HENTGÈS Pierre, dit CARPIGNY

Par Yves Le Maner

Né le 26 avril 1907 à Hellemmes (Nord), mort le 8 décembre 1992 à Cannes (Alpes-Maritimes) ; professeur d’allemand ; militant et journaliste communiste ; résistant ; attaché de cabinet de Maurice Thorez (1945-1946) ; délégué du PCF auprès du comité directeur du Kominform (1948) ; directeur de la rubrique de politique étrangère de l’Humanité.

Fils de Joseph Hentgès, peintre en voiture, futur militant communiste du Nord, Pierre Hentgès fit de brillantes études au lycée puis à la Faculté de Lille où il obtint une licence de philosophie et une licence d’allemand. Maître d’internat (1927), puis professeur d’allemand à l’école primaire supérieure d’Avesnes-sur-Helpes (Nord) à partir de 1929, il professa pendant quelques mois à l’EPS de Denain (Nord) en 1931, puis à l’école française de Wiener-Neustadt (Autriche) pour l’année scolaire 1931-1932. Il se rendit ensuite à Berlin comme « professeur d’échanges », mais fut mis en demeure, en 1934, de quitter le territoire du Reich pour avoir épousé en mars 1934 à Berlin, une femme de confession israélite, Esther Barischpolski (sans être membre du PCF, elle donna un cours d’allemand à l’Université ouvrière en 1937). Le couple divorça en 1951. Il devint alors professeur à l’EPS de Lyon, puis, en 1936, à l’EPS Arago (Paris XIIe arr.).

Suivant l’exemple paternel, Pierre Hentgès avait adhéré aux Jeunesses communistes dès 1921 et était entré au Parti communiste en 1926 à l’issue du congrès de Lille. Rédacteur à L’Enchaîné du Nord, quand celui-ci, d’octobre 1926 à mars 1927, parut comme quotidien, Pierre Hentgès occupa ensuite des postes de responsabilité au sein des JC et des Amis de l’URSS. Après son retour en France en 1934, il milita dans les rangs de la Fédération unitaire de l’Enseignement et collabora à plusieurs journaux dont La Voix du Peuple, Lyon républicain et La Terre. Il avait attiré l’attention de la commission des cadres en raison de ses connaissances linguistiques (anglais, italien, russe, allemand) ; elle lui avait demandé de traduire les biographies écrites en allemand notamment celles des Alsaciens.

Pierre Hentgès fut appelé à jouer un rôle important dans la résistance des intellectuels communistes pendant l’Occupation. Le 18 avril 1940, il avait été arrêté pour diffusion de tracts « en infraction au décret portant dissolution des organisations communistes », mais il était parvenu à s’évader le 15 juin 1940 lors du transfert des détenus du camp de Cépoy (Loiret) vers un camp de la zone Sud et il s’était immédiatement réfugié dans l’illégalité à Paris. Il y édita, dès juillet 1940, L’Éveil du XXe clandestin et il y apprit quelques mois plus tard sa condamnation par contumace à cinq ans de prison par le tribunal militaire de Périgueux (15 décembre 1940). Selon le rapport de quinzaine des Renseignements généraux du 10 janvier 1944, la Section spéciale de la Cour d’appel l’aurait relaxé après son action d’avril 1940. Nommé, en février 1941, responsable du Front national universitaire pour l’enseignement supérieur, il s’efforça de structurer cette organisation de résistance et travailla clandestinement à la rédaction et à la diffusion de L’Université libre et de La Pensée libre. Devenu ensuite agent de liaison entre la direction du Parti communiste et les militants communistes allemands du groupe « Travail allemand », il s’occupa également de la diffusion au sein des unités de la Wehrmacht du Soldat im Westen puis, après la constitution du « Comité de l’Allemagne libre » de la distribution de l’organe de ce dernier groupe, Volk und Vaterland ; il participa personnellement à la rédaction de nombreux tracts en allemand. Arrêté à nouveau à Paris le 14 août 1943, il fut d’abord détenu à la Santé puis interné administrativement au centre des Tourelles d’où il s’évada en compagnie de sept autres détenus le 21 février 1944. Il reprit alors son action aux côtés du « Travail allemand » et contribua notamment à l’évasion de plusieurs soldats polonais de la légion Speer en garnison à Enghien. Pendant l’été 1944, il se rendit à Troyes, puis à Dijon, enfin à Nancy où furent diffusés des milliers de tracts aux troupes en retraite. Pour l’ensemble de son action, Pierre Hentgès fut décoré de la médaille de la Résistance en juillet 1947.

