COOPER Thomas

Né le 30 mars 1805 à Leicester, Leicestershire ; mort le 15 juillet 1892 à Lincoln, Lincolnshire ; chartiste.

Le père de Thomas Cooper, teinturier de son métier, mourut quand l’enfant avait quatre ans. La mère retourne alors dans sa ville natale, à Gainsborough dans le Lincolnshire, où elle reprend le métier de son mari.

Très tôt, Thomas Cooper se révèle un enfant prodige. Il sait lire à trois ans et à moins de cinq ans il apprend à lire à ses camarades. A onze ans il est élève-maître, ce qui lui permet de poursuivre gratuitement son instruction. C’est le début d’une étonnante carrière d’autodidacte, carrière dont il a retracé les étapes de manière colorée dans son autobiographie. Il lit tout ce qui lui tombe sous la main et la fidélité de sa mémoire est extraordinaire. A partir de l’âge de quinze ans, il s’établit comme cordonnier, sans même avoir fait d’apprentissage. Continuant sans trêve de lire il apprend seul le latin, le grec, l’hébreu, le français et plus tard l’italien et l’allemand. Il connaît par cœur le Paradis perdu de Milton et plusieurs pièces de Shakespeare.

Est-ce le résultat de ce programme gigantesque d’études ? En tout cas il tombe malade à vingt-deux ans et met très longtemps à se rétablir. Dans l’incapacité de reprendre le métier de cordonnier, il ouvre en 1827, aidé par quelques amis, une petite école privée qu’il dirige avec un succès relatif.

A Gainsborough existait une vieille tradition de non-conformisme, et à l’âge de treize ans Cooper s’est converti au méthodisme primitif. Mais il connaît une nouvelle expérience religieuse, plus profonde celle-là, quand il se convertit une deuxième fois, dix ans plus tard, au wesleyanisme. Devenu « prédicateur laïc » il prêche régulièrement à Gainsborough et dans les villages des environs. En 1834, juste avant son mariage, il s’installe à Lincoln pour y diriger une école. Cependant, à la suite d’un différend avec les autorités religieuses de l’endroit il abandonne le méthodisme wesleyen et va enseigner à l’Institut ouvrier (Mechanics’ Institute) qui vient d’être créé à Lincoln. En 1836 commence sa carrière de journaliste. Cooper débute en donnant des articles à la presse locale, puis en 1839, son contrat étant arrivé à expiration — il est alors devenu journaliste professionnel — il va tenter sa chance à Londres, mais sans grand succès. Vers la fin de 1840, on lui offre une situation au Leicestershire Mercury et il se fixe à Leicester.

Jusqu’à cette date on ne connaît pas grand chose des opinions politiques de Cooper. On sait seulement que lorsqu’il habitait Lincoln, il avait soutenu le candidat libéral, le romancier Bulwer Lytton. C’est après son installation à Leicester et par le biais de son travail pour le Leicestershire Mercury qu’il entre en contact avec le mouvement chartiste. Presque immédiatement il s’y engage à fond : c’est là sa troisième conversion. Il prend en mains le journal chartiste local, le vigoureux Midland Counties Illuminator et très vite se met à la tête de l’agitation pour la Charte à Leicester. Grâce au dynamisme et à l’élan de Cooper, le chartisme devient un mouvement de masse à Leicester et dans les environs. Sur le plan journalistique par contre son succès est moindre : à son premier journal succède le Chartist Rushlight puis l’Extinguisher, mais aucune des trois publications n’est une réussite.

À partir de 1842, Cooper ambitionne de réorganiser le mouvement chartiste sur le plan local. Il loue une grande salle (connue déjà sous le nom de « Salle Shakespeare ») où il tient de vastes meetings et lance des activités culturelles. Mais il n’est pas suivi par tous les éléments chartistes de la ville et son groupe se voit surnommé la « Brigade shakespearienne des chartistes de Leicester ». A cette époque c’est un fervent partisan de Feargus O’Connor*, ce qui l’amène à s’opposer à la fois à William Lovett* et à Bronterre O’Brien*. Aussi Leicester acquiert-elle la réputation de bastion du chartisme de la « force physique ». Cooper et un autre partisan d’O’Connor sont choisis pour représenter Leicester au congrès chartiste d’août 1842 à Manchester. Ce congrès avait été convoqué en hâte par l’Association nationale pour la Charte (la National Charter Association) afin d’examiner l’attitude à adopter vis-à-vis du grand mouvement de grèves qui avait éclaté en août 1842 dans les districts industriels du Nord (les célèbres « grèves des chevilles » ou Plug Riots). Sur le chemin de Manchester, Cooper prononce des discours enflammés en faveur de la grève à Birmingham et dans la région des Poteries. Des émeutes éclatent dans ce dernier district le soir même du jour où Cooper l’a quitté pour se rendre à Manchester, ce qui provoquera par la suite son arrestation sous l’inculpation d’incitation à la violence. La réunion de Manchester approuve l’appel à la grève générale proposé par la majorité de l’exécutif de la National Charter Association. Rentré à Leicester après le congrès, Cooper est arrêté. De la fin d’août à octobre 1842 il est détenu à la prison de Stafford, en compagnie de nombreux autres chartistes. Le procès a lieu en octobre ; c’est Cooper qui assure sa propre défense. Reconnu innocent, il est libéré. Mais il est aussitôt arrêté à nouveau et inculpé cette fois d’actes séditieux. Il obtient alors de faire remettre la date du procès et, en versant une caution, il est placé en liberté provisoire. Il retourne immédiatement à Leicester où il joue un rôle de premier plan dans l’étape suivante du chartisme, celle du « mouvement pour le suffrage complet ».

