FROST John

Né le 25 mai 1784 à Newport, Monmouthshire (aujourd’hui Gwent) ; mort le 27 juillet 1877 à Stapleton, près de Bristol, Gloucestershire (aujourd’hui Powys) ; chartiste.

On possède peu de renseignements sur les premières années de John Frost ; tout ce que l’on sait sur sa naissance et sur sa famille, c’est de lui qu’on le tient. Son père était aubergiste et le jeune garçon fut élevé par ses grands-parents qui le mirent en apprentissage chez un bottier. Mais ce métier ne lui plaisait guère, et Frost lui préférera celui de tailleur. A seize ans, il part pour Bristol comme vendeur dans un magasin de tissus. Il s’en ira ensuite à Londres, toujours comme vendeur. Toutefois, en ouvrier consciencieux, il cherche à acquérir un métier. C’est pourquoi il retourne vers 1806 à Newport où il s’établit comme drapier tailleur. Son entreprise ne tarde pas à prospérer.

À Londres, Frost avait frayé avec les milieux radicaux et adopté des idées avancées, proches de celles de Cobbett*. Mais il éprouvait aussi une très forte admiration pour Henry Hunt*, le grand orateur radical (lorsque naîtra son deuxième fils en 1820, il lui donnera le nom de son héros).

À Newport, Frost acquiert peu à peu la réputation de champion de la classe moyenne. De ce fait il est impliqué dans une vive querelle locale que complique une affaire de contestation autour d’un testament. Ce différend lui vaut six mois de prison pour diffamation, car il avait publié en 1822 plusieurs brochures contre ses adversaires. Cette expérience, qui le confirme dans son radicalisme, renforce encore ses vues politiques avancées. Toutefois, pendant quelques années, Frost continue de se consacrer à son négoce, en évitant de se mêler de politique. Son commerce prospère si bien que lui-même, à partir de 1830, est devenu un notable local. Aussi est-il élu au conseil municipal, nommé magistrat ainsi qu’administrateur de l’assistance publique (Guardian of the Poor Law). Enfin, en novembre 1836, à cinquante-deux ans, il est élu maire de Newport.

Jusqu’alors le destin de Frost n’avait rien eu d’exceptionnel. Tout au plus peut-on esquisser une fort modeste comparaison avec la vie de Francis Place*. Comme ce dernier, petit tailleur devenu par ses seuls moyens le champion du radicalisme, Frost s’enthousiasme pour le chartisme naissant. Mais tandis qu’à Londres Place le réformateur se retire très vite du mouvement, le Gallois Frost s’y donne à plein. Il prend part à de nombreuses réunions, notamment à celles qu’anime Henry Vincent* dont l’éloquence entraîne les esprits tant au pays de Galles que dans l’Angleterre de l’Ouest.

En février 1839, Frost est délégué à la Convention nationale chartiste (il préside même la séance du troisième jour). Quelques semaines plus tard, lorsque débute la répression gouvernementale contre les chefs chartistes, le ministre de l’Intérieur lui retire ses fonctions de magistrat. Cette même année, Vincent est emprisonné et son procès est prévu à Monmouth. Une campagne s’organise pour obtenir sa mise en liberté, campagne dont Frost est l’un des principaux animateurs. Lui-même d’ailleurs est inculpé pour outrages et incitation à la sédition. Malgré la menace qui pèse sur lui, Frost prend la tête de la fameuse marche armée des chartistes sur Newport, dans la nuit du 3 au 4 novembre 1839. L’épisode — voué à l’échec dès le départ — était censé donner le signal du soulèvement à Birmingham et dans le Nord industriel. En fait la marche s’achève dans le sang. Des détachements de l’armée, postés dans la ville, tirent sur les manifestants. Plusieurs chartistes sont tués et l’affaire échoue lamentablement. Aussitôt arrêtés, Frost et les autres organisateurs sont inculpés de haute trahison. Pour sa défense, Frost affirme que la marche sur Newport ne faisait nullement partie d’un plan général de soulèvement armé. Il n’en est pas moins condamné à mort. Toutefois sa peine est commuée en déportation à vie. Au début de 1840, Frost s’embarque pour la Tasmanie. Quelques députés radicaux, en particulier Joseph Hume* et Thomas Duncombe, lancent alors une campagne en vue d’obtenir sa grâce, mais sans guère trouver d’appui au Parlement. D’autant que d’autres comme Francis Place font valoir qu’il ne convient pas de détourner le mouvement chartiste de son véritable objectif — les réformes — par une action en faveur des rebelles.

Grâcié finalement sous condition en 1854, Frost est autorisé à quitter la Tasmanie, mais il n’a pas encore le droit de retourner en Grande-Bretagne. Il lui faut attendre deux ans aux États-Unis avant de pouvoir rentrer dans son pays. A son arrivée une grande manifestation est organisée à Londres, avec pour orateur principal Ernest Jones*. Tout en se considérant toujours comme un réformateur radical, Frost est devenu adepte du spiritisme. Surtout il entreprend une campagne de conférences pour dénoncer les horreurs de la déportation et de la vie des convicts. Cependant l’oubli se fait peu à peu autour de lui. Il vit désormais dans l’isolement de la retraite à Stapleton, puis à Bristol, où il meurt à l’âge de quatre-vingt-treize ans.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75428, notice FROST John, version mise en ligne le 12 décembre 2009, dernière modification le 12 décembre 2009.

BIBLIOGRAPHIE : D. Williams, John Frost : a study in Chartism, Cardiff, 1939 (qui contient la liste d’une vingtaine de brochures écrites par Frost).

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