BROWN William John

Né le 13 septembre 1894 à Londres (Battersea) ; mort le 3 octobre 1960 à Londres ; dirigeant syndicaliste, socialiste.

Le père de William Brown était un inspecteur municipal de la Santé qui aspirait à donner à ses enfants (il en avait sept, William étant le numéro deux) une instruction nettement plus poussée que la sienne. Il s’installe à Margate, dans le Kent, quand le jeune William a trois ans. Celui-ci partage alors son temps entre l’école, les tâches ménagères à la maison et de menus travaux destinés à améliorer le revenu familial. Elève à l’école primaire, il obtient une bourse pour le lycée de Sandwich près de Douvres (Sir Roger Manwood’s Grammar School). Il fait là l’expérience humiliante de la barrière qui sépare les boursiers des élèves payants. À quatorze ans, il quitte le lycée pour chercher du travail à Londres et débute comme coursier. Mais résolu à échapper aux difficultés financières qu’il avait connues chez ses parents, il cherche une situation plus stable comme fonctionnaire et se présente à l’examen des petits commis de l’administration. Reçu, il est affecté dans un service de la Caisse d’Epargne. L’année suivante, à dix-sept ans, Brown met sur pied une organisation syndicale des petits commis, ce qui lui vaut d’être appelé à témoigner devant la Commission royale d’enquête sur le Civil Service. Là il plaide avec succès la cause de ses collègues de travail, les boy clerks, contraints de présenter, à dix-huit ans, un nouvel examen, et demande l’abolition de ce système. Son sérieux et sa compétence font impression sur la commission, au point que celle-ci dans son rapport, publié en 1914, recommande la suppression du second examen. Pour sa part, à cette époque, Brown, promu fonctionnaire titulaire, travaille comme sous-commis au ministère des Travaux publics.

Il lit beaucoup pour combler les lacunes de son instruction. Séduit par la propagande socialiste, il est bientôt nommé secrétaire de la section de Clapham de l’Independent Labour Party. Par ailleurs il est devenu méthodiste et prêche souvent dans des réunions en plein air.

Pendant la guerre Brown, qui ne veut pas servir dans l’armée, prend prétexte de son engagement à mi-temps comme secrétaire de la section syndicale des employés du ministère pour être exempté. La victoire survient avant que les autorités n’aient statué sur son cas.

En 1919, Brown quitte l’administration pour devenir permanent syndical, en tant que secrétaire général du syndicat des petits fonctionnaires qu’il avait fondé. À l’exception de quelques syndicats de postiers, c’est alors le premier syndicat permanent de fonctionnaires en Angleterre : important pas en avant qui fraie la voie à la création d’associations dans plusieurs branches du Civil Service ainsi qu’à la mise sur pied de syndicats de « cols blancs » dans le secteur privé. Le syndicat de Brown a également joué un rôle important au moment de la formation des conseils mixtes de patrons et d’ouvriers, les Whitley Councils, chargés de discuter les questions de salaires et d’organisation du travail. Tout au long des années 1920, le syndicat ne cesse de croître en nombre et en force sous la direction de Brown. Petit à petit, il parvient à regrouper d’autres organisations de fonctionnaires ce qui permet finalement d’aboutir à la constitution d’un syndicat général des fonctionnaires, la Civil Service Clerical Association.

Au cours de cette période Brown a tenté par trois fois de se faire élire au Parlement sous l’étiquette travailliste (en 1922 à Uxbridge ; en 1923 et en 1924 à Wolverhampton-Ouest). C’est seulement en 1929 qu’il y parvient. Mais dès 1931 il perd le siège de Wolverhampton-Ouest qu’il avait réussi à conquérir. D’ailleurs durant ces deux années passées à Westminster, Brown se sent très déçu par la politique du Labour Party et par toutes les combinaisons politiciennes qui s’y déploient. Lui-même qui, après son élection, s’était rangé sans hésiter à l’aile gauche du parti rêvait d’une politique de socialisme avancé. De surcroît il supporte mal la discipline de parti. Aussi quitte-t-il en mars 1931 le Labour Party pour suivre avec quelques collègues Mosley*. Leur but, c’est d’instaurer une véritable planification de l’économie, mais la collaboration avec Mosley, en vue de fonder un nouveau parti, ne dure pas. Dès que Brown se rend compte de l’inclination du New Party vers le fascisme, il l’abandonne et, aux élections de 1931, il se présente comme travailliste indépendant. C’est un échec. De même aux élections de 1935. Cependant Brown sera élu à Rugby en 1942 comme candidat de l’lndependent Labour Party grâce à la trêve politique intervenue pendant la guerre. Il gardera son siège de 1942 à 1950. Par contre, lorsque Brown se présente en 1951 à Londres, dans la circonscription de Fulham-Ouest, ce sera à nouveau pour y être battu.

Brown avait quitté ses fonctions de secrétaire général du Civil Service Clerical Association au moment où il avait été élu à Rugby. On l’avait nommé alors — et jusqu’en 1949 — secrétaire parlementaire du syndicat. D’un naturel indépendant, Brown a toujours su, au long de sa double carrière de syndicaliste et de parlementaire, conserver sa liberté de jugement et il a fait connaître ses vues non seulement par la parole, mais par une série de publications.

Outre cette activité principale, William Brown s’est intéressé au sort des conducteurs d’autobus et à celui des gardiens de prison, intervenant à diverses reprises pour les aider à améliorer leurs conditions de travail. Ainsi il a été conseiller auprès du syndicat des Gardiens de prison (Prison Officers’ Association) ainsi qu’auprès du syndicat des Mécaniciens de la Poste (Post Office Engineering Officers’ Association). Il a collaboré à de nombreux journaux et a parlé très souvent à la radio. En 1943 il écrivit son autobiographie. Ce livre intitulé « Jusque-là… » (So Far…) donne une bonne idée de la carrière et du tempérament de ce socialiste énergique et indépendant.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75334, notice BROWN William John, version mise en ligne le 12 décembre 2009, dernière modification le 12 décembre 2009.

ŒUVRES PRINCIPALES : Three Months in Russia (Trois mois en Russie), Londres, 1928. — Very Free Speech (Franc parler), Londres, 1940. — I meet America (La rencontre avec l’Amérique), Londres, 1942. — So Far… (Jusque là…), Londres, 1943. — The Civil Service : Retrospect and Prospect (L’Administration : retours en arrière et perspectives d’avenir), Londres, 1943. — Jamaican Journey (Voyage en Jamaïque), Londres, 1948.

BIBLIOGRAPHIE : Bernard Newman, Yours for Action, Londres, 1953. — Who was Who, 1951-1960. — Times, 5 octobre 1960.

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