Étant donné la longue histoire du mouvement ouvrier britannique et son importance dans l’évolution des destinées de la nation, une très abondante littérature lui a été consacrée. Les indications bibliographiques présentées ici constituent donc une simple sélection destinée à guider le lecteur qui voudrait approfondir tel ou tel point particulier. Précisons d’emblée qu’on n’y trouvera ni histoire individuelle de syndicat ou d’organisation d’une branche d’industrie (bien que nombre de ces ouvrages, qui traitent par exemple des mineurs, des métallos, du bâtiment, etc. soient excellents), car un volume entier ne suffirait pas à les énumérer, ni biographie de leader ou de militant ouvrier, car dans ce cas il suffit de se reporter aux notices nominatives correspondantes du dictionnaire où l’on trouvera les indications bibliographiques souhaitées.
Par ailleurs, dans la mesure où les travaux en français sont fort limités en ce domaine, il est inévitable que l’immense majorité des références citées soient en anglais. Nous nous en excusons auprès du lecteur : pour toute étude poussée il devra se reporter aux publications des historiens d’outre-Manche. Cela ne veut pas dire pourtant que ce champ d’investigation ait été complètement négligé par les Français. Au contraire il a existé jadis toute une tradition pionnière prêtant grande attention à l’histoire du labour movement britannique, et les noms d’Elie Halévy et d’Edouard Dolléans sont là pour témoigner de la fécondité de cette tradition. Dans la même ligne on peut citer également les œuvres d’observateurs attentifs de la scène sociale britannique, tels que Paul de Rousiers à la fin du XIXe siècle (La question ouvrière en Angleterre, 1895 ; Le trade-unionisme en Angleterre, 1897), Jacques Bardoux avant et après la guerre de 1914 (L’ouvrier anglais d’aujourd’hui, 1921), André Philip et André Siegfried au cours de l’entre-deux-guerres (tous deux sur le mouvement syndical et le phénomène travailliste), sans parler du comte de Paris qui consacra en 1869 une étude aux associations ouvrières en Grande-Bretagne.
Du côté britannique, après les travaux aujourd’hui classiques des fondateurs de l’histoire du mouvement ouvrier, Sidney et Beatrice Webb, puis G.D.H. et Margaret Cole, l’accent s’est déplacé, depuis une vingtaine d’années, de l’étude administrative et légale des organisations vers l’analyse du mouvement social, des mentalités et de la culture. Des historiens comme E. Hobsbawm, A. Briggs, J. Saville, E.P. Thompson, H. Pelling, ont joué à cet égard un rôle décisif, de même que la Society for the Study of Labour History dont l’action depuis 1960 a été considérable. En outre, au cours des récentes années, on a insisté sur les données régionales et les particularismes locaux, ainsi que sur les multiples composantes concrètes des pratiques sociales, comme en témoigne le succès des « ateliers historiques » (history workshops) réunis depuis 1970 sous l’impulsion de Raphael Samuel et dont les travaux s’expriment depuis 1976 dans le History Workshop Journal.
N.B. Pour alléger la bibliographie, seuls sont indiqués les lieux de publication autres que Londres (pour les ouvrages en anglais) et Paris (pour les ouvrages en français).

0UVRAGES GÉNÉRAUX


EN FRANÇAIS
Le lecteur français dispose dans sa propre langue de quelques ouvrages d’ensemble sur l’histoire du mouvement ouvrier britannique. Tout d’abord les livres classiques de S. et B. Webb, Histoire du trade-unionisme (1897), trad. de la 1re éd. de The History of Trade Unionism (1894) — l’éd. révisée et mise à jour de 1920 n’a pas été traduite —, et de E. Halévy, Histoire du peuple anglais au XIXe siècle (6 vol., 1913-1946 ; rééd. en 5 vol., 1974-1975) et L’ère des tyrannies (1938), à quoi l’on peut ajouter l’ouvrage vieilli mais encore utile d’A. Métin, Le socialisme en Angleterre (1897). Pour une mise au point récente, on aura recours à H. Pelling, Histoire du syndicalisme britannique (1966), trad. de la lre éd. de A History of British Trade Unionism (1963 ; 3e éd. rev. 1976) et aux chapitres consacrés à la Grande-Bretagne de 1800 à 1945 par F. Bédarida dans l’Histoire Générale du Socialisme dirigée par J. Droz (vol. 1-3,1972-1977). A.L. Morton et G. Tate dans leur Histoire du mouvement ouvrier anglais (1963), trad. de The British Labour Movement 1770-1920 (1956) apportent une interprétation marxiste-léniniste, prolongée pour la période récente par C. Journès, L’extrême-gauche en Grande-Bretagne (1977). Initiation claire et bien informée dans M. Chariot, Le syndicalisme en Grande-Bretagne (1970). On peut mentionner également deux ouvrages anciens et qui datent, M. Lathoud, Le mouvement ouvrier anglais (1938), et F. Renaudeau, Le parti travailliste de Grande-Bretagne (1947). Sur l’évolution récente, F. Bédarida, E. Giuily, G. Rameix, Syndicats et patrons en Grande-Bretagne (1980). Enfin, pour replacer le mouvement ouvrier dans l’ensemble du mouvement social, on dispose de F. Bédarida, La société anglaise 1851-1975 (1976).
