HAMILTON Mary Agnes

Par Audrey Vedel Bonnéry (nouvelle notice, janvier 2012)

Née au 60 Parsonage Road, Withington, à Manchester, le 8 juillet 1882 ; morte au 28 Kenilworth Road, Ealing, à Londres, le 10 février 1966 ; socialiste.

Mary Agnes Adamson est née de parents écossais, Margaret Duncan et Robert Adamson. Elle est l’aînée de six enfants. Sa mère, avant son mariage en 1881, enseigne la botanique au lycée pour filles de Manchester, et son père la logique et la métaphysique à Owens College, à Manchester, avant de délivrer des cours successivement à l’Université d’Aberdeen puis de Glasgow.

Parcours scolaire et universitaire

Après des études secondaires aux lycées de filles d’Aberdeen et de Glasgow, Mary entre en 1901 à l’Université de Kiel, capitale du Land Schleswig-Holstein, en Allemagne. Kiel est un grand port sur la mer Baltique, où l’inauguration de l’Arsenal Germania en 1882 a lancé l’essor industriel des chantiers navals et dont les ateliers donnent naissance en 1903 aux premiers sous-marins allemands. Mary Hamilton y reste sept mois pour apprendre l’allemand.

Lorsqu’elle entre au Newnham College à Cambridge, elle devient une spécialiste de la poète britannique née allemande Mathilde Blind. Elle lit des classiques pendant deux ans, puis se consacre à l’économie à un moment où peu de femmes étudient ce sujet. On lui attribue les honneurs de première classe en 1904. C’est au cours de ces années qu’elle commence à s’intéresser à la politique et aux questions sociales. Sa participation aux débats politiques du College et sa voix à la fois forte et grave font d’elle une oratrice remarquée.

Enseignante, journaliste et femme politique

Bien qu’elle ait regretté que la devise de carrière du Newnham College soit « Enseigner ou rien », elle devient en janvier 1905 assistante professeur en histoire à l’University College du Sud du pays de Galles à Cardiff, un poste dont elle démissionne moins d’un an après. Elle y fait la rencontre de son collègue Charles J. Hamilton, qui enseigne la science politique, et elle l’épouse le 12 septembre 1905. Ils se séparent quelques années plus tard, mais la jeune femme garde le nom de son mari et commence sa carrière de journaliste. Puis, en 1913, elle rejoint l’Economist et travaille pendant un an dans la Commission des propriétés terriennes et foncières (Land Commission) du libéral David Lloyd George, chancelier de l’Échiquier et futur premier ministre. Son rapport est très remarqué au sein de la commission. Mais ses centres d’intérêt sont le suffrage des femmes et la réforme de l’assistance publique, alors qu’elle fait parallèlement son premier voyage aux États-Unis.

Socialiste et pacifiste

En 1914, « Molly » (comme elle est souvent nommée) a écrit deux romans et des livres d’histoire, en particulier sur la Grèce et sur Rome. Elle a aussi publié des traductions. Politiquement, elle prend part aux campagnes en faveur du vote des femmes et pour la réforme de la Poor Law : d’abord favorable au rapport majoritaire de la Commission de la loi des pauvres, elle se rallie ensuite au rapport minoritaire après en avoir débattu avec Beatrice Webb. Au cours de ces années, elle passe du libéralisme au socialisme et est une oratrice très appréciée. En juillet 1914, elle s’inscrit à l’Independent Labour Party (ILP), à la fois par conviction socialiste – elle participe à la rédaction de la constitution du parti – et par pacifisme.

Au lendemain de la déclaration de la guerre, elle adhère à l’Union of Democratic Control (UDC), où elle rejoint Ramsay MacDonald, Edmund Morel, Charles Trevelyan et Norman Angell. L’année d’avant, elle a rejoint l’Economist, dont le rédacteur en chef est un pacifiste convaincu, F.W. Hirst ; elle le suit quand ce dernier rompt avec le journal en 1916 pour collaborer à Common Sense, tout en contribuant également aux pages du mensuel War and Peace, journal à la recherche d’un système de sécurité collective. Lorsqu’éclate la première révolution russe, on la trouve au « Club 1917 », où se réunissent par convictions pacifistes radicaux et socialistes de l’ILP et de l’UDC. Elle est opposée au communisme et à tout ce qui se rapporte à la révolution bolchevique d’octobre 17. Elle devient membre du groupe anti-guerre de Lady Ottoline Morell et se mêle aux cercles littéraires des familles Woolf et Huxley, de D.H. Lawrence et de Lytton Strachey. En 1916, elle publie son roman Mort hier (Dead Yesterday) où elle dépeint les conséquences de 1914 sur les intellectuels et leur dilemme face à la guerre.

