HARDY Thomas

Né le 3 mars 1752 à Larbert, Stirlingshire, Ecosse ; mort le 11 octobre 1832 à Londres (Pimlico) ; leader radical.

Orphelin de père de très bonne heure, Thomas Hardy fut élevé par son grand-père, un cordonnier qui lui enseigne son métier. À vingt-deux ans le jeune Écossais va tenter sa chance à Londres. Il se marie en 1781 et réussit, dix ans plus tard, à s’établir dans une petite échoppe de cordonnier, à Piccadilly. Il commence alors à jouer un rôle politique actif et au début de 1792, on le trouve à la tête de la London Corresponding Society. Cette association de propagande et d’agitation démocratique reçoit aussitôt l’appui des intellectuels radicaux et révolutionnaires notamment Horne Tooke, Thomas Holcroft, John Richter et surtout John Thelwall*, le cerveau de l’organisation. Holcroft et Thelwall étaient des amis de William Godwin*, dont le célèbre ouvrage « Justice politique » (Political Justice) parut en février 1793. Thomas Spence* et Thomas Evans militent également à la London Corresponding Society (T. Evans deviendra le porte-parole des « philantropes spencéens » à la mort de Spence).

Les membres de la London Corresponding Society se recrutaient avant tout, selon Hardy, parmi les « artisans et les boutiquiers » et le programme de l’association développait un radicalisme égalitaire taxé de révolutionnaire par le Gouvernement. À cette époque l’aristocratie dirigeante très alarmée par la Révolution française considérait qu’il fallait réprimer à tout prix l’activité des jacobins britanniques (le terme « jacobin » reste d’ailleurs un terme d’opprobre, utilisé pour déconsidérer ses adversaires jusqu’au temps du chartisme).

En novembre 1793, se réunit à Edimbourg une Convention à laquelle la London Corresponding Society envoie deux délégués, Maurice Margarot et Joseph Gerrald et dont le but est de lancer une campagne nationale de réformes. Le gouvernement de Pitt décide de mettre fin à la Convention le 5 décembre et procède à une série d’arrestations, dont celles des deux délégués londoniens (tous deux, en compagnie de trois Écossais Muir, Palmer et Skirving, seront déportés en Australie l’année suivante). À son tour, Thomas Hardy est arrêté pour haute trahison le 12 mai 1794 et conduit à la Tour de Londres. Tandis qu’il est en prison, la populace attaque sa maison et sa femme qui venait d’accoucher, meurt de frayeur. Ouvert le 28 octobre 1794 le procès, grâce à la défense du célèbre avocat Thomas Erskine, tourne en faveur de l’accusé : le jugement rendu le 5 novembre le reconnaît innocent. Accueilli par une foule considérable à la sortie du tribunal, Hardy est porté en triomphe à travers les rues de la capitale. Mais le séjour en prison et les frais du procès l’ont privé de ressources et il faut l’aide de ses amis pour qu’il puisse reprendre une activité professionnelle, d’abord dans Covent Garden puis, à partir de septembre 1797, dans Fleet street, où il demeurera jusqu’à sa retraite en 1815.

Vers 1798-1799, la London Corresponding Society, victime de la répression gouvernementale et des attaques de la presse, est en pleine décadence : les effectifs ont fondu, l’audience décroît. Pourtant cette première tentative des classes populaires pour établir un régime démocratique a été un laboratoire d’idées et d’action. Avec ses ramifications dans tout le pays, la London Corresponding Society a tenu une place considérable dans l’histoire du mouvement ouvrier, d’autant qu’elle a formé de nombreux leaders et agitateurs radicaux.

Hardy vécut jusqu’à quatre-vingt-un ans, soutenu financièrement pendant les dernières années de sa vie par sir Francis Burdett et quelques amis fidèles. À ses obsèques, ce fut Thelwall qui prononça l’oraison funèbre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75487, notice HARDY Thomas, version mise en ligne le 15 décembre 2009, dernière modification le 15 décembre 2009.

ŒUVRE : Memoirs of Thomas Hardy (Souvenirs de Thomas Hardy), Londres, 1832. — Testaments of Radicalism : Memoirs of Working-Class Politicians, 1790-1885 (Testaments de radicaux : souvenirs de politiciens ouvriers), D. Vincent éd., Londres, 1977.

BIBLIOGRAPHIE : The Trial of Thomas Hardy for High Treason, 4 vol., Londres, 1794-1795. — H. Collins, « The London Corresponding Society » in Democracy and the Labour Movement, J. Saville éd., Londres, 1954. — E.P. Thompson, The Making of the English Working Class, Londres, 1963, 2e éd. révisée, 1968. — Bibliographical Dictionary of Modem British Radicals, vol. I, 1770-1830, Londres, 1979. — A. Horn, For the Cause of Truth : Radicalism in London 1796-1821, Oxford, 1982. — J. Droz (éd.), Histoire générale du socialisme, t. 1 : Des origines à 1875.

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