HERBART Pierre

Par Nicole Racine

Né le 23 mai 1903 à Dunkerque (Nord), mort le 2 août 1974 à Grasse (Alpes-Maritimes) ; Écrivain ; membre du Parti communiste (1932-1937) ; directeur de la Littérature internationale à Moscou (1935-1936) ; résistant.

Fils de Maurice Herbart et de Eugénie Combescot, marié (1931) puis divorcé (1968) d’Élisabeth Van Rysselberghe.
« Atteint par le mal du siècle, je cherche, depuis vingt ans, quel message je pourrais apporter aux hommes. L’idée de ce « message » a terriblement handicapé mon existence. J’ai commencé, comme tout le monde, par le communisme. Autant l’avouer aussitôt, les résultats de l’expérience furent décevants. » (La ligne de force.) Pierre Herbart adhéra au Parti communiste au début des années trente, au retour d’un voyage qu’il fit en Indochine et en Chine. Il était parti en Indochine à la fin de l’année 1931 en reportage pour l’hebdomadaire Monde d’Henri Barbusse ; il fit le voyage avec Andrée Viollis qui allait publier son Indochine SOS. Mais si Pierre Herbart adhéra au communisme, ce fut autant par révolte contre la société bourgeoise que par anticolonialisme. En 1933, Pierre Herbart fut envoyé en reportage en Espagne par l’Humanité. Il publiait un roman Contre-ordre (1935) qu’il fit plus tard mettre au pilon le considérant comme trop stalinien. En novembre 1935, il partit pour Moscou diriger l’édition française de la Littérature internationale où il succéda à Nizan et Paul Vaillant-Couturier. Il raconta, dans En URSS (1936), comment il commença à percevoir la réalité soviétique, son conformisme moral et culturel ; c’était en effet les débuts du « réalisme socialiste » et de la campagne contre le formalisme. « Rien n’est plus loin de ce que nous avions souhaité et voulu. » « Impossibilité d’arriver à faire de la Littérature internationale une revue acceptable. Je me heurte à la sottise, l’indifférence, la mauvaise volonté. Il paraît cependant que je dispose de pouvoirs plus étendus que tous mes prédécesseurs. Peu à peu, je comprends que ce qui me manque, c’est la matière première : pas d’œuvres. Je veux dire pas d’œuvres valables. » Peu à peu il découvrit ce qui paralysait la société soviétique : la bureaucratie. Cependant il considérait alors que l’essentiel avait été fait, la révolution économique.

En juin 1936, il retourna à Paris pour accompagner André Gide en URSS. Pierre Herbart était en effet un familier d’André Gide (il avait épousé en 1931 Élisabeth Van Rysselberghe avec laquelle André Gide avait eu sa fille Catherine ; Élisabeth était la fille de la « Petite Dame », Madame Théo Van Rysselberghe). En juillet 1936, André Gide, Jef Last et Pierre Herbart partirent pour l’URSS où ils retrouvèrent Guilloux puis Dabit, également choisi par André Gide. (Pierre Herbart a donné deux versions de son voyage, l’une à chaud dans ses carnets, En URSS 1936, l’autre vingt ans plus tard dans La Ligne de force.) Pierre Herbart fut de ceux qui contribuèrent à ouvrir les yeux d’André Gide sur le conformisme moral (il était homosexuel) et culturel de la société soviétique. Il déplora la façon dont le voyage avait été organisé « La gloire de Gide n’arrange rien non plus. C’est un personnage officiel et l’on sait comme ils sont traités en URSS » (La Ligne de force). Avec E. Dabit et Jef Last, Pierre Herbart accompagna André Gide à Tiflis, Batoum, Sotchi, Sébastopol ; il assista aux derniers moments d’E. Dabit (sur lequel il donna un émouvant témoignage dans En URSS 1936). À son retour d’URSS, André Gide soumit le texte de son livre à plusieurs personnes, notamment à Pierre Herbart qui lui demanda de surseoir à la publication à cause de l’aide que l’URSS s’apprêtait à donner à l’Espagne républicaine. Pierre Herbart obtint d’André Gide (ainsi qu’il le raconte dans La Ligne de force) qu’il attendît l’avis d’ André Malraux, alors engagé dans l’armée républicaine espagnole, pour publier le livre. En Espagne, André Malraux, au vu des épreuves, déconseilla formellement la publication. Pierre Herbart décida d’aller voir Koltzov, de l’Union des Écrivains, alors à Madrid ; ce fut chez celui-ci que Pierre Herbart apprit par un coup de téléphone d’Aragon à Koltzov qu’André Gide avait fait paraître le livre et qu’Aragon tenait Pierre Herbart pour responsable de cette publication. Rentré à Paris, Pierre Herbart rendit publique une « Lettre à André Gide » (publiée dans Vendredi, 20 novembre 1936) dans laquelle il affirmait que le moment était mal choisi pour révéler certains points de la situation en URSS ; tout en s’appliquant à réfuter quelques-unes des conclusions tirées par André Gide de son voyage, il était au fond d’accord avec celui-ci sur un certain nombre de sujets comme l’art, la bureaucratie, la dictature de Staline. Pierre Herbart publia un deuxième article dans Vendredi « Faisons le point » (29 janvier 1937) ; il y écrivit que le livre d’André Gide était une arme terrible aux mains de leurs ennemis, mais qu’il devait être l’occasion de se livrer à une rigoureuse autocritique (« Je ne suis pas loin de croire que la déconvenue de Gide en Union soviétique et les erreurs de jugement qu’il y a commises sont imputables, en grande partie, aux affirmations que Gide ne s’était pas reconnu le droit de mettre en doute. Parmi celles-ci la plus officielle est celle du « socialisme réalisé » »).

