CARPENTER Edward

Par Cédric Boissière (nouvelle notice, novembre 2011)

Né le 29 août 1844 à Brighton, Sussex ; mort le 28 juin 1929 à Guildford, Surrey ; poète et écrivain socialiste, militant pour les droits des femmes et des homosexuels.

Edward Carpenter était issu d’une riche famille du sud-ouest de l’Angleterre : son grand-père paternel fut amiral et son père, après une courte carrière dans la marine puis le domaine du droit, vivait de ses rentes. Troisième fils et septième enfant d’une famille de dix, Carpenter naquit à Brighton où ses parents s’étaient établis. L’atmosphère familiale était étouffante, en raison surtout de la morale très victorienne prônée par sa mère. Élève au collège de la ville, il partit ensuite étudier les mathématiques à Trinity College, Cambridge, après un séjour de quelques mois à Heidelberg. Il se fit remarquer pour son essai On the continuation of modern civilization, aux idées déjà très progressistes. Il se destinait alors à la prêtrise et, en 1869, il fut ordonné diacre de l’Église anglicane. Ses études terminées, il resta à Cambridge, à la fois comme fellow de son college et comme vicaire de F.D. Maurice. Membre du Club républicain de l’université, il milita en faveur de diverses réformes législatives, comme le droit pour les prêtres anglicans de renoncer à leur ordination ou celui pour les non-anglicans d’accéder aux fellowships. Carpenter découvrit à cette époque Walt Whitman qui exerça sur lui une profonde influence, principalement Democratic Vistas, et son éloge de l’« amitié homoérotique entre hommes ».

En 1873, Carpenter quitta les ordres et abandonna son fellowship, n’ayant pu obtenir de fellowship laïque. Il partit alors enseigner les sciences dans les villes industrielles du Nord, dans le cadre de l’University Extension, une organisation due à l’initiative du professeur James Stuart (1874) qui visait à offrir aux ouvriers des cours du soir de niveau universitaire. Carpenter fut cependant déçu car son public était en fait composé de membres des classes moyennes.

En 1877, Carpenter se rendit aux Etats-Unis pour y rencontrer Whitman. Il y fit par la même occasion la connaissance de Ralph Waldo Emerson. Carpenter intégra aussi à sa réflexion la pensée de John Ruskin. Il décida dès lors d’adopter un mode de vie plus simple et plus sain. Il devint végétarien et abstème et, en 1880, s’installa à la campagne. Il abandonna l’enseignement et se construisit une cabane dans le jardin du cottage qu’il louait. Carpenter étudia le Bhagavad-Gîtâ qu’il considérait comme un guide dans la voie de l’égalité, de la liberté spirituelle et de la libération sexuelle. Il se rendit même à Ceylan et en Inde, en 1890-1891, pour parfaire sa connaissance des philosophies et spiritualités orientales. Il écrivit des poèmes exprimant ses idées politiques, dont son détachement du monde. Un recueil (« Towards Democracy  ») fut publié en 1883. L’ouvrage, qui est parfois considéré comme un des jalons de l’effritement des principes victoriens, ne connut au départ qu’un succès critique, mais, augmenté et maintes fois réédité, il finit par exercer une grande influence sur ses contemporains.

En 1882, Edward Carpenter hérita de son père la somme considérable de 6,000 livres. Il acheta trois hectares de champs à Millthorpe, hameau du Derbyshire, à proximité de Chesterfield. Il s’y installa avec son compagnon, l’ouvrier Albert Fearnehough, et la famille de celui-ci. L’ouvrier George Merrill succéda à Fearnegough dans la vie de Carpenter, en 1893, et le remplaça auprès de lui, à Millthorpe. Là, Carpenter se fit maraîcher et fabricant de sandales, tout en continuant à lire et à écrire. Il recevait aussi de nombreux visiteurs venus chercher inspiration ou réconfort.

