HEADLAM Stewart Duckworth

Par Cédric Boissière (octobre 2011)

Né le 12 janvier 1847 à Liverpool ; mort le 18 novembre 1924 à Londres ; socialiste chrétien.

Fils d’un riche agent d’assurance évangéliste, Stewart Headlam fit ses études à Eton, puis à l’Université de Cambridge. Là, il rencontra le socialiste chrétien F.D. Maurice et il décida de devenir pasteur anglican.

En 1870, il fut nommé vicaire de la paroisse londonienne de Saint-John, Drury Lane, où il s’intéressa au monde du théâtre. Ses prêches dans la lignée de la pensée de Maurice qui refusait le concept de punition éternelle lui valurent ses premiers affrontements avec sa hiérarchie. En 1873, il fut déplacé et devint pasteur d’une paroisse populaire, en plein cœur de l’East End, St-Matthew, à Bethnal Green. Il s’installa dans un logement ouvrier « modèle ». Comme il aimait les débats publics où il excellait, il s’attira de vives critiques. On lui reprochait non seulement son franc-parler, mais aussi ses déclarations provocantes sur la corrélation nécessaire entre christianisme et réforme de la société. Dans cette ligne, Headlam fonda, en 1877, la Guild of St-Matthew (dissoute en 1909), mouvement avancé et discuté, alliant la théologie du mouvement d’Oxford (dit aussi High-Church) et le socialisme, dans une perspective à la fois spirituelle et sociale. Cette guilde n’eut jamais plus de 360 membres. Cependant, elle permit à une partie de l’Église anglicane de ne pas se couper de la classe ouvrière. Toujours en 1877, Headlam, ardent adversaire du puritanisme victorien, ajouta à la controverse en se proposant comme témoin à décharge de Charles Bradlaugh et Annie Besant dans le retentissant procès entraîné par leur campagne en faveur du contrôle des naissances. Il fut à nouveau déplacé. Après deux derniers postes de vicaire, il fut définitivement interdit d’exercer son ministère en 1883, après avoir demandé l’abolition de la Chambre des Lords. Ces sanctions n’entamèrent pas son ardeur. Sa fortune personnelle lui permit alors de vivre sans travailler, mais aussi de financer ses activités politiques et associatives.

En 1878, il avait épousé Beatrice Rosamond Pennington. Le couple se sépara rapidement, sans avoir eu d’enfants.

De 1883 à 1895, Headlam se fit le porte-parole de la réorganisation agraire et économique prônée par Henry George, l’auteur de Progrès et Pauvreté (1879). De 1884 à 1895, il dirigea le journal, Church Reformer, qu’il avait fondé et qui diffusait les théories de la Guild of St-Matthew, de Henry George et bien sûr celles de Headlam, principalement sur l’éducation. En 1888, Headlam fut élu au London School Board, l’organisme qui gérait les écoles de la capitale. Il y resta jusqu’en 1903. Là, il alimenta de nouvelles polémiques, en préconisant la suppression de l’enseignement religieux dans les écoles. Il obtint aussi que les contrats passés par le London School Board le fussent avec des entreprises qui respectaient les droits syndicaux et qui payaient le minimum syndical. Il s’engagea aussi pour la formation continue avec le développement de cours du soir. Il dirigea ainsi à partir de 1897 l’Evening Continuation Schools Committee. En 1907, il fut élu au London City Council, le conseil municipal de la capitale, où il siégea jusqu’à sa mort.

On le retrouva au centre d’une autre polémique quand il se lia d’amitié avec Oscar Wilde au moment où l’écrivain était condamné pour homosexualité et emprisonné de 1895 à 1897.

Adhérent de la Société fabienne dès ses débuts, Headlam y fut toujours considéré comme un membre de l’aile droite du mouvement, malgré le fait qu’il y prônait un engagement plus actif. Il présida, à l’automne de 1888, une série de conférences ultérieurement publiées sous le titre Fabian Essays in Socialism. Il fut membre du comité exécutif à trois reprises entre 1890 et 1911.

Durant la Première Guerre mondiale, Headlam adopta une ligne patriotique et soutint la cause de la défense de la nation et de l’Empire.

Il décéda d’une crise cardiaque à son domicile. George Bernard Shaw s’est inspiré de lui pour son personnage du Revd James Morell, dans sa pièce Candida.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75641, notice HEADLAM Stewart Duckworth par Cédric Boissière (octobre 2011), version mise en ligne le 5 janvier 2010, dernière modification le 21 mars 2012.

Par Cédric Boissière (octobre 2011)

ŒUVRE : The Laws of Eternal Life (1884), The Meaning of the Mass (1905), The Socialist’s Church (1907). Brochures sur la théologie, les réformes sociales ou le théâtre.

BIBLIOGRAPHIE : F.G. Bettany, Stewart Headlam, Londres, 1926. — K.S. Inglis, Churches and the Working Class in Victorian England, Londres, 1963. — P. d’A. Jones, The Christian Socialist Revival, 1877-1914, Princeton, New Jersey, 1968. — Joyce Bellamy, John Saville (éd.), Dictionary of Labour Biography, t. II. — J. Droz (éd.), Histoire générale du socialisme, t. II : de 1875 à 1918. — Jeremy Morris, ‘Headlam, Stewart Duckworth (1847–1924)’, Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004 — E. R. Norman, The Victorian Christian Socialists, Cambridge U. P, 2002.

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