GAITSKELL Hugh Todd Naylor

Né le 9 avril 1906 à Londres ; mort le 18 janvier 1963 à Londres ; leader travailliste.

Le père de Hugh Gaitskell, haut fonctionnaire de l’administration des Indes, avait envoyé son fils à Winchester, la plus ancienne des public schools, puis à l’Université d’Oxford, à New College. Hugh Gaitskell y fait de brillantes études et passe avec mention très bien une licence de philosophie, science politique et science économique. A sa sortie d’Oxford, il travaille pendant un an comme éducateur de formation permanente dans la région de Nottingham. Ensuite, de 1929 à 1939, il enseigne l’économie à l’Université de Londres, à University College.

C’est au cours de ses années oxoniennes et en particulier grâce à la rencontre de G.D.H. Cole*, que Gaitskell avait commencé à s’éveiller à la politique. Mais à ce stade il ne s’était guère engagé. Ses vrais débuts de militant — encore modestes au demeurant — datent de 1928, au contact de ses étudiants, les mineurs des Midlands. Après avoir participé aux campagnes électorales du Labour en 1929 et en 1931, Gaitskell à partir de 1932 envisage d’entrer au Parlement. Sa première tentative à Chatham en 1935 se solde par un échec, mais en 1937 il est adopté comme candidat par la section travailliste de la circonscription de Leeds-Sud : c’est là qu’il sera élu député en 1945 et il conservera ce siège jusqu’à sa mort.

Le socialisme de Gaitskell a toujours été un socialisme d’allure réformiste et graduelle. Durant les années 1930 il participe aux activités de la Société fabienne et sert au New Fabian Research Bureau (un cercle de recherches fondé par Cole en 1931) en qualité de secrétaire adjoint. Lorsque la Seconde guerre mondiale éclate, Gaitskell est appelé au ministère de la Guerre économique, où il s’occupe d’abord des affaires allemandes. Puis, en mai 1940, quand Churchill constitue son gouvernement d’union, il devient principal private secretary (c’est-à-dire chef de cabinet) de Dalton*, nommé ministre de la Guerre économique. Chargé de fonctions administratives de plus en plus élevées, Gaitskell passe ainsi toute la guerre dans les bureaux de Whitehall.

Elu député de Leeds-Sud en 1945, Gaitskell n’exerce d’abord aucune responsabilité ministérielle. Puis, appelé au bout de neuf mois au ministère de l’Energie et des Combustibles, il en devient ministre en 1947. Lors des élections de février 1950, les travaillistes se maintiennent au pouvoir, mais avec une majorité très réduite. Dans le nouveau gouvernement Attlee*, Gaitskell est ministre d’État chargé des Affaires économiques, un poste qui l’amène à collaborer étroitement avec le chancelier de l’Echiquier, Stafford Cripps*. Aussi quand la santé de ce dernier le contraint à la démission en octobre 1950, c’est tout naturellement Gaitskell qui le remplace. Au printemps 1951 le budget que Gaitskell présente aux Communes provoque une tempête au sein du Labour. En effet, pour équilibrer les dépenses du réarmement, le chancelier a résolu de faire payer certains soins médicaux, ce qui met fin au principe de la gratuité totale du service de santé et ce qui entraîne la démission de Bevan*, de Wilson* et d’un autre membre du gouvernement.

Battus aux élections d’octobre 1951, les travaillistes passent dans l’opposition. Sur toutes les questions économiques et financières Gaitskell continue d’être le porte-parole officiel du parti, mais c’est une période de profonde division au sein du Labour, car la gauche du parti, groupée derrière Bevan, s’oppose sur à peu près tous les points à la politique officielle de la direction. Si la controverse atteint son paroxysme à propos du réarmement allemand (celui-ci est finalement adopté au congrès travailliste de 1954), en fait les divergences entre bevanistes et anti-bevanistes ont trait aussi bien aux questions de politique intérieure qu’à celles de politique étrangère. En tant que modéré, Gaitskell se range constamment du côté de la direction et d’Attlee, le leader du parti. Aux yeux de l’opinion, il fait ainsi figure d’adversaire principal de Bevan. En 1955, lorsque Attlee, âgé de soixante-douze ans, abandonne la direction du Labour, Gaitskell l’emporte à la fois sur Bevan et sur Morrison*. Il devient donc le leader du parti et du groupe parlementaire. Ce qui confirme le glissement à droite du travaillisme.