Pierre Herbart rappelle quelle était sa situation en 1936 dans La Ligne de force : « À mon retour d’URSS, j’étais très défait. On n’abandonne pas ses dieux sans déchirement. J’étais décidé à rompre avec le parti. Mais il y avait la guerre d’Espagne. » En 1937, il publia pourtant En URSS 1936 dont la préface exprimait ses hésitations en même temps que sa rupture avec le PC : « ... j’avais un extrême souci de ne rien livrer qui desservît l’Union soviétique au moment même où elle se préparait, peut-être, à triompher de ses erreurs. [...] Oui, j’ai dû beaucoup lutter pour me défaire de cet optimisme criminel qui trouve son explication, sinon son excuse, dans le souvenir d’incontestables victoires. Mais aujourd’hui trop de témoignages concordent, qui ne me permettent plus de douter du mien. Ni de le taire plus longtemps. Il est impossible désormais de défendre l’URSS sans mentir et sans savoir que l’on ment. Une telle méthode ne peut servir la cause de la Révolution. »

Après sa rupture avec le communisme, Pierre Herbart accompagna André Gide en Afrique noire (janvier-mars 1938). En 1939, il publia Le Chancre du Niger (avec une préface d’André Gide) qui dénonçait le scandale de l’Office du Niger.

En 1942, Pierre Herbart entrait dans la Résistance et, en mai 1944, il fut désigné par le MLN comme chef régional pour la Bretagne ; il prit une part active à la libération de Rennes, le 3 août 1944, sous le nom de Le Vigan ; il collabora à Défense de la France qui allait devenir France-soir.

Proche d’Albert Camus à la Libération, il entra à Combat. En avril 1945 parut un court roman, Alcyon, peut-être son chef-d’œuvre. En septembre 1945, il fonda, avec Claude Bourdet et Jacques Baumel, Terre des Hommes, hebdomadaire politique et culturel dont il fut le directeur jusqu’au 2 mars 1946, date à laquelle la parution dut être arrêtée. Pierre Herbart retourna à Combat en 1947 et il y resta jusqu’en juillet 1948. En 1948, il travailla avec André Gide à différentes adaptations de romans. En 1952, après la mort d’André Gide, Pierre Herbart publia À la recherche d’André Gide ; en 1953 parurent L’Îge d’or, en 1958, La Ligne de force, en 1964, La Licorne, en 1968, Souvenirs imaginaires, en 1970, Histoires confidentielles. Pierre Herbart vivait alors à Grasse dans une situation matérielle très critique. En 1974, Gérard Guégan et Raphaël Sorin, des Éditions Champ Libre, allèrent le voir à Grasse avec le projet de publier Le Retour éternel, scénario tiré d’Alcyon, et de faire un livre d’entretiens. Mais Pierre Herbart mourut, hémiplégique, en août 1974.
En 1980, Gallimard réédita Alcyon et la Ligne de force, permettant de le redécouvrir.
œUVRE CHOISIE : Contre-ordre, Gallimard, 1935, 255 p. — En URSS 1936, id., 1937, 175 p. — Le Chancre du Niger, Préf. d’André Gide, id. 1939, 127 p. — Alcyon, id., 1945, (Rééd., 1980, 140 p.). — À la recherche d’André Gide, id., 1952, 81 p. — L’Îge d’or, id., 1953, 175 p. — La Ligne de force, id., 1958, 185 p. (Rééd., coll. « Folio » 1980, 155 p.) — La Licorne, id., 1964, 133 p. — Souvenirs imaginaires, id., 1968, 189 p. — Histoires confidentielles, Grasset, 1970. — Inédits, textes retrouvés et présentés par Maurice Imbert, Éditions Le Tout sur le tout, À la Commune de la Butte aux Cailles, 1981, 118 p.

Jean-Luc Moreau, Pierre Herbart, l’orgueil du dépouillement, Grasset, "Biographie", 2013, 624 p.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article75271, notice HERBART Pierre par Nicole Racine, version mise en ligne le 11 décembre 2009, dernière modification le 28 février 2014.

Par Nicole Racine

SOURCES : M. Saint-Clair (Maria Van Rysselberghe), Galerie privée, Gallimard, 1968, 205 p. — Cahiers André Gide (5-6-7), Les Cahiers de la Petite Dame (Maria Van Rysselberghe) 1929-1937, 1974, 667 p. ; 1937-1945, 1975, 400 p. ; 1944-1951, 1975, 400 p. — « Portrait : Pierre Herbart », émission d’Anouk Adelmann, France-Culture, 21 avril 1978. — « Pierre Herbart. Dossier préparé par Raphaël Sorin », La Quinzaine littéraire, 1er-15 juin 1981. — État civil.

ICONOGRAPHIE : « Pierre Herbart », La Quinzaine littéraire, 1er-15 juin 1981.

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