Née le 1er octobre 1847 (Londres), morte le 20 septembre 1933 (Adyar, Inde) ; féministe, libre-penseuse, socialiste, théosophe.

Annie Besant
Annie Wood naquit le 1er octobre 1847, à Londres, dans la classe moyenne, de parents en partie d’origine protestante irlandaise. La famille Wood comptait un Lord Maire de la City de Londres et un Lord Chancellor, mais William Wood, médecin puis homme d’affaires, laissa son épouse Emily quasiment sans ressources à sa mort, en 1852. Elle ouvrit alors une pension pour les externes de Harrow, où Henry, le frère aîné d’Annie, était élève. En 1855, Emily Wood envoya Annie dans le Devon, chez Ellen Marryat, sœur de l’officier de marine et romancier Frederick Marryat (1792–1848). Cette riche célibataire offrit à Annie l’éducation classique d’une jeune lady, mais aussi le goût de l’étude.
Âgée de vingt ans, en 1867, Annie, influencée par les valeurs évangéliques de sa mère, épousa sans enthousiasme un pasteur anglican, Frank Besant (1840-1917). Alors très croyante, elle s’imaginait, en tant que femme de pasteur, une mission à la hauteur de son sens du devoir.
Durant ses fiançailles, Annie découvrit des incohérences entre les Evangiles, mais refoula ses premiers doutes religieux. Peu après, elle séjourna chez William Prowting Roberts (1806-1871), l’avocat de l’Association des Mineurs de Grande-Bretagne et d’Irlande, qui avait été proche des Chartistes. Annie était à Manchester lorsque cinq jeunes républicains irlandais que Roberts défendait y furent condamnés à mort en 1867. Emue et choquée, elle découvrit du même coup le radicalisme politique et le nationalisme irlandais.
Deux enfants naquirent de son union avec Frank Besant : Digby (1869) et Mabel (1870), mais le mariage s’avéra rapidement un échec. En 1868, Annie Besant parvint à faire publier une nouvelle par le Family Herald mais, comme la loi l’y autorisait, son mari s’appropria les trente shillings qu’elle en reçut. En 1872, dans le Lincolnshire, où le couple s’était installé, Annie Besant choisit de soutenir ouvertement la cause des ouvriers agricoles ostracisés pour avoir rejoint leur syndicat national nouvellement fondé par Joseph Arch (1826–1919), alors que Frank Besant prenait le parti des propriétaires terriens et de leurs fermiers.
En 1871, la foi d’Annie Besant fut de nouveau ébranlée par les souffrances endurées par sa fille lors d’une grave coqueluche. Elle rencontra, à Londres, en 1872, le pasteur théiste Charles Voysey (1828-1912), puis le libre-penseur Thomas Scott (1808-1878), et renonça à la foi chrétienne. Malgré l’ultimatum de son mari, elle refusa dès lors de communier dans l’église même où il officiait. Victime de violences conjugales, elle le quitta définitivement en 1873. Grâce à son frère, avocat, elle obtint une séparation légale et la garde de sa fille Mabel, mais Digby resta avec son père. Annie demeurant l’épouse de Frank Besant, elle dut conserver son nom, mais en modifia la prononciation.
En 1874, Annie Besant accepta de rédiger une série d’essais pour Thomas Scott. Elle étudia dans ce but, à la British Library, Spinoza (1632-1677), Charles Darwin (1809-1882), John Stuart Mill (1806-1873) et surtout Auguste Comte (1798-1857), dont le positivisme eut une profonde influence sur sa pensée.
Annie Besant rejoignit en 1874 la National Secular Society (société nationale pour la défense de la laïcité, NSS), fondée par Charles Bradlaugh (1833-1891) en 1866. Le National Reformer, l’hebdomadaire de la NSS, lui confia rapidement un éditorial. Dès 1875, Annie Besant fut nommée vice-présidente de la NSS et commença à donner dans toute la Grande-Bretagne des conférences sur les contradictions et les abus de la religion établie, révélant de grands talents rhétoriques et oratoires.