Journaliste et militante

En 1918, Mary Agnes Hamilton est une journaliste et oratrice reconnue. La guerre finie, elle quitte Common Sense pour s’associer en 1920 et 1921 à la tentative conduite par Philip Gibbs pour relancer la Review of Reviews ; au même moment, elle collabore régulièrement au périodique Foreign Affairs de l’UDC. Toutefois, elle milite avant tout à l’ILP où elle figure dans plusieurs comités. Grande admiratrice de Ramsay MacDonald, elle est l’auteur (sous le pseudonyme d’Iconoclaste) de deux panégyriques du leader : J.R. MacDonald (1923) et The Man of Tomorrow (L’homme de demain ; 1923), ce qui lui vaut d’être choisie par Clifford Allen comme rédactrice en chef adjointe du New Leader (le journal de l’ILP), avec mission d’empêcher le nouveau rédacteur en chef Henry Noel Brailsford de trop dévier à gauche de la ligne du parti.

En tant que candidate travailliste pour Rochester et Chatham, elle tente une première fois d’être élue députée en 1923, puis elle se rapproche davantage des syndicalistes que des intellectuels du parti. Elle perd à nouveau à l’élection de 1924. Ramsay MacDonald la fait nommer au Comité Balfour sur le commerce et l’industrie (1924-1929), où elle signe le rapport de la minorité. Au cours de ces années, elle écrit les biographies de Margaret Bondfield et de Mary Macarthur. C’est en 1929 qu’elle gagne l’un des deux sièges de député pour Blackburn et qu’elle entre au Parlement. Elle est la première candidate femme du parti à obtenir autant de voix lors de son élection en tant que députée.

Députée

Le succès de son premier discours devant les Communes lui vaut le poste de secrétaire privée parlementaire de Clement Attlee et la fait nommer à la Commission royale sur le service civil, où elle exerce entre 1929 et 1931. Au cours de ces deux années, elle aide le ministre des postes et télécommunications Attlee pour l’écriture de son autobiographie. Elle est remarquée par son impressionnant professionnalisme et par le port de chaussures rouges lors de ses venues à la Chambre des communes. En 1929, elle présente la première du programme de la BBC The Week in Westminster [Une semaine à Westminster], une émission à destination d’une audience féminine consacrée à la vie politique. Elle est aussi l’une des deux femmes nommées au poste de déléguée du Royaume-Uni à la Société des Nations et siège aux comités pour les réfugiés et la coopération intellectuelle. L’estime que lui inspire, à Genève, l’action d’Arthur Henderson, alors secrétaire d’État aux affaires étrangères, l’amène à écrire sa biographie, qui s’avère être la meilleure de toutes, Arthur Henderson (1938). Elle se rapproche aussi de son collègue et autre délégué Hugh Dalton, qui deviendra chancelier de l’Échiquier. Elle est d’un grand soutien aux projets de paix et de sécurité collective de la Société des Nations.

Sur le front intérieur, Mary Agnes Hamilton attaque de plus en plus le parti travailliste sur son incapacité à remédier au problème du chômage. Les échecs de Ramsay MacDonald dans le domaine, puis sa défection en août 1931, transforment l’admiration de Mary pour le premier ministre en opposition sans merci. Elle ne rejoint pas le gouvernement d’union nationale constitué en août 1931 sous l’égide de MacDonald et est élue à l’exécutif du groupe parlementaire travailliste. Là, elle conduit l’attaque contre la loi des finances, en soutenant que seule une redistribution des revenus par le biais de la fiscalité permettra de lutter contre la crise capitaliste de sous-consommation : elle préconise une économie planifiée et la nationalisation des industries de base. Mais à l’automne 1931, elle perd définitivement son siège.