La lecture de Henry Hyndman le fit s’intéresser au socialisme. En 1883, il publia un ouvrage expliquant comment, avec une vie simple, il serait possible de faire disparaître la plus-value. La même année, il adhéra à la Social Democratic Federation de Hyndman et en finança l’organe de presse, Justice. Déçu par les divisions au sein du mouvement, il rejoignit la Fellowship of the New Life, un petit groupe de recherche éthique. Cependant, Carpenter participa à la scission d’où émergea le mouvement fabien, en janvier 1884. Il y fut surnommé le « noble sauvage ». En effet, il considérait la civilisation moderne comme une maladie mentale, dont un des symptômes était la pollution contre laquelle il luttait activement. Il croyait que la société pouvait en guérir grâce à la vie simple prônée par Thoreau et les transcendantalistes. En 1892, Carpenter prit la défense d’un groupe d’anarchistes franco-britanniques, dit « anarchistes de Walsall », accusés d’avoir envisagé de fabriquer des bombes. Il s’agissait en fait d’un complot policier pour affaiblir le mouvement anarchiste.

Carpenter milita ensuite contre la guerre des Boers puis contre la Première Guerre mondiale, et s’engagea pour le droit de vote des femmes, la réforme des prisons ou contre la vivisection. Il participa à la création de l’Independent Labour Party en 1893 puis en 1900 à celle du Labour Representation Committee, le futur Labour Party.

Une de ses dernières causes fut la lutte pour les droits des homosexuels. Il fut toujours discret sur sa vie privée. Cependant, lorsque le sexologue Havelock Ellis commença un ouvrage sur l’homosexualité, Carpenter accepta de fournir un abondant matériel tiré de son expérience personnelle et de celle de ses amis. Les deux hommes se connaissaient en effet depuis la Fellowship of the New Life et la fondation de la Fabian Society. Finalement, il publia en 1894-1895 ses propres textes dont Homogenic Love and its Place in a Free Society qui fut régulièrement réédité. En 1908, The Intermediate Sex eut un immense impact et influença E. M. Forster et D. H. Lawrence.

En 1922, accompagné de George Merrill, Carpenter quitta Millthrope pour s’établir à Guildford, où il mourut d’une attaque, en 1929, un an après Merrill. Les deux hommes sont enterrés ensemble, au cimetière de la ville.

Par sa démarche et par ses choix, Carpenter incarna la révolte contre l’hypocrisie et les préjugés de la morale victorienne. Ayant répudié la religion, il fut le chantre d’un idéal d’existence simple, humain, fraternel, appelant à une nouvelle forme de spiritualité.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75348, notice CARPENTER Edward par Cédric Boissière (nouvelle notice, novembre 2011), version mise en ligne le 12 décembre 2009, dernière modification le 27 février 2012.

Par Cédric Boissière (nouvelle notice, novembre 2011)

ŒUVRES PRINCIPALES : Towards Democracy, Londres, 1883. — England’s Ideal, Londres, 1885. — Civilisation, its Cause and Cure, Londres, 1889. — Love’s Corning of Age, Manchester, 1896. — Days with Walt Whitman, Londres, 1906. — My Days and Dreams, being autobiographical notes, Londres, 1916. Pour la liste complète des œuvres de Carpenter, voir A Bibliography of Edward Carpenter, Sheffîeld City Libraries, 1949.

BIBLIOGRAPHIE : M. Senard, Edward Carpenter et sa philosophie, Librairie L’Art indépendant, Paris, 1914. — M. Sime, Edward Carpenter, his Ideas and Ideals, K. Paultrenchtrubner, Londres, 1915. — Times, 29 juin 1929. — G. Beith (éd.), Edward Carpenter, In Appreciation, Haskell House Publishers, Londres, 1931. — E.P. Thompson, William Morris, Lawrence & Wishart, Londres, 1955, 2e éd. 1977. — S. Rowbotham et J. Weeks, Socialism and the New Life : the personal and sexual policies of Edward Carpenter and Havelock Ellis, Pluto Press, Londres, 1977. — J. Bellamy et J. Saville (éd.), Dictionary of Labour Biography, t. II. — C. Tsuzuki, Edward Carpenter 1844-1929, Cambridge, Cambridge U.P 1980. — C. Tsuzuki, « Carpenter, Edward (1844–1929) », dans Dictionary of National Biography— S. Rowbotham, Edward Carpenter : A Life of Liberty and Love, Londres, New York, Verso (New Left Books), 2009.

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