Toutefois, sa première conférence fut sur le statut politique des femmes (The Political Status of Women). Elle poursuivit ce sujet l’année suivante avec la question du mariage (The Marriage Question) puis, en 1878, avec un plaidoyer pour une réforme de la législation du mariage (Marriage As It Was, As It Is, and As It Should Be : A Plea for Reform), dans lequel elle osait dénoncer en termes clairs le viol conjugal. Son féminisme s’exprima aussi lorsqu’en 1902, elle fonda The Order of Universal Co-Freemasonry, loge maçonnique mixte sur le modèle du Droit Humain de la Française Maria Deraismes (1828-1894). Ce fut d’ailleurs revêtue de la tenue de cette loge qu’Annie Besant participa à l’immense manifestation organisée le 17 juin 1911 par les suffragettes, en marge du couronnement de George V.
Au nom de la liberté d’expression, Annie Besant et Charles Bradlaugh décidèrent, en 1877, de provoquer un procès pour obscénité en réimprimant The Fruits of Philosophy, ouvrage de 1832 sur le contrôle des naissances, par le médecin américain libre-penseur Charles Knowlton (1800-1850). Annie Besant et Charles Bradlaugh, qui se défendirent seuls, furent reconnus coupables, mais relaxés en cassation. Annie Besant publia alors son propre ouvrage de conseils de contraception féminine, The Laws of Population, et relança la Malthusian League, qu’elle avait co-fondée avec Charles Drysdale, avec pour objectif la fin de l’interdiction des débats publics sur le contrôle des naissances et la diffusion des théories néo-malthusiennes. Plus tard, ralliée aux idées socialistes, Annie Besant y incorpora son malthusianisme, s’exprimant en 1886 sur « The Law of Population and its Relation to Socialism ».
Frank Besant profita du scandale du procès Knowlton pour obtenir la garde pleine et entière de leur fille Mabel, en 1878. Mabel, comme son frère Digby, rejoignirent toutefois leur mère à leur majorité.
En 1879, Annie Besant profita de l’ouverture de l’Université de Londres aux femmes l’année précédente pour s’inscrire à l’examen d’entrée. Elle se trouva pour tuteur un jeune scientifique, socialiste et membre de la NSS, Edward Aveling (1849–1898). Annie Besant réussit brillamment l’examen, puis ses deux premières années de Licence de Sciences, avec des mentions Très Bien en chimie, en mathématiques, en mécanique, en botanique, en biologie et en physiologie animale. En troisième et dernière année, en raison d’une supposée mauvaise influence sur les autres étudiants, les cours du University College lui furent interdits, ainsi que l’accès aux jardins botaniques de Regent’s Park et au Birbeck Institute. Même l’agnostique Thomas Henry Huxley (1825-1895) lui refusa son soutien et Annie Besant ne put jamais obtenir son diplôme. Elle enseigna néanmoins les sciences lors des cours du soir organisés par la NSS, traduisit de l’allemand deux ouvrages du scientifique matérialiste Ludwig Büchner et publia de nombreux articles scientifiques.
Dans les années 1880, Annie Besant s’engagea aux côtés de Charles Bradlaugh qui, élu député pour Northampton, se vit refuser le droit de prêter serment à la Chambre des communes en raison de son athéisme déclaré. Bien que réélu à quatre reprises, il ne lui fallut pas moins de six ans de lutte judiciaire et politique pour être autorisé à siéger. Dans le même temps, Annie Besant se rapprocha des nationalistes irlandais, en particulier de Michael Davitt (1846-1906) dont l’Irish National Land League luttait pour une redistribution des terres en Irlande. Elle contribua au lancement de la ligue au niveau national, en 1879. Elle en fut nommée vice-présidente, aux côtés d’Edward Aveling et de Joseph Arch.