Lorsqu’en décembre 1842 Joseph Sturge* avait organisé à Birmingham ce mouvement, l’initiative avait profondément divisé les chartistes. Au centre des discussions il y avait la question de l’alliance des ouvriers avec le radicalisme bourgeois. Cooper lui-même hésite ; d’abord favorable à l’alliance avec les bourgeois réformateurs, il rejette ensuite, sous l’influence d’O’Connor toute idée d’entente avec la classe moyenne. Or c’est le moment où l’échec des grèves de l’été 1842 conduit un certain nombre de chartistes influents à redéfinir la stratégie ouvrière. A l’ouverture du congrès pour le suffrage complet, les chartistes se trouvent en majorité, mais les délégations sont divisées entre partisans d’O’Connor, d’O’Brien et de Lovett. Les minoritaires — les réformateurs bourgeois conduits par Joseph Sturge — sont les premiers à se retirer du congrès. Ils sont bientôt suivis par ceux des chartistes qui n’acceptent pas la tutelle d’O’Connor. Au nombre des restants il y a encore la majorité des délégations chartistes et les congressistes étudient alors en détail les divers projets de réorganisation du mouvement. Il est décidé de tenir un nouveau congrès pour ratifier les propositions retenues.

Toutefois, avant que n’ait lieu le congrès, Cooper est derechef mis en prison. Condamné en mai 1843 à deux ans de détention, il se trouve privé de tout contact avec ses camarades chartistes tout au long de la période où O’Connor fait des problèmes agraires le centre des débats chartistes. Dans sa prison Cooper lutte farouchement pour obtenir le régime des détenus politiques. Il finit par être autorisé à recevoir des livres et à écrire. Son plus célèbre écrit de prison est un poème : « Le purgatoire des suicidés » qu’il publie aussitôt libéré et qui obtient un grand succès.

À sa sortie de prison, Cooper a profondément changé sur le plan politique. Alors qu’il y était entré en champion du chartisme de la « force physique », il prône désormais la « force morale » (du coup William Lovett l’invite à venir parler à Londres). Bientôt Cooper entre en conflit avec O’Connor à propos des plans agraires de ce dernier (Land Plan). A la Convention chartiste d’avril 1846, réunie à Leeds, Cooper s’efforce de faire passer plusieurs résolutions hostiles à la ligne soutenue par O’Connor, ce qui lui vaut d’être exclu, sur la proposition d’Ernest Jones*, de la Convention.

Cet épisode met fin à la carrière chartiste de Cooper. A la suite de cette rupture complète et brutale avec ses anciens amis, Cooper se tient à l’écart des événements de 1848. S’il reprend une activité de conférencier et de journaliste, c’est avec des objectifs plus généraux et moins définis. La lecture de la « Vie de Jésus » de Strauss, l’a détaché du christianisme et ses écrits et ses discours de la fin des années 1840 sont de plus en plus marqués par la libre pensée. Il continue de faire des tournées de conférences soit en province soit à Londres, parlant notamment dans le Hall de la Science, haut lieu de la libre pensée anglaise. Puis, soudain, en 1856, il annonce qu’il s’est reconverti au christianisme. En 1858, ayant retrouvé une certitude religieuse très simple et bien ancrée, il se fait l’apôtre d’un christianisme basé sur la Bible seule et reprend la carrière de prédicateur itinérant. Ayant adhéré en 1859 à la secte baptiste, il voyage à travers le pays pendant huit années. Puis il tombe gravement malade. Dès qu’il est guéri, il reprend ses déplacements. Mais sa femme meurt en 1872 (tout au long de sa carrière d’agitateur et malgré toutes les vicissitudes qu’il avait traversées, Cooper avait eu une vie conjugale heureuse). Désormais il voyage moins et se consacre davantage aux écrits. C’est en 1872 qu’il publie ses mémoires sous le titre « La vie de Thomas Cooper ». En 1885, en complément de cette autobiographie viendront les « Réflexions d’un octogénaire ». (En fait ce sont les seuls ouvrages de Cooper qui soient encore lus aujourd’hui.)

Convaincu du rôle du progrès personnel et de la nécessité de l’éducation, avide de sécurité spirituelle (comme le prouvent ses nombreuses conversions) Cooper a souffert dans son activité politique de son tempérament impatient et de ses enthousiasmes excessifs. Personnalité exceptionnellement douée il a incarné les tensions et les contradictions d’une société en voie d’industrialisation rapide où les travailleurs étaient durement traités.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75374, notice COOPER Thomas, version mise en ligne le 12 décembre 2009, dernière modification le 12 décembre 2009.

ŒUVRES PRINCIPALES : The Purgatory of Suicides (Le purgatoire des suicidés), Londres, 1845. — Wise Laws and Modem Instances (Sagesse des lois), Londres, 1845. — The Life of Thomas Cooper (La vie de Thomas Cooper), Londres, 1872, nouvelle édition avec une introduction de J. Saville, Leicester, 1971. — Poetical Works (Œuvres poétiques), Londres, 1877. — Thoughts at Fourscore (Réflexions d’un octogénaire), Londres, 1885.

BIBLIOGRAPHIE : Times, 16 juillet 1892. — R.G. Gammage, History of the Chartist Movement, Newcastle, 1894. — E. Dolléans, Le Chartisme, 2 vol., Paris, 1912. — R.J. Conklin, Thomas Cooper, the Chartist, Manille, Presses de l’Université des Philippines, 1935. — A.R. Schoyen, The Chartist Challenge, Londres, 1958. — A. Briggs (éd.), Chartist Studies, Londres, 1959. — J.T. Ward, Chartism, Londres, 1973.

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