Présentatrice radio et haut fonctionnaire

Au cours des années 1930 et 1940, elle consacre la plus grande partie de son temps à l’enseignement, à la présentation d’émissions radio et à l’écriture. Elle a, à ce moment de sa vie, une attirance particulière pour les États-Unis, où elle se rend fréquemment, pour donner des conférences et participer à des séminaires. Elle publie en 1933 une biographie des Webb. De 1933 à 1937, elle fait partie du conseil d’administration de la BBC. En 1934, elle adhère au corps multiparti du centre, connu sous le nom de « Groupe d’union nationale pour cinq ans » et associé dans l’esprit public à Harold Macmillan et à Clifford Allen ; puis elle s’en retire, mais y revient par principe quand Arthur Greenwood, au nom du parti travailliste, veut obliger ses membres à rompre toutes relations avec le groupe. En 1935, elle intervient pour soutenir les sanctions appliquées par la Société des Nations contre l’Italie, qui sont rejetées par la force. Elle est aussi un membre du Brains Trust. Ses émissions radio régulières abordent des sujets variés. C’est sa série de discussions autour des nouveaux romans qui est la plus connue.

Pendant la durée de la Seconde Guerre mondiale, Mary Agnes Hamilton entre temporairement dans la fonction publique, travaillant d’abord au ministère de l’Information (1940-1941), puis au ministère de la Reconstruction (1941-1944), pour lequel elle voyage afin de présenter les propositions du Comité Beveridge, ce qui la conduit à effectuer une tournée de conférences aux États-Unis en 1942. On la retrouve en 1944 au ministère de l’Information à la tête de la section États-Unis, alors qu’elle publie sa première autobiographie Remembering my Good Friends, puis aux Affaires étrangères lorsque la section États-Unis est transférée au Foreign Office en 1946.

Au sortir de la guerre, elle maintient des relations étroites avec ses collègues et amis outre-Atlantique, notamment par le biais du Syndicat de l’anglophonie qu’elle soutient en contribuant au journal du mouvement. Elle est récompensée en 1949 pour son travail au sein des services publics par une nomination en tant que Commander of the British Empire (CBE). Mary demeure dans la fonction publique jusqu’en 1952, avant de se retirer définitivement des affaires. Sa seconde autobiographie paraît en 1953, sous le titre Uphill All the Way, une présentation des contributions de sa remarquable carrière de femme politique et des revirements de ses croyances spirituelles. Elle explique comment celles-ci évoluent de l’humanisme à une acceptation partielle du christianisme. Mary Agnes Hamilton continuera d’écrire jusqu’à son dernier souffle, avant d’être incinérée au cimetière de Golders Green et de laisser un patrimoine estimé à un montant de 6,723 livres sterling.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75482, notice HAMILTON Mary Agnes par Audrey Vedel Bonnéry (nouvelle notice, janvier 2012), version mise en ligne le 9 février 2012, dernière modification le 5 août 2016.

Par Audrey Vedel Bonnéry (nouvelle notice, janvier 2012)

ŒUVRE : Mary Hamilton est un auteur prolifique. Outre les ouvrages mentionnés dans le texte, ses principales œuvres politiques sont Margaret Bondfield, Londres, 1924. — Mary Macarthur : A Biographical Sketch, (Aperçu biographique de Mary Macarthur), Londres, 1925. — Women at Work : A Brief Introduction to Trade Unionism for Women (Femmes au travail : courte introduction au syndicalisme féminin), Londres, 1941. — Remembering my Good Friends (En souvenir de mes amis), Londres, 1944. — Up-Hill All the Way : A Third Cheer for Democracy (Le chemin montant : vive la démocratie), Londres, 1953.

BIBLIOGRAPHIE : Who Was Who, 1961-1970. — The Times, 11 février 1966. — Joyce Bellamy, John Saville (éd.), Dictionary of Labour Biography, t. V.— Janet E. Grenier, ‘Hamilton , Mary Agnes (1882–1966)’, Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004, édition en ligne, mai 2007.

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