En 1883, Annie Besant créa un mensuel, Our Corner, afin d’y aborder des thèmes autres que directement liés à la NSS. Elle venait en effet d’assister avec intérêt à une conférence de Louise Michel (1830-1905), de passage à Londres. Amie du socialiste Aveling ainsi que du fabien Bernard Shaw (1856-1950), qu’elle fut une des premières à publier dans les colonnes de Our Corner, Annie Besant rejoignit, en 1885, la toute jeune Fabian Society, et contribua à la mise en place de ses fondements idéologiques. Fin 1887, elle lança un journal socialiste, The Link, avant de se rallier, en 1888, à la Social Democratic Federation (SDF), d’inspiration marxiste, de Henry Mayers Hyndman, tout en restant membre de la Fabian Society jusqu’en novembre 1890.
Les articles et conférences d’Annie Besant inscrivent son socialisme dans la logique d’une continuité historique britannique, depuis la Magna Carta de 1215 jusqu’aux réformes électorales victoriennes, en passant par Cromwell. Dans son essai autobiographique de 1886, Why I Am a Socialist (Pourquoi je suis socialiste), elle se justifie en termes scientifiques, intégrant la Théorie de l’Evolution à sa vision du devenir des sociétés : « Je suis socialiste parce que je crois en l’évolution ». Egalement inspirés par l’idéal coopératif de Robert Owen (1771-1858), les écrits socialistes d’Annie Besant témoignent de son désir de transformation morale de la société, vers une fraternité universelle proche de la Religion de l’Humanité d’Auguste Comte.
Annie Besant entra dans un militantisme actif qui lui valut le surnom de « Red Annie » (Annie la Rouge). Présente lors du Bloody Sunday (dimanche sanglant) 13 novembre 1887 sur Trafalgar Square, elle travailla à faire libérer sous caution les ouvriers arrêtés par la police, grâce à sa Law and Liberty League, fondée avec le journaliste d’investigation W.T. Stead (1849-1912). L’année suivante, Annie Besant rédigea un éditorial pour The Link intitulé « White Slavery in London » (Esclavage blanc à Londres), afin de dénoncer les conditions de travail des jeunes allumettières de chez Bryant & May, dans l’East End. Elle les aida à se mettre en grève puis à former leur syndicat. Leur victoire encouragea le renouveau syndical des années 1880, incitant nombre d’ouvriers et d’ouvrières non qualifiés à s’organiser à leur tour. Annie Besant fut également aux côtés des dockers durant leur grande grève de 1889 et aida leur leader, Ben Tillett (1860-1943), à rédiger les règles de leur syndicat. Elle participa ensuite au congrès qui mena à la fondation de Seconde Internationale à Paris, en juillet 1889, en tant que déléguée de la SDF, et y fut nommée, après un discours en français remarqué, vice-présidente de la dernière journée.
Profitant d’une des rares possibilités offertes aux Victoriennes de rentrer en politique, Annie Besant parvint à se faire élire, en novembre 1888, au London School Board (l’institution en charge des écoles élémentaires publiques londoniennes) pour le quartier ouvrier misérable de Tower Hamlets. Elle ne cacha rien de ses convictions socialistes dans son programme : « L’éducation devrait être la même pour tous, afin de briser les barrières de classe et poser les fondements d’une véritable égalité ». Elle obtint en janvier 1889 que ne soient choisies par le School Board que les entreprises qui payaient leurs ouvriers au moins le minimum syndical, établissant un principe que le London County Council (le conseil municipal londonien) adopta peu après. Par ailleurs, elle parvint à ce que les enfants les plus pauvres soient acceptés à l’école durant la procédure, souvent vaine, de recouvrement des frais de scolarité impayés, et se fit l’avocate d’une gratuité qui devint effective en 1891. Elle lança enfin la London Schools’ Dinner Association, œuvre caritative qui offrait un repas gratuit par jour à quelque 36 000 enfants du quartier dès la fin de l’année 1889. Tout ce travail, entièrement bénévole, obligea Annie Besant à renoncer à publier Our Corner puis The Link, faute de moyens.
