LEJOUR Robert. Pseudonyme dans la Résistance : PEETERS (Belgique, DBK)

Par José Gotovitch

Né le 10 janvier 1905 à Anderlecht (Bruxelles), assassiné le 31 août 1944 à la Citadelle de Liège ; avocat ; président de la Section belge du Secours rouge international (SRI) ; membre du Comité exécutif mondial du SRI et du secrétariat de l’Association juridique internationale ; commandant des Partisans armés.

Né dans une famille bourgeoise Robert Lejour adhéra et présida pendant ses études de droit à l’Université de Bruxelles, de 1923 à 1927, la Fédération indépendante des étudiants socialistes. Il la représenta en octobre 1926 au premier congrès de la section belge du SRI qui l’élut à son comité exécutif.

En avril 1927, il fut invité par télégramme à Moscou où se tenait la 2e conférence Internationale du SRI à laquelle il participa avec Charles Plisnier, alors membre du Parti communiste belge (PCB) et président de la section belge. Il prit place au secrétariat de l’Association juridique internationale. En juillet 1927, le Présidium du SRI le coopta au Comité exécutif international. Comme le soulignait Plisnier dans une correspondance privée, c’était le social-démocrate qui était ainsi mis en avant pour des raisons faciles à comprendre. Peu de temps après cependant, le Parti ouvrier belge (POB) dénonça le SRI comme une machine communiste. Parce qu’il y demeurait, Lejour se retrouva en dehors du Parti socialiste.

Mais en 1928, la discussion sur l’Opposition quidéchirait le PCB traversa le SRI. À la séance du 25 mai du comité exécutif, Lejour déposa une protestation écrite contre les pressions du Présidium. En cause, les mesures de répression, en particulier les déportations des membres de l’opposition en Russie sur lesquelles Plisnier présenta un rapport le 3 juin. Le 1er août 1928, le délégué du Présidium intervint une nouvelle fois au cours de la réunion du comité central du SRI. Il prononça la dissolution de ce dernier et mit en place un comité provisoire où se retrouva Lejour. Il en devint secrétaire. En 1931 il participa au 3e plénum international d’avril. En novembre, il posa à Contreras, l’instructeur du SRI en mission à Bruxelles, la question de son adhésion au PC. Celui-ci la lui déconseilla, préférant la fiction d’un président de SRI « sans parti ». Prévoyant, il écrivit à Moscou : « Lejour membre du Parti aujourd’hui, signifierait Lejour hors du Parti et du SRI dans les trois mois ».

Mais les réserves exprimées à propos du procès des industriels amenèrent la fraction du PC à exiger la présence d’un membre du Parti au secrétariat. Avec l’accord de la délégation internationale, le 3e congrès de la section belge le désigna en janvier 1932 comme président et c’est comme tel qu’il participa au congrès mondial de novembre 1932.

En mai 1934 cependant, Robert Lejour et un autre avocat, Pierre Vermeylen, ancien dirigeant de la Jeunesse communiste et ancien président de la section, estimèrent devoir protester contre l’expulsion de France de Trotsky.

Si l’expulsion d’URSS ne pouvait être condamnée, car il s’agissait d’un État prolétarien, l’expulsion par la France bourgeoise se devait de l’être et Trotsky devait être soutenu comme tous les émigrés politiques. Vermeylen* présenta un rapport au comité exécutif développant cette thèse. Or déjà en 1933, les deux mêmes avaient soulevé la questionde Victor Serge. À Moscou, la vice-présidente du SRI, Chevelovia, rédigea des instructions pour faire expulser les deux opposants. Le congrès belge en préparation fut repoussé. La fraction PC du SRI obtint un vote majoritaire qui entraîna la démission de Vermeylen. Mais à Moscou, Stassova choisit la discussion. Les deux rebelles furent invités à Moscou. Dans la première quinzaine de juillet, pas moins de cinq réunions se déroulèrent avec Stépanov, Stassova, Verdi (Menotti) Germanetto, Contreras, Berei et le Belge Van den Boom, preuve de l’importance attachée à ces deux personnalités. Après de multiples remaniements, un protocole fut signé le 14 juillet qui qualifiait Trotsky d’ennemi du premier État prolétarien et de diviseur de la solidarité prolétarienne internationale. En fait, au-delà de Trotsky, Lejour et Vermeylen avaient posé la question de l’attitude communiste en Allemagne ainsi que l’obligation de maintenir au sein du SRI un pluralisme révolutionnaire. Il est intéressant de noter le curieux acharnement mis à cette époque à convaincre ces deux militants, non membres du PC, dans une question relevant aux yeux de l’IC surtout du trotskysme.

Après s’être finalement inclinés, Vermeylen s’éloigna du SRI, mais Lejour demeura actif au sein du comité exécutif belge et adhéra formellement au PCB. Il disparut brusquement à la fin de l’année 1936 et fut exclu du PCB en novembre 1937 pour son comportement privé, explication de ce qui précède.
Cependant sous l’Occupation il participa activement à l’organisation clandestine communiste et au Front de l’indépendance au Palais de Justice. Clandestin depuis décembre 1942, il demanda et obtint comme un honneur sa réintégration au Parti en novembre 1943. Celui-ci l’avait mis à l’épreuve en confiant en avril 1943 à l’officier dégradé en 1932 pour son action politique, la direction du Corps des Partisans Armés de Liège. Cœur de la résistance armée communiste, le corps de Liège décupla d’activité sous sa direction. Arrêté sur dénonciation, le 9 mai 1944, Lejour assuma devant le tribunal allemand l’entière responsabilité de l’action des hommes de la Brigade spéciale, dont l’occupant tentait de faire un grand procès public du type de celui de Manouchian. Il proclama sa foi dans le communisme et en l’URSS. Le bruit a longtemps couru qu’un échange avait été envisagé avec le général Paulus (!) en raison des liens de Lejour avec les Soviétiques. Des démarches furent tentées dans ce sens du côté belge, nous n’en connaissons pas l’écho en URSS. Mais Robert Lejour demeura enfermé et le chef de la SIPO-SD (Sicherheitspolizei und Sicherheitsdienst, police secrète SS) de Liège ordonna son assassinat au moment de sa fuite.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75630, notice LEJOUR Robert. Pseudonyme dans la Résistance : PEETERS (Belgique, DBK) par José Gotovitch, version mise en ligne le 3 janvier 2010, dernière modification le 10 août 2010.

Par José Gotovitch

SOURCES : RGASPI, 495 193 123, 539 1 33, 539 2 44, 539 2 651. — CARCOB, Microfilms IML, Section belge SR. — Notice biographique J. Gotovitch, Du Rouge au Tricolore. Les Communistes belges de 1939 à 1944, Bruxelles, Labor, 1992, p. 543.

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