposent publiquement leurs revendications). À cette manifestation populaire le patronat répond le 5 avril par une mesure de lock-out et la lutte se poursuit pendant deux mois. En fin de compte les mineurs obtiennent la journée de douze heures pour les jeunes garçons travaillant à la mine. Le succès des mineurs inquiète à la fois les propriétaires de mines et le gouvernement. L’agitation continue pendant tout l’hiver et au printemps de 1832 le mouvement de grèves repart, il s’amplifie durant l’été, renforcé par les tentatives patronales de revenir sur les concessions faites l’année précédente. Dans la confusion qui s’ensuit et qui est marquée par l’appel à des actes de violence, le syndicat, baptisé « Hepburn’s Union », perd ses adhérents et se disperse. Hepburn se retrouve sans emploi. Mis au ban des puits du Durham et du Northumberland, il traverse des années d’épreuves et de privations. On sait peu de choses de cette période sombre de sa vie. Pendant quelque temps, il enseigne puis il gagne une maigre pitance en colportant du thé de coron en coron. Hepburn réapparaît au début du mouvement chartiste et se fait le porte-parole vigoureux des droits politiques des ouvriers. Mais, vaincu par la misère, il finit par accepter un emploi dans une mine avec l’engagement de renoncer à toute action militante. Aussi refuse-t-il de prendre part à la grande grève de 1844 : à cette occasion, il rappelle aux mineurs leur manque de solidarité et leur indifférence à son égard durant ses années de dénuement. Sa mauvaise santé le contraint de s’arrêter de travailler à l’âge de soixante-trois ans.

De fait, la réputation de Tommy Hepburn reste liée au rôle qu’il a joué dans la grève des mineurs du Nord en 1831. Comme lui, la plupart des leaders du mouvement appartenaient au méthodisme primitif et étaient des prédicateurs laïques, notamment Benjamin Embleton et John Richardson. Tous mettaient l’accent sur l’unité, la patience et l’instruction des mineurs.

Le fils de Richardson émigrera en Australie où il entrera à l’Assemblée législative de l’État de Victoria. Un intéressant article qu’il publie en 1883 et qui emprunte largement à ses souvenirs personnels (il y évoque notamment la personnalité de son père) retrace l’influence du méthodisme primitif sur le monde ouvrier : « Le leader par excellence du mouvement fut Tommy Hepburn. Au début, c’était un méthodiste primitif (par la suite, il a pris ses distances avec cette confession) et c’est dans cette famille spirituelle qu’il a puisé son idéal et acquis sa formation. Hepburn avait une vocation de chef ; orateur éloquent, sa voix portait au loin et il pouvait être entendu par une assemblée de plusieurs milliers de personnes dont il emportait la conviction. Il était d’un désintéressement total et tous avaient en lui une confiance illimitée. De grande taille, il avait le port imposant. Il portait habituellement un costume bleu selon la mode du temps. Pendant des années, on garda son souvenir, au point de figurer longtemps après sa mort dans les spectacles populaires de lanterne magique. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75644, notice HEPBURN Thomas, version mise en ligne le 5 janvier 2010, dernière modification le 5 janvier 2010.

BIBLIOGRAPHIE : R. Richardson, « Primitive Methodism : Its Influence on the Working-Classes », Primitive Methodist Quarterly Review (1883). — S. Webb, The Story of the Durham Miners (1662-1921), Londres, 1921. — R. Challinor & B. Ripley, The Miners’ Association : A Trade Union in the Age of the Chartists, Londres, 1968. — Joyce Bellamy, John Saville (éd.), Dictionary of Labour Biography, t. III.

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