Au printemps 1889, W.T. Stead lui demanda de rédiger pour The Pall Mall Gazette le compte rendu de The Secret Doctrine, par la co-fondatrice de la Theosophical Society (la société théosophique), Helena Petrova Blavatsky (1831-1891) L’ouvrage bouleversa Annie Besant, qui y trouva des réponses à ses grands questionnements scientifiques, éthiques et spirituels. La TS avait été créée en 1875, avec trois objectifs clairement définis : travailler à la réalisation de la fraternité universelle, sans distinction de race, de sexe ou de religion ; promouvoir l’étude des philosophies et spiritualités orientales ; étudier les phénomènes inexpliqués et les capacités psychiques humaines, ces deux derniers objectifs étant subordonnés au premier.
Annie Besant était loin d’être la seule socialiste victorienne théosophe, la TS comptant dans ses rangs Herbert Burrows (1845-1922), George Lansbury (1859-1940) ou encore Charlotte Despard (1844-1939). Dans son tout premier article pour la TS (Practical Work for Theosophists), Annie Besant recommanda aux théosophes d’acheter des parts des entreprises qui exploitaient leurs ouvriers, afin d’en prendre le contrôle. Ce ne fut qu’après la mort de Madame Blavatsky, en mai 1891, qu’elle quitta la SDF et renonça à se représenter au School Board, en raison de ses nouvelles responsabilités. Toutefois, elle fonda cette même année 1891 une ligue des ouvriers théosophes, puis, en 1908, le Theosophical Order of Service (TOS) afin d’encourager les théosophes à se lancer dans l’action sociale concrète. Le TOS attira nombre d’intellectuels engagés et de féministes influentes, qui luttèrent pour le suffrage universel et l’amélioration des conditions de travail, mais aussi contre la vivisection, l’alcoolisme ou la prostitution.
Bien qu’elle ne vît pas d’incompatibilité entre la théosophie et les idées de la NSS, Annie Besant fut contrainte d’en démissionner, en 1891.
En 1893, après avoir participé au Parlement mondial des religions, lors de l’exposition universelle de Chicago, Annie Besant se rendit pour la première fois Inde, où elle ne tarda pas à résider la plus grande partie de l’année, d’abord à Bénarès, puis à Adyar, siège international de la TS.
En 1907, Annie Besant fut élue Présidente Internationale de la TS au décès de son co-fondateur, l’Américain Henry Steel Olcott (1832-1907), et constamment réélue à ce poste jusqu’à sa mort. Elle publia des centaines de textes sur les tenants de la théosophie, donna des conférences dans le monde entier et traduisit en anglais le Bhagavad Gita. En 1909, le jeune Jiddu Krishnamurti (1895-1986) fut découvert à Adyar. Annie Besant, voyant en lui un futur guide spirituel (le World Teacher), l’adopta afin de l’éduquer et de le faire connaître. Krishnamurti renonça à la théosophie en 1929, sans toutefois renier son rôle de guide spirituel, ni sa mère adoptive.
Annie Besant s’était depuis longtemps prononcée contre l’impérialisme. En 1875, elle avait recueilli 100 000 signatures contre le voyage officiel en Inde du Prince de Galles, futur Edouard VII, voulu par Benjamin Disraeli. En 1879, son long article England, India and Afghanistan : A Plea for the Weak Against the Strong (plaidoyer pour les faibles contre les forts) lui avait valu les félicitations de William Gladstone. Dans la même ligne anti-impérialiste, elle avait publié successivement The Transvaal (1881), Egypt (1882) et The Story of Sudan (1884).
En Inde, désormais vêtue d’un sari blanc, Annie Besant travailla renouveau culturel hindou, en lien avec les principes de la Théosophie. Dès 1898, elle fonda le Central Hindu College, un lycée de garçons, suivi, en 1911, à Bénarès, de la Hindu University, sans oublier la Central Hindu Girls’ School, lycée de filles, en 1904.