EN ANGLAIS
Outre les ouvrages déjà mentionnés des Webb (1920) et de Pelling (1976), d’orientation fabienne ou néo-fabienne, le livre de M. Beer, A History of British Socialism (2 vol., 1919-1920 ; éd. en 1 vol., 1940), sur les doctrines et mouvements socialistes, demeure fondamental. Il en va de même de l’œuvre pionnière de G.D.H. Cole : A Short History of the British Working-Class Movement 1789-1947 (1948) ; British Working Class Politics 1832-1914 (1941) ; A History of Socialist Thought (7 vol., 1953-1960 : bien que cette histoire générale du socialisme traite de tous les pays, d’abondants développements sont consacrés à la Grande-Bretagne), à quoi l’on peut ajouter G.D.H. Cole et R. Postgate, The Common People 1746-1946 (1946) et M. Cole, Makers of the Labour Movement (1948).
Plus récents et d’importance primordiale sont les recueils publiés par A. Briggs et J. Saville éd., Essays in Labour History, vol. 1 (1960), vol. 2 1886-1923 (1971), vol. 3 1918-1939 (1977) ; J. Saville éd., Democracy and the Labour Movement (1954) ; E.J. Hobsbawm, Labouring Men (1964).
Présentation d’ensemble de l’évolution du trade-unionisme dans D.F. Macdonald, The State and the Trade Unions (lre éd. 1960, 2e éd. 1976), d’un point de vue conservateur ; Allen Hutt, British Trade Unionism (lre éd. 1941, 6e éd. 1975), d’un point de vue d’extrême-gauche ; F. Williams, Magnificent Journey : The Rise of the Trade Unions (1954), œuvre d’un journaliste travailliste. Deux petits livres « révisionnistes » ne manquent pas de pénétration : A.E. Musson, British Trade Unions 1800-1875 (1972) et J. Lovell, British Trade Unions 1875-1933 (1977) — du premier auteur on peut également citer le recueil Trade Union and Social History (1974). Aperçu commode dans W. Kendall, The Labour Movement in Europe (1975). D. Rubinstein éd., People for the People (1973) offre une galerie de portraits. Sur les femmes dans le mouvement ouvrier, on consultera L. Middleton éd., Women in the Labour Movement (1977) ; S. Lewenhak, Women and Trade Unions (1977) ; N.C. Soldon, Women in British Trade Unions 1874-1971 (Dublin, 1978). Deux études utiles sur le plan local : S. Pollard, A History of Labour in Sheffield (Liverpool, 1959) et W.H. Marwick, A Short History of Labour in Scotland (Edimbourg, 1967).
Sur la législation syndicale et ouvrière, les livres du « vieil unioniste » G. Howell demeurent des sources de première qualité : A Handy Book of the Labour Laws (1876, 3e éd. 1895) ; The Conflicts of Capital and Labour, being a History and Review of the Trade Unions of Great Britain (1878, 2e éd. 1890) ; [Labour Législation, Labour Movements and Labour Leaders (1902). Parmi les ouvrages plus récents, on peut citer R.Y. Hedges et A. Winterbotham, The Legal History of Trade Unionism (1930), N.A. Citrine, Trade Union Law (1950, 3e éd. 1967) ; O. Kahn-Freund, Labour and the Law (1972, 2e éd. 1977).
Enfin, l’un des développements les plus importants de l’historiographie ouvrière des dernières années a été la publication d’un dictionnaire Mo-
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