À son retour à Paris en octobre 1944, Pierre Hentgès avait été nommé officier du rapatriement au ministère des Prisonniers de guerre et déportés. Il appartint par la suite au comité directeur de Libres, quotidien du Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés. Le 1er décembre 1945, il fut nommé attaché au cabinet de [Maurice Thorez->24000*, ministre d’État puis vice-président du conseil jusqu’en mai 1947 et il fit office de secrétaire particulier du leader communiste pendant la même période. Rédacteur en chef adjoint à Ce soir jusqu’en octobre 1947, Pierre Hentgès fut, l’année suivante, l’un des représentants français au comité directeur du Kominform et il devint, à Belgrade, puis à Bucarest, adjoint au rédacteur en chef de Pour une paix durable, pour une démocratie populaire, organe du Bureau d’information des Partis communistes. Entré en 1949 à la rédaction de l’Humanité, il fut successivement correspondant du quotidien communiste à Prague, chef de la rubrique de politique étrangère (1951-1954) et enfin, de 1955 à 1959, correspondant de l’Humanité à Moscou. Il devint ensuite secrétaire de Louis Aragon pour son Histoire de l’URSS (parue en 1962), puis, à partir de 1963, rédacteur en chef de La Nouvelle revue internationale, édition française du mensuel Problèmes de la paix et du socialisme édité à Prague. Entré en 1967 au conseil d’administration de l’Institut Maurice Thorez, il prit sa retraite en 1972.

Pierre Hentgès prit parti dans les discussions ouvertes lors des XXIVe et XXVe congrès du PCF : « Quelle vanité qu’un socialisme qu’on construirait pas à pas, dans la liberté, à l’abri d’un bouclier atlantique ! a-t-il écrit. Jamais le capital monopoliste n’a utilisé l’État aussi directement qu’aujourd’hui pour défendre ses intérêts. Le pouvoir soviétique a créé, lui, une société nouvelle parce qu’il ne s’en est jamais remis aux cadres légaux du régime qu’il remplaçait. L’URSS et ses alliés ne sont ni un modèle, ni le commencement de la Révolution socialiste. Ils sont, qui ne le voit aujourd’hui, la Révolution. » Citation qui, peut-on penser, reflétait avec exactitude le fond de sa pensée en 1985.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75560, notice HENTGÈS Pierre, dit CARPIGNY par Yves Le Maner, version mise en ligne le 29 décembre 2009, dernière modification le 29 décembre 2009.

Par Yves Le Maner

ŒUVRE : Outre les publications citées au cours de la biographie, Pierre Hentgès a collaboré à de nombreux périodiques communistes en France et à l’étranger ; pour la production française on peut retenir La Pensée, La Nouvelle critique, Europe, les Cahiers de l’Institut Maurice Thorez. Il a publié un livre, Khrouchtchev en France (1960), participé à l’ouvrage collectif USA-URSS. Le grand Défi, Paris, 1967, et à la traduction de la Correspondance Marx-Engels, tome VIII (1981).

SOURCES : Arch. PPo, rapports de quinzaine des Renseignements généraux. — RGASPI, 495 270 5876. — Arch. J. Maitron. — Éléments autobiographiques fournis par Pierre Hentgès. — Notes de J. Girault et de M. Moissonnier.

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