En 1910, Annie Besant accusa publiquement les autorités britanniques de couvrir le racisme de certains de leurs fonctionnaires. Elle rejoignit l’Indian National Congress en 1913 et donna à Madras une série de conférences appelant au réveil de l’Inde : Wake up, India ! Annie Besant ne put quitter l’Inde de toute la Première Guerre Mondiale et ne s’en engagea que plus dans la cause nationaliste. En 1914, elle lança un hebdomadaire, Commonweal, puis un quotidien, New India, avant de fonder, en septembre 1915, la Home Rule League (ligue pour l’autonomie de l’Inde), dont la présidence de la branche britannique revint au travailliste George Lansbury. Cette ligue fusionna avec celle de Tilak (1856-1920), pour donner naissance, en 1916, à la All India Home Rule League.
En 1917, Annie Besant fut placée en résidence surveillée, ce qui suscita une vague d’indignation sans précédent à travers toute l’Inde, mais aussi dans les milieux socialistes britanniques. Toutes les grandes figures du nationalisme indien lui exprimèrent leur soutien : les Nehru père et fils, Gandhi et même Mohammad Ali Jinnah (1876-1948), président de la Muslim League (la ligue musulmane). Libérée, Annie Besant fut élue Présidente de l’Indian National Congress par les quelque 4 700 délégués présents, en décembre 1917.
Au printemps 1918, elle encouragea les grèves des ouvriers des filatures de coton de Madras, ainsi que la fondation de leur syndicat, le Madras Textile Workers’ Union, un des tout premiers syndicats ouvriers indiens.
Malgré son respect pour Gandhi, à qui elle avait conféré le titre de Mahatma, Annie Besant redoutait les conséquences de ses appels à la résistance passive et à la désobéissance civile. Le massacre d’Amritsar, au Penjab, en avril 1919, sembla lui donner raison, mais ses critiques lui coûtèrent la confiance de la All-India Home Rule League, dont Gandhi devint Président.
Fin 1918, les travaillistes proposèrent à Annie Besant de se présenter aux élections à la Chambre des communes, mais son télégramme d’acceptation fut intercepté par les autorités britanniques. De retour à Londres, en 1919, après cinq ans d’absence, elle adhéra officiellement au Parti travailliste et donna une conférence sur Socialism in India à la Fabian Society. Annie Besant participa aussi aux travaux du Comité Parlementaire en vue d’une réforme du gouvernement de l’Inde, exprimant sa conviction que seule une autodétermination rapide mettrait fin aux violences et aux tensions religieuses. Elle demanda le droit de vote pour les Indiennes, tout en rappelant que les institutions de l’Inde ne devaient pas être calquées sur le modèle occidental, mais aussi s’inspirer des traditions anciennes. L’Indian National Congress rejeta le Government of India Act qui résulta de cette réflexion, et adopta officiellement, en 1920, la tactique de désobéissance civile de Gandhi, provoquant la démission d’Annie Besant.
Elle fonda alors une assemblée rivale, l’Indian National Convention, qui rédigea, en 1924, un nouveau projet de loi (Commonwealth of India Bill), soutenu par son ami fabien Sidney Olivier (1859-1943), Ministre de l’Inde du gouvernement travailliste de Ramsey MacDonald (1866-1937), qui avait pour sa part participé avec elle au Bloody Sunday de 1887. Ce gouvernement tomba néanmoins trop tôt pour que la loi fût votée.
En 1928, Annie Besant, alors âgée de 81 ans, fut invitée à siéger dans la Commission Nehru. Sa co-rédaction du Rapport Nehru, qui réclamait pour l’Inde le statut de dominion, à l’égal du Canada et de l’Australie, fut la dernière action politique d’envergure d’Annie Besant, qui se rendit encore en Grande-Bretagne pour défendre ce projet. Elle fut une fois de plus supplantée par Gandhi, qui exigea de son côté l’indépendance totale du pays.