Cependant, les dissensions continuent au sein du parti et Gaitskell devra y faire face jusqu’à son dernier souffle. D’autant qu’il prend argument de la nouvelle défaite électorale subie par le Labour en 1959 — ce sont les troisièmes élections perdues de manière consécutive — pour engager un débat de fond sur le programme travailliste. Ce qui est en jeu, c’est la célèbre « clause 4 » des statuts, qui fait des nationalisations un objectif fondamental du Labour. L’offensive débute au congrès de Blackpool en novembre 1959. Le discours prononcé par Gaitskell est considéré comme une renonciation aux nationalisations comme moyen de transformer la société capitaliste. D’où une polémique violente qui se prolonge pendant des mois. Finalement le concert des protestations est tel — y compris de la part de leaders modérés des trade unions — que la « clause 4 » est solennellement réaffirmée au printemps de 1960.

À cette date d’ailleurs la contestation s’est déplacée. Devenue plus vive encore, elle concerne maintenant la politique de défense et les relations internationales. C’est désormais la bombe H qui est au centre des débats. En effet la campagne pour le désarmement nucléaire (Campaign for Nuclear Disarmament) est en plein essor depuis 1958 et chaque année la marche antinucléaire d’Aldermaston fait figure de protestation symbolique de la conscience nationale. Or Gaitskell ici encore, est soumis, du fait de ses positions tranchées, à des attaques violentes. Au point qu’au congrès travailliste de Scarborough à l’automne 1960 la direction du parti est mise en minorité et qu’est votée une résolution en faveur du désarmement unilatéral de la Grande-Bretagne. Dans le discours qu’il avait prononcé juste avant le vote final, Gaitskell, qui ne manquait ni de courage ni d’obstination, avait annoncé que si le scrutin lui était hostile il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour faire revenir le parti sur une telle décision (c’est le discours ponctué de la fameuse formule de combat, « fight and fight and fight again »). Effectivement, en se battant sans relâche pendant toute une année, il parvient, grâce à l’appui d’une partie des chefs des trade unions, à faire rejeter le principe du désarmement unilatéral par le congrès travailliste de 1961.

A la vérité, depuis l’échec électoral de 1959, le Labour traversait une profonde crise de découragement, et l’âpreté de ces deux années de batailles n’avait fait qu’accentuer la démoralisation des militants et des électeurs. C’est d’ailleurs là le reproche majeur que l’on peut adresser à Gaitskell : indiscutablement ses choix et ses prises de position personnelles ont contribué de façon considérable à envenimer les divisions déjà existantes dans le parti. Et c’est seulement dans les dix-huit mois qui précèdent sa disparition brutale et inopinée (il meurt d’une pneumonie au début de 1963) que Gaitskell a tenté de ressouder le parti. En particulier, à propos de l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun, il adopte une position moyenne qui permet au Labour d’éviter de se prononcer sur un problème qui aurait pu être aussi explosif que le débat sur la bombe H. Pareille attitude est facilitée par le fait que l’aile droite du parti, qui avait apporté jusque-là à Gaitskell un soutien sans défaillance, se trouve cette fois-ci très divisée.

Gaitskell disparaît au moment où les controverses sur les problèmes de défense diminuent au sein du parti et où l’opinion publique commence à se détacher du gouvernement conservateur. Son échec tient surtout à ce qu’il n’a pas su tenir la balance entre l’aile droite et l’aile gauche du Labour. Lui-même s’est toujours identifié à la droite du parti à un degré beaucoup plus poussé que son prédécesseur Attlee, car chez lui cette position résulte de convictions avant tout doctrinales. C’est pourquoi son leadership a soulevé tant de controverses idéologiques. Au total on peut se demander si l’influence de Gaitskell sur l’orientation du Labour a été vraiment déterminante à long terme.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75429, notice GAITSKELL Hugh Todd Naylor, version mise en ligne le 12 décembre 2009, dernière modification le 12 décembre 2009.

ŒUVRES PRINCIPALES : Chartism (Le Chartisme), Londres, 1929. — Money and Eve-ryday Life (L’argent dans la vie quotidienne), Londres, 1939. — The Challenge of Co-existence (Le défi de la coexistence), Londres, 1957. — The Diary of Hugh Gaitskell, 1945-1956, P.M. Williams éd., Londres, 1983.

BIBLIOGRAPHIE : W.T. Rodgers, éd., Hugh Gaitskell, 1906-1963, Londres, 1964. — S. Haseler, The Gaitskellites, Londres, 1969. — G. McDermott, Leader Lost. A Biography of Hugh Gaitskell, Londres, 1972. — R. Miliband, Parliamentary Socialism, Londres, 2e éd., 1973. — P. Williams, Hugh Gaitskell, Londres, 1979. — Dictionary of National Biography, 1961-1970.

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