HALL Charles

Par Michel Prum (janvier 2013)

Né en 1737 ou 1738 (?) ; mort vers 1825 à Londres ; médecin et publiciste.

La vie de Hall est peu connue. On sait qu’il a fait des études de médecine aux Pays-Bas, à l’Université de Leyde. Il fait sa thèse sur la « consomption pulmonaire ». On peut supposer qu’il exerce la médecine dans le Shropshire car il publie à Shrewsbury en 1785 un Family Medical Instructor. Plus tard, il s’installe à Tavistock, dans le Devon. Sa clientèle est essentiellement ouvrière et lui-même, père de dix enfants, n’est guère plus riche que ses patients. Alexandre Chabert le définit comme un « prolétaire intellectuel » (p.371). Il est connu pour un seul ouvrage, The Effects of Civilisation, qui fait de lui l’un des principaux précurseurs du socialisme anglais. On sait que Hall a correspondu avec Thomas Spence, et qu’il s’est lié d’amitié avec John Minter Morgan (qui rééditera son livre bien après sa mort, en 1850). À la suite d’un procès dont on ignore tout, il est condamné à verser £ 157, somme dont il ne dispose pas. Il est emprisonné en décembre 1816 et passe la fin de sa vie, soit une dizaine d’années, dans la geôle de Fleet Street. Ses amis étaient prêts à verser cette somme pour obtenir sa libération, mais Hall s’estime condamné à tort et refuse leur aide financière. Il semble qu’il ait été libéré quelques mois avant son décès et qu’il ne soit pas mort, comme on l’a parfois dit, en prison.

Médecin du peuple, Hall peut entrer dans l’intimité de tous les foyers. Lorsqu’il rejette la misère des masses ouvrières, c’est d’abord de leur santé qu’il se préoccupe : il dénonce les mauvaises postures au travail, l’insalubrité des ateliers, la pollution au travail par le plomb ou le cancer des petits ramoneurs. Hall souligne la fracture sociale entre riches et pauvres, indépendante du régime politique (royauté ou république). Il souligne le déterminisme social, consolidé par l’inégalité devant l’éducation. Son apport fondamental, c’est peut-être d’avoir saisi cet antagonisme de classes, d’avoir approché la notion sinon de plus-value, du moins de « sur-travail » des prolétaires, et d’avoir même essayé de le chiffrer. Hall rejette l’argument d’Edmund Burke selon lequel le pauvre profite de l’argent du riche qui l’emploie. Pour Hall, l’emploi n’a de valeur que s’il est socialement utile, s’il correspond à un travail productif. Influencé par les physiocrates, il privilégie l’activité agricole, que ne devraient compléter que quelques rares productions manufacturières strictement indispensables. Il dénonce le manque de main-d’œuvre dans l’agriculture et attribue cette pénurie aux industries du luxe (secteur improductif). Il associe le commerce à la guerre et met en place les bases d’une analyse future de l’impérialisme.

Hall est plus intéressant pour sa critique très novatrice de la société que pour ses propositions de changement. Il prône de taxer le luxe et presque toute la production manufacturière. Son anticapitalisme débouche sur l’éloge de la petite exploitation rurale, et le rêve ascétique d’un retour à un âge d’or où chaque famille exploiterait un petit lopin de terre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75476, notice HALL Charles par Michel Prum (janvier 2013), version mise en ligne le 10 janvier 2013, dernière modification le 10 janvier 2013.

Par Michel Prum (janvier 2013)

ŒUVRE : Family Medical Instructor (Guide familial de médecine), Shrewsbury, 1785 ‒ The Effects of Civilisation on the People in European States (Les Effets de la civilisation sur la population des États d’Europe), Londres, 1805, réédition par J.M. Morgan, Phoenix Library, 1850. Réimp. New-York, Augustus M. Kelley, 1965.

BIBLIOGRAPHIE : Anne Pimlott Baker, “Hall, Charles (1745 ?–1825 ?), Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004. ‒ Hugh Lancelot Beales, The Early English Socialists, Londres, 1933. ‒ François Bédarida, « Le socialisme en Angleterre jusqu’en 1848 », in Jacques Droz (dir.), Histoire générale du socialisme, tome 1, Paris, 1972. ‒ Max Beer, Geschichte des Sozialismus in England, Stuttgart, 1913. ‒ Alexandre Chabert, « Aux sources du socialisme anglais, un pré-marxiste méconnu : Charles Hall », Revue d’histoire économique et sociale, XXIX vol. n°4, 1951. ‒ J.R. Dinwiddy, “Charles Hall, Early English Socialist”, International Review of Social History, vol. XXI, 1976. ‒ Michel Prum, “Time and labour in Thomas Hodgskin and Charles Hall”, in Patrick Barber and Timothy Whitton (ed.), The Dynamics of Time at Work : An Anglo-French Perspective, Londres, London School of Management, 1995, 123-130. ‒ Michel Prum, « Le rejet du capitalisme chez Charles Hall », Civilisations, n°11, Toulouse, Presses de l’Université de Toulouse 1 Capitole, 2011, 183-194.

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