En 1930, Annie Besant estima que les tensions communautaires étaient désormais telles que toute constitution de l’Inde devenait impossible et en prédit la partition.
Elle mourut à Adyar en 1933 et fut incinérée sur un bûcher, selon la tradition hindoue. Une partie de ses cendres furent dispersées dans le Gange, l’autre dans les jardins du siège de la société théosophique à Adyar.
L’Inde sortit un timbre à l’effigie d’Annie Besant pour commémorer le trentième anniversaire de sa mort, et lui érigea une statue aux côtés de celles de toutes les grandes figures de la cause nationaliste indienne, dont Gandhi, sur la longue avenue qui borde la plage de Chennai (Madras).

ŒUVRES PRINCIPALES : Les principaux textes sociaux et politiques d’Annie Besant ont été compilés par John Saville dans A Selection of the Social and Political Pamphlets of Annie Besant. New York : Augustus M. Kelley, 1970, dont The English Land System (1880), The Social Aspects of Malthusianism (1881), The Redistribution of Political Power (1885), Why I Am a Socialist (1886), The Evolution of Society (1886), Modern Socialism (1887), Radicalism and Socialism (1887), The Trades Union Movement (1890). L’ouvrage regroupe aussi les textes féministes cités ci-dessus, ainsi que Why I Became a Theosophist (1889). Annie Besant a par ailleurs publié deux autobiographies : Autobiographical Sketches. Londres : Freethought Publishing C°, 1885, et Annie Besant : An Autobiography. London : T. Fisher Unwin, 1893. Ses grands textes théosophiques ont été regroupés par la Theosophical Publishing Society (Londres et Bénarès) en trois volumes intitulés Essays and Addresses : vol. 1 Psychology (1911), vol. 2 The Spiritual Life (1912), vol.3 Evolution and Occultism (1913). De même, ses écrits sur l’Inde ont été compilés dans The Birth of New India : A Collection of Writings and Speeches on Indian Affairs. Londres et Bénarès : Theosophical Publishing Society, 1917.

BIBLIOGRAPHIE : ANDERSON, Nancy Fix. ‘Bridging Cross-cultural Feminisms : Annie Besant and Women’s Rights in England and India, 1874-1933, Women’s History Review 3 (1994) : 574. — BAKSHI. S. R. Annie Besant : Founder of Home Rule Movement. Anmol Publications, 1990. — BERTIN, Francis. “Annie Besant : socialiste et mystique” in Ésotérisme et Socialisme. Politica Hermetica. n° 9. L’Âge d’Homme, 1995. — BEVIR, Mark. “In Opposition to the Raj : Annie Besant and the Dialectic of Empire”, History of Political Thought, 19.1 (1998) : 61-77 et "Annie Besant’s Quest for Truth : Christianity, Secularism and New Age Thought." The Journal of Ecclesiastical History 50.1 (1999) : 62-93. — DINNAGE, Rosemary, Annie Besant, Penguin Books, 1986. — MACKAY, Carole Hanbery. “The Multiple Deconversions of Annie Wood Besant” in Mackay, Carole Hanbery. Creative Negativity : Four Victorian Exemplars of the Female Quest. Stanford UP, 2001. — NETHERCOT, Arthur Hobart. The First Five Lives of Annie Besant. University of Chicago Press, 1960, et The Last Four Lives of Annie Besant. University of Chicago Press, 1963. — OPPENHEIM, Janet. "The Odyssey of Annie Besant." History Today no 39, September 1989. — TAYLOR, Anne, Annie Besant : a Biography. Oxford University Press, 1991. — J. Bellamy et J. Saville (éd.), Dictionary of Labour Biography, t. IV. — Bédarida (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international : La Grande Bretagne, Les Éditions ouvrières, 1979

Muriel Pécastaing-Boissière (nouvelle version, janvier 2011)

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